JO 2018: Questions qui fâchent et pom-pom girls qui chantent... On vous raconte le premier match de la Corée unifiée

REPORTAGE « 20 Minutes » vous raconte, de l’intérieur, le match le plus politique des JO d’hiver de Pyeongchang…

Jean Saint-Marc

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Les pom-pom girls nordcoréennes en plein show.
Les pom-pom girls nordcoréennes en plein show. — SIPA
  • Première historique : une équipe réunissant des hockeyeuses de Corée du Nord et de Corée du Sud a participé à un match officiel, ce samedi.
  • Une victoire diplomatique mais une lourde, très lourde défaite, sur la glace face à la Suisse (8-0).

De l’un de nos envoyés spéciaux à Pyeongchang,

A défaut d’un match de hockey exceptionnel, les spectateurs du petit mais enthousiaste Kwandong Hockey Centre ont vécu un grand moment d’histoire, ce samedi. C’est à peu près tout, car sur la glace, ce n’était pas jojo. Entre gros chocs et cynisme devant le but, les Suisses n’étaient pas venues faire de la diplomatie. L’affaire a même assez rapidement tourné à la boucherie, face à une équipe de la Corée unifiée bricolée pour l’évènement (8-0, merci, bonsoir).

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« Nous n’avons pas été à la hauteur des attentes. On a fait de notre mieux, toutefois. » On se dit que ce n’était pas seulement la traduction : c’est dans un style plutôt télégraphique que la joueuse nord-coréenne Jong Su Hyon a répondu aux questions des journalistes, après la rencontre, dans une salle de presse blindée de monde.

Un moment assez étrange : sur l’estrade aux côtés de la Sud-Coréenne Park Jong-ah, avec qui elle a porté le drapeau lors de la cérémonie d'ouverture, Jong Su Hyon s’est retrouvée piégée dans un nouveau moment de diplomatie/communication qu’elle ne maîtrisait pas vraiment. Mais un attaché de presse de l’équipe l’avait précisé, en début de conférence : « Nous nous réservons le droit de refuser toute question qui pourrait embarrasser les athlètes, sur les questions de politique et de dopage, notamment. »

Le président Sud-Coréen Moon, le boss du CIO Thomas Bach, Kim Yong-nam, le chef d'Etat Nord-Coréen et Kim Yo-jong, soeur de Kim Jong Un
Le président Sud-Coréen Moon, le boss du CIO Thomas Bach, Kim Yong-nam, le chef d'Etat Nord-Coréen et Kim Yo-jong, soeur de Kim Jong Un - SIPA

On a eu quelques réponses très sèches, effectivement, de la part de la hockeyeuse nord-coréenne. Est-ce que ce match va avoir des répercussions sur le processus de paix ? « Je suis une athlète, je ne peux pas vraiment répondre à cela. » Jouer en face de hauts dignitaires nord-coréens, dont la sœur de Kim Jong-un ? « C’était le plus grand honneur pour moi. » Et devant autant de pom-pom girls ? « C’était comme concourir dans mon propre pays. » Pas tout à fait, ou en tout cas pas encore. Et pas non plus au « paradis », comme l’avait dans un premier temps mal compris la traductrice. On a frôlé l’incident diplomatique !

Les petites blagues après les questions taboues

En fin de conf', elle finit par lâcher : « Nous sommes plus fortes soudées, et pas seulement dans le sport ! » A côté d’elle, Park Jong-ah semble plus détendue, mais à peine. Elle égrène globalement des banalités (« c’était un match attendu par toute la Corée, j’étais nerveuse ») et quelques clins d’œil (« La cérémonie ? Je ne pensais pas qu’il y aurait autant de marches à franchir ! »)

Elle a même franchement souri quand on lui a demandé ce que lui avait dit le patron du CIO Thomas Bach après la rencontre. « Je crois qu’il a dit “beau boulot”, mais le stade était tellement bruyant, que je ne suis pas sûre d’avoir compris ! »

Pas la Bombonera, mais quelle ambiance

Les supporters, tiens, parlons-en. Enthousiastes, mauvais perdants… C’était pas la Bombonera de Buenos Aires mais ils étaient parfaits. La défaite, très gênante sur le terrain, n’a presque pas entamé leur enthousiasme : jusqu’à la fin, ils ont poussé pour un but, et lancé d’improbables « olé » (on traduit comme on peut) lors des incursions coréennes vers le but suisse.

En guise de kop : les fameuses pom-pom girls nord-coréennes. Leurs chorégraphies millimétrées sont un peu effrayantes et, disons-le, totalitaires. Le moindre de leur mouvement est contrôlé, maîtrisé. Et elles ne parlent pas aux journalistes, bien sûr. Mais elles savent mettre l’ambiance.

Elles ont agité le drapeau de la Corée unifiée, et même une bannière « nous ne faisons qu’un », à la toute fin du match. On imagine bien à ce moment l’émotion de Chris Song. Nous l’avions croisé avant le match, juste devant le stade, avec des petits panneaux, tous au subjonctif présent (si jamais ce temps existe en Coréen, bien sûr) :

  • « Que la paix de Pyeongchang devienne la paix de toute la Corée. »
  • « Que la Corée unifiée aille en finale ! »
  • Et le plus subtil, toujours plus loin dans l’allégorie : « Qu’un train relie un jour la Corée à l’Europe. »

Ce match, c’est « un moment important », martelait-il à une télé américaine, entre deux saillies contre Donald Trump. Les Américains ronchonnent, c’est vrai, face à cette « offensive de charme » (sic) de Kim Jong-un vers la Corée du Sud.

L’offensive s’est poursuivie, dans les tribunes. La sœur du président nord-coréen, Kim Yo Song, a profité de l’évènement pour transmettre, en direct, une invitation du frangin. Il propose à son homologue du Sud une rencontre à Pyongyang. Un vrai sommet. On ne sait pas si Moo Jae-in acceptera… On ne sait pas si les deux hommes discuteront de la meilleure défense à aligner en hockey… Mais il y aura des pom-pom girls à la pelle, c’est certain.