Stade Rennais-FC Nantes: En septembre 1999, «ça avait été une véritable boucherie!», se rappelle Dominique Arribagé

INTERVIEW L'ex-défenseur a souvent perdu contre les Canaris lorsqu’il jouait à Rennes…

Propos recueillis par Jeremy Goujon

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Dominique Arribagé (à d.) n'a souvent rien vu venir face au Nantes de Marama Vahirua...
Dominique Arribagé (à d.) n'a souvent rien vu venir face au Nantes de Marama Vahirua... — F. Perry / AFP
  • Quinze derbys Rennes-Nantes ou Nantes-Rennes disputés, pour deux victoires, un nul et douze défaites côté rouge et noir.
  • Tel est l’effroyable bilan rennais du temps de Dominique Arribagé, ancien capitaine du SRFC.
  • Avant le prochain duel de samedi, le Toulousain ouvre la boîte à souvenirs, même si, par conséquent, ceux-ci s’avèrent le plus souvent douloureux.

Depuis la remontée du Stade Rennais en première division (1994), il est le joueur à avoir rencontré le plus de fois Nantes avec le maillot rouge et noir sur les épaules (12). Lui, c’est Dominique Arribagé (46 ans), défenseur central du SRFC entre 1998 et 2004. Le désormais directeur de la cellule recrutement du Toulouse FC raconte ses souvenirs de derbys pour 20 Minutes, façon « paroles d’ex » de L’Équipe.

Votre meilleur souvenir de derby renno-nantais ?

(Sourire) Il n’y en a pas beaucoup, car j’ai surtout le souvenir qu’on a beaucoup souffert contre eux pendant ces années-là. On a toujours perdu à Nantes, par exemple [huit défaites en autant de matchs toutes compétitions confondues]. On tombait sur une équipe très performante dans le jeu, et on avait du mal à les prendre. Et à la Beaujoire, donc, c’était très compliqué… Route de Lorient, on a eu quelques victoires, pas nombreuses, certes, mais quand même [seulement deux sur sept possibles]. Je me souviens de mon but vainqueur [1-0 en septembre 2002], un peu du mollet sur un ballon qui traîne dans la surface… Pas très esthétique, mais efficace.

Le pire ?

Je revois Mickaël Landreau faire l’avion, Marama Vahirua la pagaie… Mais le pire, c’est quand on perd 3-0 là-bas [en septembre 1999]. Je ne jouais pas ce match, mais j’avais quand même fait le déplacement. Et je me souviens d’un cauchemar total, où le ballon avait été confisqué pendant 90 minutes, avec des « olé » dans le stade… Ça avait été une véritable boucherie (sic) ! C’était les belles années nantaises. Pourtant, nous, on n’était pas trop mal à ce moment-là, mais Nantes, ce n’était pas la bonne pioche…

Le coéquipier le plus motivé à l’idée de jouer les Canaris ?

Yoann Bigné devait l’être très clairement. Christophe Le Roux, forcément, quand il avait changé de maillot [transféré de Nantes à Rennes en janvier 1999]. Stéphane Grégoire, aussi, avait un peu cette rage-là. Olivier Monterrubio ? Oui, de la même façon que Le Roux, mais Christophe avait plus de tempérament. C’était un mauvais perdant, donc il était plus tinhós [« teigneux », en occitan].

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L’attaquant nantais que vous détestiez affronter ?

En termes d’efficacité, Vahirua, parce que j’ai l’impression qu’il faisait souvent la différence [quatre buts marqués sur la période « arribagesque »]. Éric Carrière, également, par rapport à ce qu’il représentait dans le jeu nantais. Ce côté où on ne peut finalement jamais les attraper, avec cette technique, ce jeu combiné très propre… et très simple, en fait. C’est ce qui est le plus dur dans le foot.

Le Nantais le plus méchant ?

Je dirai Mario Yepes. On était forcément confrontés l’un à l’autre sur tous les coups de pied arrêtés, donc il y a eu quelques moments chauds… Comme lui avait aussi du tempérament, on a dû s’agiter un peu (sic). Dans le rapport de forces, dans le jeu de corps à corps, licite ou pas (sourire), c’était assez agressif.

La plus grosse fête post-derby ?

Je me souviens très bien de la deuxième victoire, c’était avec Philippe Bergeroo… lequel se fait limoger derrière [deux journées plus tard, exactement]. On pensait l’avoir sauvé en gagnant ce match-là… Il y avait eu 15 jours de trêve, on était partis en stage, et on pensait qu’il resterait. Finalement, Vahid Halilhodžić l’a remplacé.

Duel en haute altitude avec Néstor Fabbri.
Duel en haute altitude avec Néstor Fabbri. - V. Hache / AFP

L’équipe nantaise la plus forte que vous ayez croisée avec le SRFC ?

En 2000-2001, c’était fort [l’année du 8e titre de champion de France]. Carrière, Monterrubio, Vahirua, Stéphane Ziani, Mathieu Berson, Sylvain Armand, Néstor Fabbri, Nicolas Gillet… Il y avait aussi le finisseur Viorel Moldovan, mais à la limite, j’étais plus impressionné par tous les autres joueurs qui composaient cette équipe.

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Le joueur qui vous a le plus impressionné, tous derbys confondus ?

À Rennes, il y en a surtout deux : Shabani Nonda, qui était au-dessus et qui portait l’équipe, il était juste incroyable ; et Petr Čech, qui a ensuite fait la carrière qu’on connaît. À Nantes, je dirai plutôt l’entraîneur, Raynald Denoueix [coach de 1997 à décembre 2001], puisque collectivement, ça jouait très bien au foot.

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La consigne d’entraîneur que vous n’avez jamais comprise au cours d’un Rennes-Nantes ou Nantes-Rennes ?

Je vais me réfugier derrière les entraîneurs et me décharger totalement de la responsabilité des défaites, en disant que, vu qu’on les a quasiment tous perdus, les coachs ont été vraiment bidon (rires). Ils n’ont jamais réussi, finalement, à nous donner les bonnes consignes : on nous avait dit d’aller chercher les Nantais, d’aller les presser haut, mais ils sortaient quand même le ballon… On a essayé plein de choses, mais ça n’a pas marché (sourire). Ils étaient plus forts, c’est tout.

Votre plus grand regret lié à un derby ?

Le premier, celui de 1998, il fait mal [défaite 2-3 fin novembre]. Cette année-là, franchement, le club avait réussi à constituer une équipe incroyable. C’était la reconstruction de Rennes, avec l’arrivée de François Pinault. On a fait une saison incroyable, avec des joueurs qui ne se connaissaient pas, mais qui ont vécu ensemble de façon incroyable. On passait du temps ensemble, on mangeait tout le temps ensemble… et on avait vraiment une belle équipe. Donc sur ce derby-là, je me dis qu’on a loupé le coche.

L’ancien Rennais que vous aimeriez revoir ?

Je suis resté très pote avec Le Roux, Olivier Echouafni, Laurent Batlles, François Grenet, Christophe Revault, Philippe Delaye… Tous ces mecs-là, je les ai revus assez souvent. J’ai eu Nonda au téléphone il n’y a pas longtemps, et c’est vrai que j’aimerais bien le revoir. Je dirai aussi David Sommeil. Avec les problèmes de santé qu’il a pu avoir [arrêt cardiaque en 2008, suivi d’un coma de 15 jours], on s’est un peu perdus de vue. On pense à lui.