Ligue 1: Pour Dominique Arribagé, «sur la durée, Rennes n'a pas à rougir»

FOOTBALL L'ancien joueur de Toulouse et du SRFC se confie avant le match entre les deux équipes...

Propos recueillis par Jérémy Goujon

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Pantxi Sirieix de Toulouse (à gauche) et Julien Féret de Rennes, lors de la saison 2012/2013
Pantxi Sirieix de Toulouse (à gauche) et Julien Féret de Rennes, lors de la saison 2012/2013 — LANCELOT FREDERIC/SIPA

Dominique Arribagé (42 ans) n'a connu que deux amours dans sa carrière de joueur professionnel: Toulouse (1992-1998, puis 2004-2008) et le Stade Rennais (1998-2004). L'actuel membre de la cellule recrutement du TFC évoque ses souvenirs en rouge et noir, à deux jours du déplacement du SRFC en Haute-Garonne (samedi, 20 h).

Lorsque les deux équipes s'affrontent, avez-vous le même pincement au cœur, ou celui-ci s’est-il estompé-t-il au fil des années?
Il s’estompe forcément, étant donné qu’avec les changements d’effectif, ou même d’organigramme, je connais peu de monde à Rennes. Des joueurs actuels, il y en a aucun avec qui j’ai joué. Dans le staff, je connais bien Philippe Montanier, puisque j’ai joué avec lui à Toulouse [entre 1994 et 1997]. Je n'ai plus tellement de copains au niveau du Stade Rennais, même si j’en connais encore quelques uns. Mais en terme sportif, plus du tout.

Avez-vous des regrets sur les six ans passés à Rennes, à titre individuel ou collectif?
(Long silence). Non, je ne vis pas avec ça. Je suis arrivé dans un club qui était en totale construction, que ce soit au niveau des infrastructures ou de l’équipe. J’ai pris beaucoup de plaisir, au cours de ces six années, à voir grandir ce club, et aider à l’amener proche du niveau européen chaque saison. J’avais de très bons rapports avec des joueurs, des entraîneurs, ou des gens du staff. J’ai fait mes trois enfants là-bas. C’était une bonne période de ma carrière. Ça reste un club avec une philosophie de formation, avec un budget qui ne lui permet pas, aujourd’hui (ni hier), de s’attaquer aux plus gros. C’est ce qui est compliqué dans le foot actuel : même si on travaille bien, ça devient juste impossible sans gros moyens.

Les supporters rennais s’étonnent de ne pas voir une personnalité aussi fortunée que François Pinault, investir davantage dans son club. Cela vous surprend-il également?
Il a été un peu refroidi quand il est arrivé. Il s’est dit : «Stop les conneries!» Vu comme c’était géré, dépensé, de façon si peu efficace, il a rebroussé chemin. Il a dit : «Faites-moi un club en autogestion», du moins financière. Maintenant, le club étant plus assis à tous les niveaux, il pourrait peut-être se permettre d’aller chercher plus haut, pourquoi pas. Mais ça reste simplement son choix.

Vous parliez de club «en construction», à l’époque de votre arrivée en Bretagne. A ce jour, le Stade Rennais n’a toujours pas franchi le cap tant attendu. Est-il «maudit», selon vous ?
Non, pas du tout. Comme je le disais, c’est juste une question de moyens. Il leur faudrait doubler le budget pour prétendre à autre chose, et le doubler, c’est énorme à faire. Lille a essayé, à un moment donné, de s’approcher des deux gros, en montant un budget de 80 millions d’euros, voire 100 millions, en jouant la Ligue des champions. Derrière, ça a été très compliqué pour eux. C’est vraiment très dur de franchir le pas. Rennes aurait peut-être pu, une fois, s’incruster dans un Top 3. Sur la durée, ils n’ont pas à rougir de leur parcours. Ils sont plutôt performants depuis dix ans. Après, il ne faut pas non plus vouloir trop de choses. En début de saison, vous mettez les budgets, et regardez qui est devant. Prétendre à finir dans les trois premiers, quand on a le 5e, 6e ou 7e budget… Il faut arriver à profiter une fois en dix ans de situations vraiment favorables. Montpellier a su le faire en 2012, mais il avait une génération exceptionnelle.

Un mot sur Philippe Montanier, que vous avez donc eu comme coéquipier à Toulouse…
C’est un pote. On est toujours restés en relation. C’est quelqu’un de droit, qui travaille très bien, brillant sur le plan intellectuel, et qui a un humour un peu décalé. C’est une très bonne personne. Je lui tire mon chapeau, parce qu’il a su partir de très bas en tant qu’entraîneur, en galérant à Boulogne et ainsi de suite. Aujourd’hui, il récolte les fruits de son travail. Il a su gravir les échelons petit à petit. L’année dernière, il finit meilleur entraîneur de la Liga espagnole. Il arrive dans un contexte rennais particulier, avec l’héritage de l’entraîneur précédent. Il faut qu’il puisse digérer tout ça. Quand on veut mettre en place une philosophie de jeu et d’hommes, c’est toujours un peu long, c’est normal.

Le Stade Rennais et le TFC sont deux clubs qui se ressemblent, finalement?
Complètement. Ils s’appuient sur leur formation, ils font jouer les jeunes. En terme de grandeur de club, ils se positionnent à peu près entre la 5e et la 10e place, quand ils font de bonnes saisons. Ça reste des clubs similaires, sans trop de bruit, sans trop de supporters très violents, virulents… A Toulouse, on aimerait déjà avoir un public plus présent, car l’affluence chute depuis quelques années. On est en partie responsables, parce qu’il faut être capable d’amener du spectacle et des résultats. Si on apporte tout ça, le public reviendra, et il y aura sûrement plus de ferveur. Je l’ai connue, donc je me dis qu’elle peut revenir.