Christophe Le Roux: «En partant de Rennes, j'avais l'impression de n'être qu'un vulgaire joueur de passage»

FOOT Qui d’autre que Christophe Le Roux pouvait parler du derby Guingamp-Rennes? Le globe-trotter breton a en effet participé aux quatre derniers EAG-SRFC en D1/L1 (deux matchs dans chaque camp). Et penchera pour les «paysans», samedi soir (20h)...

Propos recueillis par Jeremy Goujon

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 Christophe Le Roux sous le maillot de Vannes, le 27 février 2007.
 Christophe Le Roux sous le maillot de Vannes, le 27 février 2007. — CLAUDE PARIS/AP/SIPA

Que vous inspire le retour de cette affiche en Ligue 1, neuf ans après?

C’est un immense plaisir, parce que tous les clubs par lesquels je suis passé, ne me laissent pas indifférent. Que ce soit Nantes (1996-janvier 1999), Rennes (janvier 1999-2002) et forcément Lorient, puisque j’y suis [en tant que superviseur, après avoir y joué de 1987 à 1989, puis entre 1994 et 1996]. Je n’oublie pas que Guingamp est le club professionnel où j’ai passé le plus de temps, c’est-à-dire sept ans entre mes deux passages [même huit : 1989-1994, 2002-2005]. A Rennes, ça a été une bonne expérience aussi. J’ai vécu de bons moments, avec notamment un match historique contre la Juventus de Zidane. Plein de choses ont été importantes pour moi dans ces deux clubs. Retrouver ce derby au niveau du championnat, ça me fait très plaisir.

Vous sentez-vous plus proche des «paysans guingampais» ou des «citadins rennais»?
Par rapport à l’histoire que j’ai avec Guingamp, je suis obligé d’être plus proche de ce club-là. J’y ai connu mon meilleur souvenir lors de la saison 2002-2003, avec Didier (Drogba), Nestor Fabbri, Flo Malouda, Coco Michel, Steph' Carnot. On avait vraiment passé une année exceptionnelle. J’y ai aussi vécu l’histoire la plus douloureuse de ma carrière, avec un gros problème personnel, ma fille tombant gravement malade. Tout ça en l’espace de deux ans. Guingamp a une signification particulière, avec des hommes importants à un moment donné, comme Noël Le Graët, qui a fait beaucoup pour moi. Je suis obligé d’être plus proche des paysans guingampais, même si je pense avoir laissé une bonne image à Rennes. Je me suis épanoui dans ce club-là de la même façon.

Vous aviez vécu un grand moment avec le Stade Rennais au Roudourou, avec le fameux 1-6 infligé en mars 2001…
Je ne sais plus comment on était classés, c’était avec Paul Le Guen… La saison avait été compliquée, moi je n’en faisais pas une très bonne, mais ce match-là, je m’en souviens. Je ne sais pas si c’est vérifiable, je n’invente rien, mais il me semble avoir été impliqué dans cinq des six buts. J’avais dû faire cinq passes décisives. Le lendemain, Le Télégramme avait titré: «Le retour du bourreau». C’est que j’avais dû faire quand même un bon match (sourire). 

A quelques mois d’intervalle, vous avez aussi marqué pour Rennes à Guingamp (1-1, février 2002), et pour Guingamp face à Rennes (3-0, août 2002)...
Les deux fois, j’étais content de la même façon. A partir du moment où tu t’impliques pour un club, et que tu es à fond dans le projet, le but marqué te transcende. A chaque fois, ça a été un grand bonheur. Le but avec Guingamp était historique, parce qu’à l’issue de ce match on prenait la tête de la Ligue 1. Je marque, alors que j’étais parti dans des conditions douloureuses de Rennes. J’étais en fin de contrat, et on ne m’avait rien proposé. J’avais fini dans l’anonymat, on ne m’avait même pas expliqué qu’on ne comptait pas sur moi. Ça, je l’aurais accepté. Mais me laisser partir en vacances en ne disant pas les choses ouvertement, ça m’avait fait mal. Pendant mes trois ans et demi là-bas, j’avais été titulaire pratiquement tout le temps, et avec la façon dont je suis parti, j’avais l’impression de n’être qu’un vulgaire joueur de passage, qui ne marque pas le club… Le Guingamp-Rennes arrivait très vite après ma fin de contrat (3e journée de championnat), et je me souviens d’autant plus du but, que c’était un beau but. Lober Petr Čech sur sa ligne, ce n’est pas rien. Surtout quand on sait la carrière qu’il a faite derrière. On m’a souvent rappelé que cette joie-là avait fait plaisir à voir. Les gens m’avaient dit que c’était vraiment communicatif.

Vous souvenez-vous également d’une expulsion lors d’un derby, qui pour le coup avait eu lieu à Rennes (2-1, janvier 2003) ?
Je crois que je me fais expulser avec Olivier Echouafni côté rennais [à la 89e]. Si je me souviens bien, l’arbitre devait être Gilles Veissière. On s’était chamaillés, mais rien de méchant. Ce n’est pas mon souvenir le plus marquant.

Quel est votre regard sur l’actuel début de saison des deux équipes ?
Si on compare à Lorient, c’est aussi bien que nous, voire mieux. Les Rennais étaient partis sur de bonnes bases, avec un nouvel entraîneur pour qui j’ai beaucoup d’estime. J’ai l’impression que Philippe Montanier est un très bon coach. Là, ils restent sur deux couacs. A Montpellier (0-0), il y avait nettement moyen de mieux faire. Lors de la défaite face à Nantes (1-3), ils ont été surclassés. Il n’y a pas encore urgence pour eux, mais le derby de samedi est quand même important pour les Rennais. Les Guingampais sont dans la lignée de ce qu’ils font depuis trois ans, avec un bon coach (Jocelyn Gourvennec). C’est difficile d’en parler parce que c’est un ami, mais depuis le National, ça part sur de bonnes bases. Ils sont sur la même dynamique. Quand on a un projet cohérent, on s’aperçoit qu’entre la Ligue 2 et la Ligue 1, ça tient la route. Les joueurs répondent présents. Il y a beaucoup d’entrain dans ce club en ce moment. Les deux fonctionnent relativement bien, même si Guingamp pourrait avoir plus de points par rapport à ses performances.

Avez-vous suivi le récent Rennes-Nantes?
Oui, bien sûr. Ce n’est pas que Rennes ait été très décevant. Je suis surtout surpris par l’évolution de Nantes. Il y avait unanimité pour dire que leur remontée était tirée par les cheveux. Au niveau du jeu, il n’y avait pas grand-chose. Au travers de ce match, ils ont montré que la Ligue 1, ils l’apprivoisent. Déjà chez nous [à Lorient], on a gagné 2-1, mais ils nous avaient posé des problèmes. Ils montent clairement en puissance. A Lyon, ils perdent certes 3-1, mais je suis persuadé que si les décisions arbitrales sont justes, ils gagnent là-bas. Ça veut bien dire que cette équipe de Nantes, c’est un bon client en ce moment.

Cela s’est mal passé en tribunes entre supporters rennais et nantais. Existe-t-il la même rivalité entre Guingampais et Rennais?
Ce n’est pas aussi virulent que les Nantes-Rennes ou les Guingamp-Brest auxquels j’ai participé. C’est toujours les «paysans bretons» contre la «capitale». Il y a toujours du respect dans ces derbys-là. Ce n’est pas aussi explosif que les Lyon-Saint-Etienne, ou d’autres qui peuvent être beaucoup plus chauds. C’est la marque de fabrique en Bretagne: le football, c’est vraiment la fête, et la fête, c’est le football, comme on dit (rires).

Guingamp-Rennes est-il le «vrai» derby breton?
Le Guingamp-Brest est un peu plus dur. En fait, il y a de la rancune côté brestois. Il faut remonter à l’époque Yvinec [président de Brest entre 1981 et 1991], Ginola, etc. Les Brestois avaient reproché à Noël Le Graët [alors président de la LNF/LFP, après avoir dirigé Guingamp] de les avoir fait plonger économiquement. Pour Brest, il a tout fait pour éliminer la concurrence. Donc voilà, il y a un peu plus de tensions entre ces deux clubs. Le Guingamp-Rennes est un beau derby breton. Il y a toujours une saveur particulière, c’est le cliché « paysans contre la capitale ». Et puis, ça a dû être très compliqué pour les supporters rennais, avec la finale de la Coupe de France 2009. Je suis sûr qu’ils ont toujours ce match en tête. Mais c’est compliqué pour moi de trancher. Des derbys, j’en ai fait un paquet, avec de l’intensité partout.

En 2009 justement, vous étiez pour Guingamp?
J’avais eu la chance de participer à la journée complète au Stade de France, puisque j’avais été le «fil rouge» avec France 3, qui m’avait invité sur la pelouse. C’était un événement exceptionnel, avec une ambiance de foot comme le Stade de France n’en a pas eu depuis. C’était absolument magnifique. Clairement, par rapport à tout ce que j’ai dit précédemment, je suis obligé d’être plus Guingampais. Après, j’étais content de voir ce que le football breton était capable de proposer en termes de jeu et d’ambiance.

Un petit pronostic pour la rencontre de samedi?

C’est difficile… Les Guingampais restent sur une superbe victoire à domicile contre Sochaux (5-1), où ils les ont éclatés (sic). Les Rennais sont dans le dur, mais ont montré beaucoup de bonnes choses depuis le début de saison. Ce sera un match serré, mais avec peut-être un ascendant guingampais sur la dynamique, je dirais 3-2.