Equipe de France: Et sinon, quand est-ce que le banc fera enfin la différence?

FOOTBALL Le match nul des Bleus face au Luxembourg a rappelé que les solutions venaient rarement des remplaçants lors des matchs compliqués... 

Julien Laloye et Nicolas Camus

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Didier Deschamps et son banc, pas toujours utilisé à bon escient ?
Didier Deschamps et son banc, pas toujours utilisé à bon escient ? — FRANCK FIFE / AFP / Montage

Il faut l’écrire, le réécrire, et le réécrire encore, pour être sur de bien se rendre compte de la cata. L’équipe de France a donc été incapable de marquer un but à la maison face au Luxembourg. Un échec qui fait son entrée directement dans le top 5 des plus gros fails de l’histoire des Bleus, quelque part entre la défaite inaugurale de l’ère Blanc face à la Biélorussie en 2010 (0-1) et celle qui allait entraîner le fiasco bulgare, face à Israël en 1993 (2-3).

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Si tout le monde est à blâmer après un tel résultat, une question nous titille avec un poil de recul. Pourquoi les Bleus n’arrivent-ils jamais à faire la différence grâce à leur banc ? C’est bien sur ce genre de match, où l’on est complètement embourbé face à une équipe qui a garé le 32 tonnes, que les entrants doivent apporter quelque chose de différent. Mais ce n’est plus le cas depuis un long moment avec l’équipe de France.

En fouillant dans les archives, on se rend compte que la dernière entrée d’un supersub ayant marqué un but qui compte, c’est Valbuena et son coup franc direct en amical face au Portugal (0-1), en septembre 2015. Un épiphénomène, comparé par exemple à la période Trezeguet-Wiltord. On ne compte pas le but de Griezmann face à l’Albanie lors de l’Euro, puisqu’on ne peut pas le considérer comme un remplaçant dans l’esprit de Deschamps. Gignac est passé à quelques centimètres de clore le débat avec ce qui aurait été le but le plus important de la dernière décennie, lors de la finale contre le Portugal. Mais il a tapé le poteau, et le manque d’impact du banc français est toujours aussi inquiétant. Un mal que l’on peut tenter d’expliquer, avec l’aide de Steve Marlet, qui s'y connaît dans le rôle de doublure chez les Bleus.

La raison la plus flagrante: Le coaching

C’est le constat de base. Si les joueurs qui entrent ne font pas basculer les matchs, c’est parce que ce ne sont pas les bons choisis par Deschamps. Ou alors pas à la bonne place, ou pas au bon moment. Bref, que le sélectionneur a du mal à sentir la rencontre et les hommes qu’il a à disposition. Un reproche qui lui avait été fait après la défaite en Suède, notamment. Si la quantité n’est pas le problème de l’équipe de France - Griezmann, Giroud, Payet, Mbappé, Dembélé, Lemar, Fékir, Lacazette, Coman, Thauvin, Gameiro, c’est pas si mal pour composer une attaque -, la répartition des rôles peut en être un.

La tactique, justement, est un autre aspect de la question. Changer les joueurs, c’est bien, mais changer leur disposition sur le terrain, ça peut aider aussi. DD est un homme de principes, qui donnera toujours la priorité à la continuité. Ce qui est marrant, c’est que le dernier grand changement effectué en plein match (officiel), à la mi-temps du 8e de finale de l’Euro contre l’Irlande avec le passage en 4-4-2, a parfaitement fonctionné. Le sélectionneur n’y a jamais touché depuis.

L'avis de Steve Marlet: «Le coaching offensif ne se décrète pas, il dépend beaucoup de la fraîcheur physique du moment. Il faut faire en sorte d’avoir le plus de profils possibles pour pouvoir faire face à toutes les situations en jeu. Contre le Luxembourg, on s’est entêtés tout le match pour des centres qui ne donnaient pas grand-chose. Avec le recul, on peut se dire que Deschamps aurait pu tenter de replacer Mbappé dans l’axe et de mettre Fekir à droite, d’où il aurait pu repiquer pour jouer à l’intérieur. Pourquoi pas rajouter parfois un Rabiot ou un Tolisso au milieu pour changer la nature de la menace offensive ? Changer de système en cours de match sans forcément changer les hommes peut être une solution».

Statistiques établies après la défaite en Suède (2-1), le 9 juin 2017.
Statistiques établies après la défaite en Suède (2-1), le 9 juin 2017. - www.lequipe.fr

La raison la plus dure à cerner: La préparation mentale du remplaçant

On entre là dans la vraie gestion de groupe, avec son côté psychologique. Honnêtement, on a peu d'infos là-dessus car on pénètre dans le secret des discussions entre Deschamps et ses joueurs. Mais on peut se demander si les remplaçants sont bien conditionnés pour entrer en jeu. Nous revient en tête cette anecdote racontée par Jérôme Rothen dans son autobiographie. Indispensable plan B du secteur offensif en cas de problème, il n’avait jamais été mis en situation les mois précédents l’Euro 2004 malgré les promesses de Jacques Santini. Et quand le sélectionneur l’a lancé en quart de finale contre la Grèce en le suppliant « de les sortir de là », forcément, ça n’a pas très bien marché.

Pour revenir à des questions plus actuelles, que peut-on attendre de Martial quand on le fait entrer pour sauver la patrie en prolongation de la finale de l’Euro après l’avoir mis au frigo dès la mi-temps du deuxième match face à l’Albanie ? Comment mobiliser Lacazette sur un quart d’heure quand on ne l’appelle pas pendant deux ans malgré des saisons à 30 pions ? On n’a pas eu l’impression, en tout cas, que le néo-Gunner était entré avec l’intention de manger la pelouse contre le Luxembourg. Fekir non plus. Les joueurs ont le droit de se prendre en main, c’est vrai. Il faut aussi savoir les toucher pour que ça fonctionne quand ça compte vraiment.

L'avis de Steve Marlet: «A ce niveau-là, il ne faut pas croire que les remplaçants sont laissés à eux-mêmes. Il y a une armée de gens compétents dans le staff qui sont là pour donner des consignes individuelles. A mon époque, c’était René Girard ou Guy Stéphan, et même si j’étais loin derrière des Trezeguet ou des Henry, ce n’était jamais remplacer pour remplacer. Quand Lacazette rentre sur le terrain, il sait ce qu’il doit faire, où il doit se positionner, jusqu’où il doit faire ses retours défensifs, etc. Mais il y a parfois des jours sans, comme dimanche».

La raison la plus technique: Le profil similaire de nos attaquants

C’est un peu fort de café de se plaindre quand on additionne les biftons qu’ils ont rapportés sur le marché ces derniers temps, mais tous les jeunes attaquants français révélés depuis 2014 donnent l’impression d’être sortis de la même usine : endurants, rapides, bon dribbleurs, à l’aise dans les grands espaces, souvent meilleurs sur les côtés que dans l’axe et pas toujours fiables devant le but.

Evidemment, tout ne se vaut pas et chacun peut imaginer la hiérarchie comme il l’entend entre Coman, Dembélé, Martial, ou Mbappé, mais en attendant que le néo-parisien fasse définitivement la preuve de son talent unique aux côtés de Neymar et de Cavani, ou que Dembélé ne franchisse une marche dans l’efficacité à Barcelone, le match de dimanche a montré les limites de ce type de profils contre des équipes très regroupées derrière.

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Pour Lacazette, c’est encore autre chose ; l’ancien lyonnais, qui a percé en tant que joker sur les ailes, est devenu un attaquant qui compte grâce à son travail de longue haleine sur les défenses, un travail qui demande du temps de jeu et de la confiance, ce que Deschamps ne paraît pas disposé à lui accorder. Reste une éventualité à creuser, peut-être: prendre Fekir entre quatre yeux et lui expliquer que ses caractéristiques propres (joueur à l’aise dans les petits périmètres, fin dans le jeu court et bon passeur) peuvent en faire LE douzième homme des Bleus les soirs de galère. Ce qui suppose de lui laisser sa chance un peu plus longtemps que dix minutes en bout de banc quand il est déjà trop tard.

L’avis de Steve Marlet: «C’est vrai que beaucoup de nos joueurs offensifs aiment les espaces et ont l’habitude de se déporter sur les côtés pour faire des différences. J’ai trouvé Fekir impliqué sur sa rentrée. C’est un joueur différent, rapide dans la gestuelle et capable de vite lâcher son ballon dans des défenses à haute intensité. J’aurais aimé le voir avant mais ce n’est pas la solution miracle non plus. Dans un match où on est dominés, Fekir ne va pas apporter grand-chose. Le plus complet pour moi, c’est Mbappé. Il sait allier la vitesse, la percussion, le geste juste, c’est peut-être autour de son positionnement en cours de match qu’il faut réfléchir». 

La solution la plus logique: Et si on (re)mettait Giroud sur le banc pour avoir un plan B?

Dissipons tout malentendu, il ne s’agit pas ici de rouvrir l’éternel débat Benzema ou de minimiser les performances de l’attaquant d’Arsenal sous prétexte qu’il n’a pas marqué depuis trois matchs en équipe de France. Simplement, et c’est la raison pour laquelle Giroud plaît tant à Deschamps, l’ancien montpelliérain offre un style de jeu unique au sélectionneur, le seul qui puisse se rapprocher d’un plan B qui n’existe pas encore en équipe de France.

Un plan B simple (en gros balancer des chandelles dans la surface en espérant tomber sur la tête de l’intéressé pour une déviation ou un but) mais un plan B qui a le mérite de ne pas demander d’études longues et de pouvoir être mis en place en cas de besoin dans les dernières minutes d’une rencontre. Surtout, c’est un rôle qui pourrait coller naturellement à Giroud, puisqu’il est bien parti pour passer son temps à remplacer Lacazette ou Sanchez à la 75e en Angleterre. Il ne serait pas trop dépaysé en Bleu non plus : avant la fameuse affaire de la sextape, il passait toujours derrière Benzema dans l’esprit de Dédé.

L'avis de Steve Marlet: «C’est un débat à avoir. Contre le Luxembourg, on aurait pu préserver Giroud en se disant que face à une défense très serrée, avec de la taille, il aurait pu avoir des difficultés à s’exprimer, ce qui s’est passé d’ailleurs. Mais ce qui est dommage, c’est surtout que l’équipe de France ait continué à jouer comme si Giroud était sur le terrain jusqu’au bout plutôt que de profiter de l’entente d’un Lacazette avec un Fekir à l’intérieur du jeu par exemple. Après tout, ils jouaient encore ensemble il y a deux mois».