Match nul de la honte: Coaching de DD, centres de Kurzawa, tout ce qu'on n'a pas compris contre le Luxembourg

FOOTBALL L'équipe de France n'a pas juste failli en raison des occasions manquées...

N.C. avec J.L.

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Layvin Kurzawa va rater un centre.
Layvin Kurzawa va rater un centre. — Claude Paris/AP/SIPA

Le retour de bâton est rude après la démonstration du milieu de semaine contre les Pays-Bas. Pour la première fois en un siècle, les Bleus ont été incapables de battre le Luxembourg dans une rencontre qu’ils auraient dû plier en 20 minutes et qui est devenue de plus en plus compliquée à gérer dans les têtes en seconde période. La Coupe du monde ne s’est pas rapprochée, mais pour peu qu’on y aille comme prévu, il ne faudra pas oublier les petits défauts récurrents de cette équipe encore constatés contre les Luxembourgeois :  le coaching pas toujours osé de Deschamps, les faiblesses techniques des latéraux, ou l’absence d’un esprit de rebéllion en fin de match. On s’y colle dans le détail.

Pourquoi Deschamps n’a-t-il rien tenté ?

DD le répète tout le temps quand on lui fait le reproche : « Ce n’est pas en empilant les attaquants qu’on marque plus de buts ». N’empêche que sur ce match, on aurait bien aimé voir ce que ça donne. Pas en en mettant quarante dans la surface n’importe comment non plus, mais se borner à du poste pour poste (Mbappé par Coman, Giroud par Lacazette, Griezmann par Fékir) quand ça ne fonctionne pas depuis une heure est incompréhensible. Pourquoi ne pas laisser Mbappé, le plus remuant, en le recentrant aux côtés de Lacazette par exemple ?

Pourquoi laisser Kanté et Pogba 180 minutes sur le terrain quand Rabiot ou surtout Tolisso auraient pu amener de la présence aux abords de la surface ? Pourquoi ne pas donner plus de 10 minutes à Fékir, au profil atypique ? C’est sûr, c’est facile de refaire le match. Mais si on n’a pas le droit après un 0-0 contre des amateurs

Pourquoi les Bleus ne sont-ils pas révoltés ?

Les trois minutes d’arrêts de jeu nous ont laissées sans voix. D’accord, avec 90 minutes dans les jambes trois jours après une grosse débauche d’énergie, il ne reste plus grand-chose dans les chaussettes. Mais les Bleus ont donné l’impression de jouer comme si le match n’allait s’arrêter qu’après avoir marqué. Pendant ces trois minutes, on n’a pas vu un seul ballon dans la boîte, ni même un seul ballon dans la surface, d’ailleurs. A quoi bon faire tourner, encore et encore ? «Il fallait faire plus. Tout s’est passé dans les trente derniers mètres », soupire Lloris. Le 0-0 n’avait l’air de révolter personne. Les Bleus avaient beaucoup tenté avant, certes, mais parfois l’énergie du désespoir fait des miracles.

Pourquoi on ne sait pas jouer sans pression ?

Les Français l’assurent, ils n’ont pas pris ce match par-dessus la jambe. On ne peut s’empêcher de penser à une légère décompression, tout de même, trois jours après avoir rossé les Pays-Bas. C’est un peu redondant avec cette équipe, jamais aussi forte que quand on a peur pour elle. C’était le cas avant jeudi, c’était aussi le cas après le 0-0 en Biélorussie au début de ces éliminatoires, balayé par deux victoires probantes face à la Bulgarie (4-1) et à Amsterdam (3-1) lors du rassemblement suivant.

On pourrait remonter à plus loin que ça, aux succès arrachés face à la Roumanie et l’Irlande lors de l’Euro, ou au barrage retour contre l’Ukraine fin 2013. Les ressorts sont toujours les mêmes. Au moins, on est presque contents d’avoir la frousse avant d’aller en Bulgarie le mois prochain.

Pourquoi Kurzawa ne sait-il pas centrer ?

La stat est dans tous les bons papiers du matin sur ce France-Luxembourg… Layvin a battu un nouveau record dimanche soir.

C’est dommage, c’est justement sur ce genre de match qu’on se disait que Kurzawa, latéral plus à l’aise pour créer le danger dans le camp adverse que pour serrer le jeu aux abords de sa surface, pouvait apporter le plus. Raté, apparemment. Son compère du côté droit Djibril Sidibé n’a pas été bien meilleur, avec son 1/17 dans le même exercice. C’est plus compliqué de trouver un partenaire avec une grosse densité dans la surface, mais quand même. Ce n’est pas une raison pour (presque) nous faire regretter Bacary Sagna. En tout cas, on a hâte de retrouver Benjamin Mendy en forme au mois d’octobre.

Pourquoi Lacazette ne saisit-il jamais sa chance ?

Dans la carrière internationale d’Alexandre Lacazette, avoir une bonne demi-heure pour s’exprimer est une sacrée opportunité. Même dans un amical plié au quart de jeu contre le Paraguay comme en juin dernier, il n’avait pas pu gambader autant. Sauver la patrie d’un piètre match nul contre le Luxembourg aurait pu changer pas mal de choses.

Il n’en a pas été loin, mais le dénommé Philipps a sorti sa petite frappe enroulée sur la ligne. Tant pis. Son unique but en Bleu remonte à plus de deux ans maintenant. Même s’il supplante Giroud à Arsenal, il faudra à l’ancien Lyonnais sûrement encore beaucoup de temps pour convaincre DD de faire de même en équipe de France. Sans parler de l’éventualité de voir Mbappé s’installer autour de Griezmann.

Pourquoi Rodrigues ne joue qu’en D2 néerlandaise ?

On s’est tous posé ces questions après avoir vu ses deux-trois premières touches de balle. D’abord, mais c’est qui ce mec ? Et ensuite, mais pourquoi il n’était pas titulaire ? Sérieusement… Le Luxembourg a sûrement trop de talents pour que Gerson Rodriguez n’entre en jeu qu’à la 59e. Ça lui a suffi pour ridiculiser Koscielny, trouver le poteau de Lloris et faire passer le frisson de la honte dans toute la France, ce qu'il aurait pu faire 5 minutes avant s'il n'avait pas été signalé hors-jeu à tort. 

L’attaquant de 22 ans pourrait jouer en Ligue 1. Formé à Metz, il n’a pas percé en raison de problèmes de discipline. « J’étais plus fort que Maxwel Cornet, disait l’an dernier dans une interview au Quotidien celui qui formait un duo de feu avec le Lyonnais chez les jeunes. La différence, c’est que lui il avait des agents. Moi pas, ou alors des personnes pas très fortes. » Résultat, il découvre tout juste le professionnalisme aujourd’hui, au SC Telstar, un club de D2 néerlandaise. En attendant, peut-être, l’opportunité de venir défier son pote Maxwel sur les pelouses françaises un jour, on ne serait pas forcément contre une nouvelle démonstration de sa part lors du prochain match avec sa sélection… en Suède.