Paris 2024: C’est bien beau tout ça, mais il se jouera sur quoi le match Paris-Los Angeles au final?

JEUX OLYMPIQUES La commission d'évaluation du CIO a rappelé que les dossiers des deux villes candidates à l'organisation des JO 2024 étaient extrêmement solides... 

Nicolas Camus
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Le président de la commission d'évaluation du CIO Patrick Baumann (2e à g.) arrive à l'Elysée avec les dirigeants de Paris 2024, le 16 mai 2017.
Le président de la commission d'évaluation du CIO Patrick Baumann (2e à g.) arrive à l'Elysée avec les dirigeants de Paris 2024, le 16 mai 2017. — Jacques Witt/SIPA

Que ressortir de tout cela ? La commission d’évaluation (CEV) du CIO pour les JO 2024 a terminé mercredi sa visite de trois jours à Paris, effectuée dans la foulée de celle de Los Angeles. De chaque côté de l’Atlantique, les louanges ont plu dans la bouche de Patrick Baumann, son président. « On est dans situation extraordinaire, avec deux villes fantastiques en compétition », a résumé le dirigeant suisse. Voilà qui n’aide pas vraiment dans notre quête d’indices sur un potentiel favori pour le vote décisif de Lima, dans quatre mois.

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Notons qu’il ne faut pas en vouloir à Patrick Baumann. D’abord parce que la commission n’est pas là pour distribuer les bons points mais pour aider à ce que les candidatures soient les meilleures possible. Et puis car à bien l’écouter entre les lignes (sic), on peut déceler des petites choses çà et là pour nous aider à la réflexion.

Les paillettes d’un côté, la tradition de l’autre

Mais commençons par son message le plus clair. Interrogé sur le duel entre les deux villes, le Suisse n’a pas esquivé.

« La capacité des deux villes à organiser les Jeux ne fait pas de doute. Mais elles ont une culture différente, une conception différente de l’événement. Ce sera une des clés à déchiffrer. Cela laisse au CIO le choix d’une vision plutôt qu’une autre. »

Pour caricaturer, ces « visions différentes », ce sont les paillettes d’un côté, la tradition de l’autre. Le business des élites face au rassemblement des athlètes. Dans cette optique, on peut se dire que pour la première désignation d’une ville hôte pour les JO d’été depuis l’adoption de l’Agenda 2020, cette feuille de route censée revoir les priorités du mouvement olympique, le CIO enverrait un bon signal en préférant Paris. Les dirigeants français y croient dur comme fer. 

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Mais ce n’est pas aussi simple que ça, évidemment. Après quelques discussions avec les collègues qui ont suivi la commission à LA, on a compris que la ville californienne avait frappé fort. Et ciblé. Les pontes de la Silicon Valley étaient là pour vendre le monde de demain. Et ce n’est pas un hasard si le seul sportif présent au dîner officiel était Kobe Bryant. La star des Lakers avait sûrement beaucoup de choses à dire au président de la commission, accessoirement secrétaire général de la Fédération internationale de basket. Et en plus, les Américains sont diplomates.

Lors de la conférence de presse finale, la commission, paraît-il extatique, avait jugé « hallucinants et bluffants » certains des sites proposés et le recours permanent à l’argument de la modernité. Faut-il alors interpréter les mots de Baumann à Paris, vantant l’histoire, les monuments et la culture olympique avec le Baron Pierre de Coubertin, comme une manière de dire que la capitale française s’appuie trop sur le passé ? On peut. Ou pas… Ce qui est concret, c'est que la CEV a bien saisi la notion d’héritage pour les générations futures ardemment défendue par Paris 2024. 

De toute façon, les figures de Paris 2024 ne sont pas dans ces considérations. « Ce qui va faire la différence ? C’est la lecture que feront les membres du CIO à titre individuel, répond l’influent Bernard Lapasset, le coprésident du comité. N’oublions pas que ces membres n’obéissent à aucune règle, ni de leur pays, ni de leur comité national olympique. Ils sont dans une logique personnelle, portés par leurs propres convictions. »

Alors il faut ratisser large, et les Français ont l’impression d’avoir fait le boulot avec leur projet. « On a montré qu’on pouvait rassembler, reprend Lapasset. Notre candidature est riche, diverse [spectacle, héritage, environnement, engagement des athlètes, etc.], et plus vous avez ça, plus vous avez de chances de toucher un point sensible chez ceux qui votent. »

En plus, on dirait vraiment qu'il est à fond Patrick Baumann...
En plus, on dirait vraiment qu'il est à fond Patrick Baumann... - ISA HARSIN/SIPA

Le boss du rugby mondial a un exemple tout trouvé pour illustrer sa théorie : la manière dont il a réussi à faire du rugby à 7 un sport olympique pour Rio. « Au début, quand je parlais des Samoa, des Fidji, on me riait au nez. Au final, on l’a emporté par 88 voix pour et 8 contre. Le deuxième sport, le golf, ça a été 65 pour et 23 contre. Comment ? Il faut créer de l’intérêt, et surtout écouter ce que les gens veulent recevoir pour proposer des choses qui leur conviennent en retour ».

« Le travail maintenant va être de convaincre les membres du CIO »

D’où le choix d’un « positionnement autour de la célébration, de l’humain », indique le DG Etienne Thobois. « Le travail maintenant va être de convaincre les membres du CIO. Là, c’étaient les quarts de finale », glisse Guy Drut. Les demi-finales se dérouleront en juillet à Lausanne, où les rapports de la commission d’évaluation seront présentés. Avant la finale au Pérou, bien sûr.

Deux rendez-vous auxquels devrait assister Emmanuel Macron (c’est certain pour le premier, quasiment pour le second). Dans ce match ultra-serré, le nouveau président de la République pourrait être un plus face à Los Angeles qui a pâti, selon de nombreux observateurs du mouvement olympique, de l’élection de Donald Trump. Tout est dans le « pourrait », comme sur chaque sujet. Frustrant… et passionnant, quand on se plonge dedans.