JO 2024: Comment Paris compte séduire le CIO, mais sans en faire trop (c'est ça qui est important)

CANDIDATURE Paris accueille la commission d’évaluation du CIO à partir de samedi, et pour quatre jours…

Nicolas Camus

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La Tour Eiffel éclairée à l'occasion du lancement de la candidature de Paris pour les JO 2024.
La Tour Eiffel éclairée à l'occasion du lancement de la candidature de Paris pour les JO 2024. — Francois Mori/AP/SIPA
  • C'est la dernière ligne droite pour Paris avant l'attribution des JO 2024, en septembre prochain
  • La commission d'évaluation du CIO, qui vient de se rendre à Los Angeles, se déplace dans la capitale française à partir de samedi
  • Fini le bling bling, Paris mise sur ses athlètes et l'émotion suscitée chez les membres du CIO pour marquer les esprits

C’est la dernière marche vers l’attribution des Jeux olympiques. Samedi, la commission d’évaluation du Comité international olympique (CIO) débarque à Paris pour quatre jours de visite. La candidature française aux Jeux olympiques va être passée aux rayons X par cette délégation présidée par Patrick Baumann et composée de dix autres membres du CIO et d’experts. Transports, finances, développement durable, héritage, intérêt de la population, chaque détail du dossier va être abordé. Les futurs sites seront également inspectés, et tout sera consigné dans un rapport rendu début juillet, à deux mois du vote final à Lima.

Voilà pour le côté technique. Et un peu barbant, il faut bien le dire. Ça tombe bien, ce n’est pas là-dessus que ça va se jouer. Enfin, pas complètement. Bien sûr qu’il faut être carré dans son projet, mais il ne suffit pas d’avoir réponse à tout. Le CIO ne cherche pas un futur vainqueur de « Questions pour un champion » mais des partenaires avec qui bosser en toute sérénité pendant les sept années à venir. Alors l’important, c’est le ressenti, le feeling, le hors-piste, toutes ces petites choses qui ne sont pas écrites noir sur blanc dans le cahier des charges officiel.

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La nuance, de taille, est une nouveauté. Elle vient de l’adoption il y a deux ans du fameux Agenda 2020, sorte de feuille de route destinée à redorer l’image d’un mouvement olympique plombé par l’opacité et la corruption. Résultat : « Avant, c’était une sorte de bac blanc, avec des questions-réponses sur chaque point. Aujourd’hui, on veut que ce soit plus un dialogue sur lequel on construit une vraie relation », résume Guy Drut, membre du CIO et grande figure de la candidature parisienne.

Voilà, c'est ça qu'il faut faire.
Voilà, c'est ça qu'il faut faire. - www.olympic.org

L’ancien champion olympique du 110m haies sait de quoi il parle. Il a participé aux commissions chargées d’inspecter les villes candidates pour les Jeux 2016 et 2020. Utile, à l’heure de préparer ce rendez-vous. Pour lui, il y a trois mots d’ordre à respecter.

  • « Crédibilité : Notre dossier est solide, on a pensé à tout ».
  • « Confiance : Nous envers le CIO, en tant que partenaire, eux, en nous, sur notre volonté d’aller au bout des choses. Et ce qui est très bien perçu de leur part, pour l’instant, c’est notre unité. Ça les étonne favorablement, je le sais, et c’est une bonne chose ».
  • « Séduction : Il s’agit aussi d’une élection, il faut mettre les atouts de notre côté. Sans raconter n’importe quoi, parce que de toute façon les membres du CIO nous connaissent très bien - et inversement -, mais avec des choses concrètes, raisonnables ».

Ce dernier point est essentiel. Et compliqué. Nouvelles règles du jeu obligent, il faut séduire sans en faire trop non plus. « On va faire les choses bien, mais sans bloquer le périph non plus, comme ça a pu être le cas par le passé", raconte un membre du comité de candidature. En gros, on n’arrête pas de vivre dans le pays parce qu’il y a 15 personnes qui débarquent. Ils veulent que ça soit fluide, vivre ces quelques jours comme ils les vivraient s’ils venaient en simples visiteurs, pour prendre le pouls de la ville. Si c’est pour voir une ville fantôme, c’est non. »

Le programme de ces quatre jours a été élaboré en fonction. On oublie la Tour d’Argent et le Ritz, le dîner officiel, par exemple, sera servi au Petit Palais. Parce que c’est beau, mais surtout pour deux autres raisons. C’est là que sera installée la future maison des athlètes, où ces derniers pourront accueillir famille et amis, et avoir des petits moments en dehors du village tout en restant au cœur de la ville. C’est aussi un endroit qui se trouve au cœur du futur Parc olympique, entre les Champs-Elysées, la Seine, le Grand Palais, les Invalides et la Tour Eiffel, où se dérouleront une bonne dizaine de disciplines.

Le Petit Palais, ça claque.
Le Petit Palais, ça claque. - Xavier Francolon/SIPA

« On veut un truc qui parle d’athlètes à athlètes, qui parle de leurs souvenirs, de la manière dont ils vivent les Jeux et de celle dont nous on les voit, explique notre homme de l’intérieur. On veut un truc sympa, plein de petites intentions. Qu’ils se disent après coup "ah, ils ont pensé à ça", ou "tiens, ils m’ont mis à côté de telle personne parce que j’aime tel truc". Et que tout ça se fasse de manière naturelle. »

Au passage, voilà pour Paris l’occasion de mettre un petit taquet à Los Angeles. Les dirigeants de la candidature américaine ont choisi d’organiser ce dîner dans l’impressionnante maison du big boss, Casey Wasserman, richissime petit-fils d’un magnat de Hollywood. « Ça va être dingue, mais on n’est pas là pour organiser les Oscars, souffle-t-on au sein du comité parisien. En 2024, ce lieu ne servira à rien. Ce n’est pas notre vision. »

Ce n’est qu’un détail, évidemment, mais Paris veut croire que tout va compter. C’est aussi pour ça que les politiques ne sont plus au cœur du projet. « Cela avait été le cas en 2012, et le CIO l’avait bien compris, indique Guy Drut. On avait quelques athlètes, mais on les prenait pour des pots de fleurs, pour agrémenter la candidature. Cette fois, ça n’a rien à voir. Leur place est réelle. » On ne va pas refaire la liste, mais Tony Estanguet a un rôle prépondérant dans cette candidature, et de grands noms comme Teddy Riner sont des ambassadeurs très investis.

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Aujourd’hui, « la préparation est beaucoup plus aboutie », estime Guy Drut. Tout est donc en place pour recevoir la commission, qui atterrira directement de Los Angeles, et lui laisser un beau souvenir de Paris.

« Le but, c’est qu’ils se disent qu’ils ont passé un bon moment et qu’ils en parlent ensuite avec d’autres membres du CIO, confie l’ancien hurdler. Qu’ils se disent que Paris est ouvert à la discussion, motivé pour résoudre des problèmes éventuels et se montre très uni. Qu’ils deviennent des ambassadeurs de notre candidature, quoi. »