Vendée Globe: Les mers du Sud sont une grosse torture, alors pourquoi les skippers les adorent?

VOILE La flotte commence à arriver dans l'Océan indien. Le meilleur est à venir sur le Vendée Globe. Ou bien le pire...

William Pereira

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Les skippers du Vendée Globe vont connaître l'enfer dans les mers du Sud
Les skippers du Vendée Globe vont connaître l'enfer dans les mers du Sud — DAMIEN MEYER / AFP

Alex Thomson fonce seul en tête de ce Vendée Globe 2016 sur sa formule 1 des mers. Jusqu’ici, tout va bien pour le Britannique, qui vient de franchir le cap des Aiguilles et donc changer d’Océan, passant de l’Atlantique à l’Indien. Pour lui et ses adversaires, c’est une nouvelle course qui débute. Plus dure, plus impitoyable, plus fatigante. Et plus belle, aussi.

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Adieu crème solaire, bonjour manteaux et bottes

Basculer d’un océan à l’autre, c’est changer de monde. Sortir de son confort pour affronter un climat hostile. « On quitte des conditions de mer agréables, sous le soleil, avec un vent sympa et où le bateau est peu chahuté. Il fait bon à bord et la température de l’eau est bonne également. Et en quelques heures, on passe à des conditions hivernales, même si, dans les mers du sud, c’est l’été », racontait Armel Le Cléac’h il y a plusieurs mois dans les colonnes de L’Equipe.

Dixième du Vendée Globe 2008-2009 et contacté par 20 Minutes, Raphaël Dinelli tire dans le même sens. « Les mers du Sud, ce sont des grandes houles, des coups de vent (c’est-à-dire des vents allant de 60 à 90 km/h environ), des tempêtes, c’est le froid, l’humidité… C’est un combat de chaque instant qui commence. »

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Les icebergs, grand cauchemar des skippers

Une lutte quotidienne qui met les nerfs des vaillants navigateurs à rude épreuve. Car si l’été austral est froid, il ne l’est pas suffisamment pour que la banquise antarctique reste sagement en place.

« Je ne vais rien vous apprendre, mais au-delà de l’été dans les mers du Sud, la fonte des glaces est accélérée par le réchauffement climatique qui s’accélère depuis une vingtaine d’années. Cela veut dire que, plus que jamais, des tours de glaçons fondent et que les skippers vont devoir se méfier des icebergs H24 », prévient Dinelli.

 

Comme si le niveau du jeu n’était pas suffisamment élevé comme ça, dame nature a ajouté un petit obstacle en plus, nous explique l’ancien skipper du Vendée Globe.

« Il y a une vraie appréhension de la nuit. Le ciel n’est pas étoilé, il y a des nuages, de la brume et donc un manque de visibilité. C’est stressant. »

Alex Thomson, Armel Le Cléac’h et les autres sont quand même chanceux dans leur malheur puisque les nuits seront courtes.

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Coups de fatigue et blessures, bienvenue en enfer

Plus de stress, moins de sommeil et, inévitablement, une fatigue qui pèse de plus en plus au fur et à mesure que les jours passent, au point d’en devenir paralysante. C’est Raphaël Dinelli qui le dit.

« On peut avoir d’énormes coups de froid qui mettent 12 ou 24h à passer. Mais on n’a pas de virus comme ce sont des endroits vierges. »

L’autre truc chiant, c’est qu’étant donné que les skippers ont bien plus souvent la gueule et les mains dans l’eau salée, toute blessure, même minime, peut vite s’avérer problématique. « Avec l’eau salée, la cicatrisation est rendue plus difficile. Il faut donc faire très attention, d’autant qu’avec le froid et l’humidité, la peau s’attendrit. » Une certaine idée de l’enfer.

L’amour de l’effort et la beauté d’une nature immaculée

Toujours dans le quotidien L’Equipe, Armel Le Cléac’h relativise malgré tout. « C’est l’objectif que l’on recherche. C’est dans la difficulté, comme un coureur du Tour sur une ascension, que l’on apprécie le challenge et l’endroit. »

L’endroit, c’est un milieu sauvage dans tout ce qu’il y a de plus hostile mais aussi dans ce qu’il y a de plus pur, comme nous l’explique Raphaël Dinelli. « Dans les mers du Sud, on ne croise pas de cargos ni de bateaux de fret comme dans l’Atlantique. Il y a des paysages magnifiques à perte de vue, et, les rares fois où le ciel le permet, une lumière et des couleurs incroyables. C’est une zone un peu immaculée. Là-bas, j’ai vu la clarté de l’eau. C’est sûr qu’on n’y est pas pollué par les nappes pétrole. » Et Le Cléac’h de poursuivre dans un élan de lyrisme.

« Là-bas, il n’y a pas de problème de politique ou de religion, c’est la nature seule qui dicte sa loi. Cela rend l’endroit mystique. »

Au point de ne laisser que de bons souvenirs aux skippers une fois l’ordalie terminée ? Presque. Le dauphin d’Alex Thomson ne s’y voit pas passer toute son « année, ça tire sur le bateau et sur le marin, c’est un stress permanent, mais c’est tellement de plaisir. » Un plaisir qui dure environ un mois.