Vendée Globe: «J’ai jibé au lieu d’aller chercher l’aile de mouette», si vous comprenez rien à la voile on est là pour vous les cocos

VOILE « Le foil marche en mode VMG avec très peu de gite, 5° et une pression de dix tonnes »…

B.V.

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Le bateau de Tanguy de Lamotte au départ du Vendée-Globe
Le bateau de Tanguy de Lamotte au départ du Vendée-Globe — CHARLY TRIBALLEAU / AFP // 20 Minutes

C’est sympa, le Vendée Globe. On y raconte de belles histoires, des duels épiques, des réparations de fortunes… Et aussi plein de trucs complètement incompréhensibles. Non, sérieux, même avec les cours de « cata » que vous suiviez pour faire plaisir à votre grand-mère dont vous squattiez la maison à Pornic pendant vos étés d’adolescents incandescents, vous ne pouvez pas capter la moitié de ce qui se dit pendant les vacations du midi. Heureusement pour vous, 20 Minutes possède les meilleurs spécialistes voile de la presse. Non, on déconne, on a juste appelé Bernard Stamm, trois Vendée Globe au compteur.

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Niveau 1 : Le point accident, par Tanguy de Lamotte : « Je naviguais sous grand-voile haute et Code 0 quand la partie haute du mât s’est brusquement cassée. La voile d’avant est partie dans l’eau et la GV est descendue. C’est le tube en carbone qui s’est cassé. »

L’explication technique, par Bernard Stamm : «  Code 0 est une référence de voilerie qui désigne une voile et dont le terme s’est démocratisé comme un frigo est devenu le terme pour réfrigérateur. La grand voile, c’est la plus grande voile plate d’avant. Comme elle est grande et plate elle est un peu polyvalente. Elle est tenue tout en haut du mât, donc si la tête se casse, tout tombe ».

En rouge, une voile Code 0
En rouge, une voile Code 0 - Capture d'écran

L’explication pour ceux qui galèrent vraiment, par nous : « Bah quand tu casses le mât, les voiles tombent. »

Niveau 2 : Le point météo, par Sébastien Josse : « Je viens de rentrer dans le Pot-au-Noir. C’est poussif. On est rentrés dans un grain avec Vincent Riou. Le vent a fait un tour à 360 degrés et il y a 2 nœuds de vent. On est un peu collés à la piste. C’est calme, glacis, il pleuviote, un petit mètre de houle résiduel. Le ciel est sans couleur. On n’arrive pas à distinguer d’où va venir le vent. »

L’explication technique, par Bernard Stamm : « Le grain, c’est un nuage qui se forme, de l’air qui s’élève et qui donne de l’instabilité. Généralement, il peut pleuvoir à la fin de la formation du nuage ce qui génère beaucoup de pluie ou de vent, avec des changements de direction. Le vent est très perturbé par ces grains successifs et pas facilement prévisibles. Le vent se cherche, donc il a fait un 360°, un tour complet sur lui-même. Un ciel sans couleur, c’est un temps complètement couvert, proche de celui d’un temps d’hiver en Bretagne, avec du crachin, peu de contrastes. On ne voit plus la différence entre le ciel et la mer et on manque de repères. C’est assez déroutant. »

L’explication pour ceux qui galèrent vraiment, par nous : « Niveau météo, le Pot-au-Noir vaut pas beaucoup mieux qu’un pot-au-feu. »

Niveau 3 : Le point foil par Morgan Lagravière : « Plus globalement, on constate que les allures actuelles ne sont pas forcément favorables à nos foilers. L’angle est un peu trop ouvert pour s’appuyer sur le foil. Pour le moment, c’est la polyvalence qui paye, les bonnes performances de Vincent Riou le prouvent… »

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L’explication technique, par Bernard Stamm : Les foils sont des appendices qui fonctionnent bien quand le bateau va vite et a un certain angle par rapport au vent. Il se repose sur cet appendice et crée une poussée. Ça marche très bien quand le vent est de travers. En revanche quand le vent vient de derrière, l’angle est très très ouvert, le bateau ne peut pas se reposer sur le foil et le bateau gicle peu, il n’a pas de puissance mais il glisse. »

L’explication pour les demeurés : « Ça sert à rien de passer la 6e sur le périph les mecs »

Niveau 4 : Le point réparation, par Tanguy de Lamotte : « Je ne sais pas trop comment ni pourquoi la tête de mât s’est cassée. J’ai réussi à ramener à bord tout le gréement (drisses, etc.) sans trop abîmer le reste de l’espar ».

L’explication technique, par Bernard Stamm : « Le mat est composé d’un gréement courant et d’un dormant. Le dormant, ce sont les parties fixes, l’espar, comme le tube du mât en lui-même qui est la partie rigide du gréement. Le courant, ce sont celles qui bougent, comme les drisses qui servent à monter les cordages pour hisser une voile. Tout ça peut se désolidariser. S’il arrive à réparer la tête de mat ou refaire des ancrages de fortune, il faut quand même qu’il récupère les câbles qui vont faire en sorte que le mât tienne debout et les drisses montent. La tête de mat, c’est là qu’est ancré à peu près tout ce qui tient le mat et toutes les voiles de tête. S’il est cassé, c’est un nœud de choses qui n’existent plus, un bout de tube cassé. »

L’explication pour ceux qui galèrent vraiment : « Ça va être compliqué de repartir (ndlr : il a d’ailleurs abandonné). »

Niveau 5 : Le point erreur tactique, par Romain Attanasio : « J’ai fait une erreur à Madère, je suis tombé dans des dévents. Au lieu d’aller chercher une aile de mouette à l’Ouest de Madère, j’ai jibé. »

L’explication technique, par Bernard Stamm : « Jiber, c’est un franglissisme qui veut dire empanner (empanner = faire tourner le bateau grâce au vent arrière, contrairement à virer qui est grâce au vent de face). L’aile de mouette, c’est une route classique quand on tourne autour d’un anticyclone. A un moment donné, il faut changer de bord et cette route dessine une aile de mouette à très grande échelle. C’est le cas pour Vincent Riou et Armel le Cleac’h par exemple, qui ont pris une route de plus en plus vers l’ouest avant d’empanner vers le sud. Lui a fait la route à l’envers : au lieu d’aller vers l’ouest et de chercher la courbure vers le sud il a fait l’inverse et s’est retrouvé avec Madère en face de lui. Une île fait écran au vent et le perturbe beaucoup. Pour comparer à un stade d’athlétisme, il a pris la piste extérieure. »

L’explication pour ceux qui galèrent vraiment, par nous : « Il a pris l’autoroute à contresens. »

Bernard Stamm
Bernard Stamm - IDEC Sport

Niveau 6 : Le point foil version hardcore, par Alex Thomson : « Je pense que quand on est au reaching, nos foils marchent très bien. C’est pour cela que nous avons trouvé le rythme dans la descente de l’Atlantique. Le foil marche en mode VMG avec très peu de gite, 5° et une pression de dix tonnes sur le foil. »

L’explication technique, par Bernard Stamm : « Dans la même phrase, il explique deux allures différentes. Le reaching c’est l’allure ou le vent vient de travers où le foil sert le plus, logiquement il va vite. Plus le bateau va vite, plus le foil est efficace. La VMG, qui veut dire Velocity made good, c’est quand le bateau ne peut pas aller directement là où il veut à cause de la direction du vent et qu’il calcule une équivalence de vitesse en changeant de côté et de route (un compromis entre cap et vitesse). Ce qu’il explique là, c’est que le foil fonctionne même avec le bateau à plat. C’est-à-dire que leur avancée technologique qui fait que le foil est quand même efficace à un endroit où sur le papier où il ne devrait pas trop l’être. C’est en partie pour ça qu’il est devant. »

L’explication pour ceux qui galèrent vraiment : « Vroom vroom. »