Les bateaux «à moustaches» sont-ils en train de révolutionner le Vendée Globe?

VOILE Comme prévu, six des sept bateaux équipés de foils font déjà parler la poudre…

V.B.

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Le bateau du Brintannique Alex Thomson (Hugo Boss) est équipé de foils.
Le bateau du Brintannique Alex Thomson (Hugo Boss) est équipé de foils. — LOIC VENANCE / AFP

Leur départ dimanche des Sables-d’Olonne était plein de promesses, qu’ils tiennent pour l’instant. Les foilers, ou bateaux équipés de foils, ces appendices qu’on appelle aussi « moustaches », font déjà sensation sur le Vendée Globe.

Des sept monocoques (sur 29 en lice) équipés de ces étranges dérives - destinées à réduire la traînée hydrodynamique, obstacle à la vitesse -, six trustaient lundi soir les premières places. Un départ canon qui soulève quelques questions parmi les profanes (dont nous sommes) de la voile en général et de la course au large en particulier.

Sont-ils partis pour durer ?

Au dernier pointage ce mardi à 5h, c’est bien simple, tous les foilers se trouvaient dans le Top 10 : Armel Le Cléac’h (Banque populaire), Alex Thomson (Hugo Boss), Jean-Pierre Dick (StMichel-Virbac), Sébastien Josse (Edmond de Rothschild), Jérémie Beyou (Maître Coq) et Morgan Lagravière (Safran). Tous, à l’exception du novice hollandais Pieter Heerema qui, à 65 ans, a voulu se faire un kif en se payant un bateau dernier cri pour se frotter à « l’Everest des mers », « un challenge personnel », dit-il, loin des prétendants au titre.

Cet élan prometteur des foilers en fait-il des favoris ? « Sur le papier, ils le sont », tranche Yvon Berrehar, directeur technique du skipper Fabrice Amedeo (Newrest-Matmut), dont le bateau, justement, n’est pas équipé de foils. « Ils ont eu beaucoup de chance, aussi, d’avoir les conditions parfaites pour partir », tempère Alain Gautier, vainqueur du Vendée Globe en 1992, aujourd’hui consultant sécurité de l’épreuve. A savoir un vent fort grâce auquel les foils ont propulsé les bateaux. « Après, c’est long un Vendée Globe, reprend Gautier. Il y aura différentes périodes, certaines plus favorables aux foils, d’autres moins. »

Quelles sont leurs limites ?

Car ils en ont, figurez-vous. Lorsque ça souffle, les dernières Transat l’ont prouvé, les foils sont de formidables atouts. « Le bateau est plus aérien, cela donne la sensation de moins forcer dans la mer, raconte Alain Gautier. Moins on frotte l’eau, plus on va vite. C’est aussi bénéfique en termes d’efforts à bord. En revanche, ça demande plus d’attention, de concentration. » Une navigation à haut risque qui ne pardonne pas l’à peu près, ni la moindre collision. Et le gain de vitesse a un prix : toute faute de barre peut être sanctionnée d’un chavirage.

En revanche, lorsque ça souffle moins, les foils alourdissent d’inutilité les monocoques, qui peuvent par exemple se retrouver scotchés dans la pétole, ces zones sans vent. « Les bateaux trainent ces espèces de virgules dans l’eau et sont ralentis », explique Yvon Berrehar. Au point de susciter un débat autour de l’apport des foils sur la plus grande course au monde et le scepticisme d’illustres navigateurs, comme Michel Desjoyeaux, double vainqueur du Vendée Globe (2001 et 2009). Réponse dans trois mois.

Favorisent-ils les grosses écuries ?

« La « foil » aventure à un prix : peu ou prou, 500.000 euros », indique La Voix du Nord. Evidemment, seuls les gros budgets de la flotte peuvent doter leur monocoque de ces appendices, tous conçus par les cabinets d’architecture navale VPLP-Verdier et pour la majorité fabriqués par Heol Composites à Trefflan (Morbihan). De fait, ces foils créent-ils des inégalités sinon sportives, du moins financières ? « Il ne faut pas résumer l’enjeu de la course à ces outils, répond Alain Gautier. Foils ou pas foils, les bateaux actuellement en tête sont neufs, c’est logique qu’ils soient sur le devant de la scène. Et comme dans tout autre sport aujourd’hui, pour essayer de gagner, il faut mettre des moyens. »

Yvon Berrehar abonde : « C’est une bonne chose, ces foils. Le Vendée Globe a toujours attiré les projets avant-gardistes, les innovations technologiques, qui tirent vers le haut toute la flotte, car les bateaux sont ensuite revendus. Ce n’est pas nouveau : Tabarly en 1964 avait déjà gagné la Transat anglaise avant de mettre au point un multicoque révolutionnaire (le Pen Duick IV). C’est l’évolution normale. » Une « évolution » enfin à l’épreuve du temps.