Vendée Globe: Jean-Pierre Dick repart défier les flots… et la poisse (pour la dernière fois?)

VOILE Le Français de 51 ans rempile pour un quatrième Vendée Globe avec un seul souhait : esquiver la poisse…

William Pereira

— 

Jean-Pierre Dick, à bord de son St Michel-Virbac
Jean-Pierre Dick, à bord de son St Michel-Virbac — A.Pilpré/Y.Zedda/StMichel-Virbac (Montage: WP)

« Je ne sais pas si ce sera mon dernier Vendée Globe. La dernière fois, j’avais dit que ce serait mon clap de fin et puis finalement le résultat ne m’avait pas convenu. » Jean-Pierre Dick l’a encore mauvaise en repensant à ce soir de janvier 2013. Alors qu’il est à 500 milles (un peu moins de 1.000 km) au nord des îles du Cap Vert, le skipper français perd sa quille, et ses espoirs de podium avec.

>> A lire aussi : Le départ, l'attente... La course vue par les femmes de marins

Certes, il réussit l’exploit de boucler les 2.650 milles restants (soit quasiment 5.000 bornes) – ce qui lui vaudra de recevoir le prestigieux Rod Stephens Trophy 2013 - mais c’est une bien maigre consolation pour un homme qui vise aujourd’hui la gagne à bord de son St-Michel Virbac. « La frustration d’avoir raté le podium est toujours là », avoue-t-il. Celle de n’avoir jamais été épargné par le courroux des dieux marins doit également lui rester en travers de la gorge.

Le grand gaillard en pleine action
Le grand gaillard en pleine action - ©A.Pilpré/Y.Zedda/StMichel-Virbac

L’incroyable historique de la poisse de Jean-Pierre Dick sur l’Everest des mers

  • Sur le Vendée Globe 2004-2005, le skipper réussit à terminer à la sixième place en réparant une bôme cassée ainsi que le démarreur de son moteur, et en changeant plusieurs vis de mulet, la pièce qui relie la bôme au mât. Il gagne cette année-là le surnom de MacGyver. 

     

  • En 2008-2009, c’est la poisse, la vraie, qui frappe le natif de Nice. Celle qui endommage le safran bâbord un 15 décembre 2008 et arrache totalement le safran tribord une dizaine de jours plus tard suite à un choc avec un Ofni (Objet flottant non identifié), alors que Jean-Pierre Dick pique un petit somme. Dépité, ce dernier abandonne le 31 décembre. Et bonnes fêtes hein !
  • En 2012-2013, c’est donc la quille qui lâche. « J’ai entendu un grand bang », raconte le Français, qui échappe à un nouvel abandon en bricolant comme à son habitude.

Un historique qui pousse l’intéressé à n’avoir qu’un seul souhait au départ des Sables d’Olonne, celui de passer une course à peu près tranquille.

Citation
Citation - JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP -Montage: BB)

 

>> A lire aussi : Nice: Jean-Pierre Dick se prépare pour son quatrième Vendée Globe

La malchance, oui, mais aussi quelques erreurs

Jean-Pierre Dick n’est pas dupe pour autant. S’il répète que le sort est particulièrement capricieux avec lui, le MacGyver des mers admet tout de même avoir commis une ou deux erreurs préjudiciables au cours des précédentes éditions.

« Sur ma première course, j’ai des pépins à cause de mon manque d’expérience global qui me fait commettre plusieurs petites erreurs. Sur le deuxième, celui où j’abandonne, je dirais que la préparation de mon bateau aurait pu être meilleure. Mes deux safrans n’étaient pas assez costauds. Et puis il y a la malchance qui joue… » Décidément.

«Le soleil vient de se lever»
«Le soleil vient de se lever» - A.Pilpré/Y.Zedda/StMichel-Virbac

Ce qui ne tue pas rend plus fort…

L’avantage quand on a traversé toutes ces épreuves, c’est qu’on en devient blindé à force. « Vous devenez stoïques, vous êtes capables de réparer des choses facilement et vous savez comment gérer ces situations plus facilement », analyse, serein, Jean-Pierre Dick. Ce dernier voit néanmoins dans son expérience de poissard un tout petit bémol.

« C’est difficile de savoir si c’est une réelle faiblesse, mais on finit par perdre le côté "rentre-dedans" qu’on a à ses débuts. On est forcément plus méfiant. L’expérience c’est forcément positif, mais le Vendée Globe reste une course offensive, donc au bout d’un moment il faut attaquer, et garder cet esprit offensif, c’est aussi très important », se méfie le skipper de Saint-Michel Vibrac, qui a pris soin de mettre toutes les chances de son côté avant de prendre le large le 6 novembre.

« J’ai un bateau de dernière génération, j’ai pris le strict nécessaire avec moi et, même si je suis plus âgé, je suis content d’avoir réalisé un gros travail physique »

Confiant, mais pas sûr de son fait pour un sou. « C’est difficile d’avoir des certitudes dans un monde aussi incertain », conclut celui qui s’apprête à braver l’Everest des mers pour la quatrième fois. Il est bien placé pour en parler.