JO 2016: «On a prouvé qu’on était pas des chialeuses», les Bleues du hand ont perdu en finale mais gagné le respect éternel

HANDBALL Toute chamboulée il y a six mois, l’équipe de France est « revenue de très loin » pour aller chercher la médaille…

B.V.

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Les Françaises du hand en argent, à Rio
Les Françaises du hand en argent, à Rio — Matthias Schrader/AP/SIPA

De notre envoyé spécial à Rio,

C’est l’histoire d’une équipe « que personne n’attendait » et qui a fait une finale olympique. Ce n’est pas nous qui dressons le constat, mais toutes les joueuses de cette équipe de France de handball féminine, médaillée d’argent après s’être inclinée face à la Russie (22-19). Parce qu’elles ont toutes le sentiment de « revenir de très loin », d’avoir accompli un exploit que beaucoup ne soupçonnent pas. Et on a tendance à être plutôt d’accord avec elles.

Pour comprendre, il faut avoir quelques éléments de contextes :

  • En 2013, le coach de toujours – présent depuis 1998 (!) – Olivier Krumbohlz est gentiment évincé, en grande partie à cause de ses manques de résultats aux JO
  • Son remplaçant, Alain Portes, n’arrive à rien et se retrouve aux milieux d’histoires extra-sportives, parlant même de « tentatives de déstabilisation »
  • Après un nouvel échec aux Mondiaux en décembre 2015 (7e), la Fédération décide de se séparer de lui
  • Olivier Krumbholz est rappelé en urgence à 6 mois des Jeux pour une mission commando

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Alors forcément, au moment d’aborder ces JO, les Bleues ne font pas peur à grand monde. «Si on m’avait dit y a un mois en demi que j’aurais eu une médaille, j’aurais signé pour n’importe quel métal, sourit Camille Ayglon. Pendant quelques années, on est passé individuellement et collectivement par des grosses périodes de doute. C’était très compliqué. La reconstruction qu’on a réussi à faire en si peu de temps, c’est fou. Dès le départ, je savais qu’Olivier était l’homme de la situation. Il nous a fait confiance. »

« Pendant deux ans et demi on a travaillé d’une certaine façon qui ne nous convenait pas du tout »

Krumbholz donc. Revenu à la demande des joueuses, mais en version adoucie. « J’ai essayé de rester dans un cadre, notamment de conduite », avoue celui qui était souvent considéré comme trop autoritariste. « Il a ramené sa sérénité, sa défense et du travail, enchaîne la star Alexandra Lacrabère. Pendant deux ans et demi on a travaillé d’une certaine façon qui ne nous convenait pas du tout. Aujourd’hui on prouve qu’on est pas des pleurnicheuses, pas des princesses. C'est juste qu’on avait envie d’un staff qui veut vraiment travailler. »

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Une médaille olympique, c’est aussi l’occasion de régler ses comptes. En même temps qu’elle réclame « douze statues de Krumbholz à un certain monsieur qui se reconnaitra » (le président de la fédération ? le DTN ?), l’arrière droite en envoie une belle pour l’ancien sélectionneur, Alain Portès. Et elle continue :

« On voulait être traitées comme des adultes, pas surveillées comme des enfants. On voulait juste avoir un coach qui nous comprennent et qui nous prennent pas pour des enfants à vérifier qu’on est dans nos chambres à 23h. Ca prouve qu’ils ont pas confiance en nous. Ce staff a eu confiance en nous et on lui a rendu ».

Olivier Krumbholz et ses joueuses après la demi-finale
Olivier Krumbholz et ses joueuses après la demi-finale - Ben Curtis/AP/SIPA

Bref, tout ça pour dire que l’équipe de France a dû un sacré beau bordel ces dernières années, et qu’on comprend encore plus la puissance de cette médaille. Qui, rappelons-le au passage, est la première du hand féminin tricolore. « On a puisé dans la force de notre groupe et on vit dans une très belle harmonie, avance Laurisa Landre. C’est grâce à ça qu’on réussi à se battre tous ensemble. » Camille Ayglon relance :

« On est allé chercher au fond de nous, dans le groupe, quelque chose qu’on ne soupçonnait peut-être pas. Il y a eu un déclic entre nous dans l’abnégation du groupe, dans l’alchimie. Ca décuple l’aventure et toutes les émotions. »

Notre cynisme légendaire nous pousserait bien volontiers à préciser que toutes les équipes de sports co ont tendance à tenir un discours similaire. Sauf qu’il suffit de regarder le parcours des Bleues pendant ces JO pour comprendre que c’est plus que ça. On les annonçait éliminées dès les poules, elles n’y perdent qu’un match face aux futures championnes olympiques. Données pour mortes à quelques minutes de la fin face à l’Espagne en quarts de finale, elles remontent quatre buts pour arracher la prolongation puis une place dans le dernier carré. A la rue physiquement en demie, elles résistent au retour des Pays-Bas pour s’imposer d’un tout petit but. A un moment, c’est plus que de la chance.

A Krumbholz la conclusion: « Ce sont des filles bien. Elles l'ont démontré dans le résultat et dans l'attitude. Il n'y a pas eu un incident, elles se sont battues jusqu'au bout comme des lionnes. Elles sortent avec une belle image, renforcée. Aujourd’hui, l’équipe de France est championne olympique du mental ». Ca compte comme une médaille ça ?