Coupe du monde de rugby: Vous ne comprenez rien aux règles? Un arbitre vous file ses tuyaux

RUGBY Oui, c'est un sport compliqué...

Romain Baheux

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Chris Robshaw et Thierry Dusautoir le 21 mars 2015.
Chris Robshaw et Thierry Dusautoir le 21 mars 2015. — GLYN KIRK / AFP

De notre envoyé spécial à Croydon (Angleterre),

« Euuuuuuuuuuuh, il a sifflé quoi là ? » Comme d’habitude, l’incompréhension du rugby et de ses règles risque de s’inviter à vos soirées entre amis devant un match du Mondial. Pour dissiper ce malaise et vous permettre de vous la raconter devant vos potes, on va vous aider à saisir certaines subtilités du réglement. Dans notre mission, on s’est adjoint les services de Pascal Gaüzere, l’un des quatre arbitres français retenus pour la Coupe du monde. Le complément idéal du duo bière-cacahuètes.

La mêlée

L’œil du profane

Deux tas de joueurs se poussent pour tenter de prendre une balle au milieu. L’arbitre siffle parfois pour l’un, parfois pour l’autre. On ne comprend pas trop pourquoi mais à la télé, on nous dit que c’est logique parce « qu’ils sont pris en mêlée ». Pourtant, tout le monde bouffe le gazon.

La réponse est : pour les Anglais évidemment

Le conseil de Pascal Gaüzere : On fait attention avant

« Le comportement en amont des joueurs va nous aider. Il y a trois commandements : "flexion" où les première ligne doivent avoir les épaules alignées, "lier" où la tête n’est pas censée se pré-engager contre l’épaule adverse, et "jeu" où l’on observe la stabilité de l’ensemble. Il faut voir si l’introduction de la balle est droite, si le pilier droit (pris entre le talonneur et le pilier gauche adverse) ne forme pas un angle avec son talonneur et si le gauche a les épaules au-dessus du bassin. »

La conclusion

Au lieu de sortir une vanne éculée sur le surpoids d’un joueur, regardez plutôt comment les lascars se positionnent. Surveillez ce petit bras qui va venir toucher le sol, comme un aveu de faiblesse. Guettez aussi ceux dont le corps part vers le haut ou le bas, c’est répréhensible par l’arbitre. S’il y a faute, lâchez un blasé mais efficace « ben oui, il ne se lie pas depuis le début du match ».

L’en-avant

L’œil du profane

Mais elle est partie devant le joueur cette balle non ? Enfin on a du mal à voir, entre les deux types qui cavalent et l’écrasement de l’image par la caméra. On a surtout l’impression que pour la même passe tout à l’heure, l’arbitre a directement sifflé faute.

Les conseils de Pascal Gaüzere : Ça se joue au début

« On regarde la direction du ballon quand il quitte les mains du joueur. Si ce dernier court très vite, le ballon peut d’abord partir derrière puis prendre une trajectoire vers l’avant avec la vitesse impulsée mais ce ne sera pas un en-avant. »

Conclusion

Concentrez-vous sur le passeur au lieu d’écouter votre pote qui vous demande de tracer mentalement une droite entre le banc de touche et le panneau publicitaire. Si jamais l’en-avant est flagrant mais qu’aucun coup de sifflet ne le sanctionne, sortez le concept de la « passe à hauteur ». Exemple avec ce service de filou de Michalak pour Jauzion lors du quart de finale de 2007 contre les All Blacks.

La vidéo

L’oeil du profane

Donc là, l’autre y est allé de sa fourchette en mêlée, untel a mis une droite et l’arbitre ne demande pas la vidéo ? Et puis cet essai, c’est une blague car je crois qu’il y avait faute une minute avant et on n’a même pas remonté la bande du magnéto jusque-là. Franchement, il y a complot. Ressers-moi du Merlot.

AFP PHOTO/PATRICK HAMILTON

Les conseils de Pascal Gaüzere : Regardez avant de parler

« Le principe est le suivant : sur le jeu déloyal (tirage de maillot, obstruction) ou une bagarre au milieu du terrain, on peut remonter jusqu’au dernier arrêt de jeu mais on doit utiliser la vidéo avant que le jeu ne reprenne. Pour valider un essai, on peut remonter deux phases de jeu avant que la balle ne soit aplatie et aussi contrôler ce qui se passe dans l’en-but. »

Conclusion

Si on regarde s’il y a essai, arrêtez de bassiner votre entourage avec cette touche de travers une demi-heure avant. Pour le reste, un « naturellement, l’arbitre gallois ne regarde même pas ce coup de genou de l’Irlandais dans le troisième regroupement » en cas de non-appel à la vidéo après une échauffourée vous fera gagner 38 points sur l’échelle Pierre Albaladejo.

NB : Parfois, les téléspectateurs ne sont pas d’accord avec l’arbitre vidéo. Exemple avec ce rouge infligé à Sergio Parisse pour placage en l’air lors du derby Racing Métro-Stade Français cette saison. Si on regarde bien, on voit que Bernard Le Roux le tire par le maillot sans être sanctionné ensuite.

La tentative de prise de balle au sol (aka le grattage)

L’œil du profane

Un type en plaque un autre. Un deuxième, parfois accompagné, vient se foutre sur l’infortuné au sol pour lui arracher la balle. Parfois, il y arrive comme dans cette vidéo.

Souvent, il se fait dégager par un adversaire, comme là où on vous donne des astuces pour le bouger.

Cas plus épineux : le mec s’échine à prendre la balle (qu’on n’a pas le droit de garder au sol pour rappel), l’arbitre siffle faute pour notre gratteur alors qu’il n’est pas intervenu quand il s’est fait dégager tout à l’heure après une petite seconde d’effort.

Les conseils de Pascal Gaüzere : Sentir le rapport de force

« On analyse le rapport de force. Si on voit que le déblayage est inefficace, que deux joueurs ne bougent pas le gratteur, on le récompense. Il n’y a pas un temps précis à compter pour siffler faute mais le haut niveau rend le jeu fluide. On voit si c’est immédiat ou non, et si le jeu est ralenti au sol. »

Conclusion

On vous conseille de regarder si l’équipe avance ou recule. En général, les arbitres sanctionnent davantage les mecs qui subissent les plaquages. Identifiez aussi les bons gratteurs, ceux dont le corps se plie au dessus de l’adversaire pour chercher la balle et ne bouge pas au moindre coup d’épaule. Le capitaine des All Blacks Richie McCaw en est un joli spécimen.

Bonus : Les plongeons

L’œil du profane

Un jouer tente de gratter la balle à un autre sol, un attroupement se forme et des types se jettent dans ce que les spécialistes appellent un ruck. Tout le monde s’écharpe, des gens arrivent de partout et de temps en temps, il y a faute. Pourquoi pas après tout.

Quelqu’un sait où est la balle ? FRANCK FIFE/AFP

Les conseils de Pascal Gaüzere : Regarder les épaules des joueurs

« On demande à ce que les joueurs restent sur leurs appuis, donc s’ils arrivent très bas et très vite, c’est qu’ils vont plonger. Ceux qui vont au sol ont les épaules plus basses que le bassin et ça se voit. Si une équipe subit le plaquage, on sait aussi que ça risque de partir sur les côtés pour réinverser la pression. »

Conclusion

Dans le plus grand foutoir de ce sport, gardez deux choses en tête. On ne saute jamais dans le tas et on doit entrer par-derrière, et pas sur l’un des côtés. Les bourrins-plongeurs se voient souvent venir à des kilomètres donc gardez un œil sur alentours du ruck (le regroupement). La faute sifflée doit s’agrémenter d’un joli « depuis le débuuuuuut, ça saute comme à la piscine », cri de ralliement des passionnés.

Ça, c’est un joli plongeon