« Ça va accélérer le tropisme vers le littoral » : Face aux canicules, le tourisme en pleine recomposition ? Oui et non
Avec les canicules à répétition, les touristes vont-ils bouder le sud de la France et de l’Europe ? Un scénario peu probable, même si les acteurs du tourisme ont tout intérêt à s’adapterChristelle Pellissier
L'essentiel
- Contrairement à ce que l’on pourrait s’imaginer, les canicules à répétition n’ont pas eu un effet dissuasif sur les départs en vacances vers le sud.
- Didier Arino, directeur général du cabinet Protourisme, fait état d’une saison contrastée, portée par les clientèles étrangères.
- Certaines destinations pourraient bénéficier à l’avenir des vagues de canicule, mais sans défigurer la carte du tourisme estival.
«On veut de la fraîcheur. » Une phrase maintes fois entendue cet été face aux épisodes de canicule qui ont frappé la France, et une partie de l’Europe, au point d’anticiper une ruée vers le nord dès l’été prochain. Un scénario probable ? « Ça fait au moins vingt ans qu’on annonce ça, et finalement, l’Espagne bat des records de fréquentation année après année », indique Didier Arino, directeur général du cabinet de conseil Protourisme.
Si certaines destinations ont été impactées par ces vagues de chaleur, notamment « les destinations sèches, sans littoral ni lac », la canicule n’a pas eu un effet dissuasif sur les départs en vacances. « Elle les a même accélérés dans certains cas, notamment pour ceux qui n’en pouvaient plus d’être dans leur appartement dans les villes », estime l’expert.
« La clientèle étrangère » au rendez-vous
Didier Arino évoque une saison estivale 2026 « contrastée » en France. D’après le directeur du cabinet Protourisme, les Français ont été un peu moins nombreux à partir cet été, et ont raccourci leur séjour, avec « mécaniquement moins de nuitées touristiques ». Mais « cette baisse a été en partie compensée par un afflux de la clientèle étrangère », venue d’Asie ou d’Amérique du Nord, mais aussi d’Europe. Ainsi que par « les 800.000 Français qui envisageaient de partir à l’étranger et y ont finalement renoncé ».
Quant à la canicule, on l’a vu, elle n’a pas vraiment eu d’effet dissuasif, au contraire. Les zones de littoral proches, ainsi que la campagne et la montagne, ont bénéficié de ces départs de dernière minute liés à une chaleur écrasante. Mais pour l’expert, le sud n’en a pas pour autant souffert, avec des villes comme Marseille, Nice, Cannes ou La Grande-Motte qui ont même bien performé. Dans l’ensemble, il devrait y avoir « une petite baisse des nuitées sur juillet-août, avec davantage de nuitées étrangères et moins de nuitées françaises. »
« Ça va accélérer le tropisme vers le littoral »
Face aux canicules à répétition observées cet été, les touristes peuvent-ils changer leurs plans ? Voire aller chercher de la fraîcheur dans le nord de l’Europe ? Certaines destinations, comme la montagne, la Baie de Somme, la Normandie, ou la Côte d’Opale, pourraient effectivement devenir plus attractives, du fait de leur proximité avec des bassins émetteurs, de leur fraîcheur, et/ou de tarifs plus intéressants, estime Didier Arino. « Mais ils ne délaisseront pas le sud de l’Europe, il n’y aura pas d’écroulement. L’Espagne, la Grèce ou le Maroc ne cessent de progresser alors que ces pays connaissent des étés caniculaires à répétition. »
En revanche, que ce soit dans l’habitat, comme dans le tourisme, « ça va accélérer le tropisme vers le littoral. » Entre les 42 degrés en ville, versus 32 degrés dans la station balnéaire la plus proche, les touristes devraient trancher en faveur de l’option la plus fraîche. Tout comme pour… la climatisation, qui sera considérée dès l’été prochain comme un critère important pour le choix du logement. D’une façon plus générale, les acteurs du tourisme vont devoir s’adapter à ces épisodes caniculaires, que ce soit les loueurs, les commerçants, ou encore les restaurants, parmi les plus impactés cet été.
Mais plus encore, le spécialiste y voit « une opportunité d’étalement de la saison touristique », avec des touristes préférant partir en juin ou en septembre pour fuir les épisodes caniculaires. Entre des destinations (un peu) plus prisées et des séjours réservés hors vacances estivales, cet étalement des flux dans le temps et l’espace pourrait déjà légèrement modifier la carte du tourisme estival - mais pas la défigurer.



















