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Dakar 2015: Sébastien Flute, le protecteur des galériens qui passent la nuit sur les pistes
PORTRAIT•Sébastien Flute, champion olympique de tir à l’arc en 1992, s’occupe depuis du Poste central nuit, depuis lequel il veille sur les concurrents qui tardent à rentrer au bivouac…Nicolas Camus
De notre envoyé spécial à Rosario (Argentine)
Il ne fait pas le même Dakar que les autres. Dans l’après-midi, alors que le gros des concurrents rentre au bivouac et que les organisateurs préparent l’étape du lendemain, lui dort encore. Sébastien Flute, champion olympique de tir à l’arc en 1992, a un rôle très particulier sur le rallye. Il est en charge, avec son collègue Alberto, du PC (poste central) nuit. De 18h30 à 7h le lendemain, il surveille les concurrents qui occupent les dernières places du classement, et qui bien souvent passent une partie de la nuit sur les routes.
«On retrouve souvent les mêmes d’une nuit sur l’autre, c’est inhérent à la course. Quand vous prenez du retard un jour, vous ne le rattrapez pas, en tout cas pour les amateurs, indique-t-il. Ils accumulent du retard sur la piste, sur leur sommeil, donc ils roulent moins vite. C’est un cercle vicieux.» Alors il veille sur eux, prêt à intervenir si une balise se déclenche ou un signal n’émet plus. «Dès qu’il y a un incident, ça génère des alertes et nous ensuite on met les moyens nécessaires pour les gérer. On peut envoyer des médecins en voiture ou en hélicoptère, des forces de l’ordre.»
«On a récupéré des mecs à 8 heures le lendemain matin»
Parfois, les nuits sont calmes. Tout le monde rentre assez tôt à bon port, RAS. Mais ce n’est pas souvent le cas. «Lors de la 2e étape [518 km, la plus longue de cette édition], on était encore en train de récupérer des mecs à 8 heures le lendemain matin», raconte-t-il. Deux motards, dont l’un avait cassé sa moto, avaient préféré passer la nuit dehors et repartir au petit jour. Le passage de la Cordillères des Andes, mercredi, à près de 5.000 mètres d’altitude, a aussi été agité. «Les derniers sont passés vers 3 heures du matin. Il a fallu bien surveiller parce qu’ils annonçaient de la neige en haut et de la pluie dans la descente.»
Lorsque, comme là, les choses se gâtent, Sébastien Flute fait passer des consignes aux pilotes (via le PC installé à Paris) et aux voitures de l’organisation qui sillonnent la route. «On dit aux concurrents de se regrouper à l’arrivée d’une spéciale pour faire la liaison ensemble, ou aux voitures d’attendre si l’un d’entre eux n’est pas loin derrière pour le garder à l’œil, détaille-t-il. Le principe de base, c’est de ne jamais laisser un motard tout seul sur la piste passée une certaine heure.» Et ainsi d’offrir une sorte de bouée de sauvetage aux forçats du rallye. «Ils ne vont pas toujours dire quand ils ont besoin d’aide, mais dès que c’est organisé, on sent qu’ils sont soulagés.»
Le poste est donc stratégique. Ce n’est que la première année que Sébastien Flute qui, une fois sa carrière d’archer terminée s’est lancé dans l’aventure Dakar en 2007, s'en occupe. Auparavant, il suivait les étapes depuis les voitures ou était chargé des relevés de temps. Il découvre une autre pression. «Avant, si je faisais une erreur, ça n’influait que sur le sportif. Là, ce ne sont pas des temps en jeu, ça peut être, à l’extrême limite, des vies», souligne-t-il. Alors que l’arrivée sera jugée ce samedi à Buenos Aires, tout s’est pour l’instant bien déroulé. Cible atteinte, serait-on tenté de dire.



















