Dakar 2015: Comment fait-on pour passer des dunes de sable avec des engins de 10 tonnes?

CAMIONS De l'extérieur, monter et descendre des dunes de sable en camion relève de l'exploit permament...

Nicolas Camus

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Une équipage russe de Kamaz passe une dune lors d'une étape entre Iquique et Antofagasta, lors du Dakar 2014.
Une équipage russe de Kamaz passe une dune lors d'une étape entre Iquique et Antofagasta, lors du Dakar 2014. — FRANCK FIFE / AFP

De notre envoyé spécial à Antofagasta (Chili),

Ils partent alors que tout le monde a déjà plié bagages, ils reviennent alors qu’une bonne partie du bivouac est déjà couchée. Sur le Dakar, les camions sont une caste à part, leurs conducteurs souvent loin des micros. Et pourtant, à s’y intéresser de plus près, ils ont énormément de choses à raconter. La plus intéressante, peut-être, est leur technique de pilotage.

De l’extérieur, la capacité des camions à passer des dunes de sable presque aussi aisément -si tant est que l’on puisse utiliser ce mot- que les voitures ou les motos impressionnent. La partie sablonneuse du désert d’Atacama (Chili) se présente ce vendredi, entre Antofagasta et Iquique, et avec elle une question: mais comment peut-on conduire ces engins de 9,5 tonnes sur un pareil terrain défavorable? «C’est sûr, c’est plus compliqué qu’en voiture. En camion, on n’a pas le droit à l’erreur. Si on s’enlise, ce sont des tonnes de sable à enlever. Et si on se couche, alors là…» raconte Joseph Adua, 11 Dakar en camion au compteur, avec un regard qui laisse facilement imaginer l’ampleur du désastre.

Un léger grain de folie

Pour esquisser un début de réponse, il faut d’abord se pencher sur la technologie. Alors qu’il y a encore dix ou quinze ans, les camions étaient encore comparables à des semi-remorques, ils ressemblent aujourd’hui davantage à de très (très) grosses voitures. Leurs capacités sur les pistes a suivi cette amélioration. «Ça roule maintenant très bien dans les dunes, c’est presque aussi maniable qu’une auto», explique Jurgen Damen, le navigateur du grand Gérard de Rooy. Ajoutez à cela un système particulier qui permet de dégonfler les pneus quand les difficultés arrivent afin d’avoir plus d’adhérence sur le sol et une puissance moteur phénoménale, et vous obtenez une bonne partie de la recette. «Ça permet de passer en force, d'écraser le sable et parfois même d'être un peu plus à l'aise que les autres véhicules», poursuit Damen.

>> Retrouvez ici le blog de Bruno Da Costa, motard sur le Dakar

Evidemment, ces aspects techniques ne suffisent pas. Il faut également au conducteur un sens aigu de l’anticipation. Certains appelleraient plutôt ça un léger grain de folie. «Le camion étant plus haut, le centre de gravité aussi. Donc il a plus tendance à se coucher, détaille Joseph Adua. En haut de la dune, il faut avoir le réflexe et surtout le courage de rejeter le camion dans la descente pour éviter ça. Facile à dire, mais quand vous êtes dedans, je peux vous dire que ce n’est pas une décision évidente à prendre.» On imagine assez bien, oui.