Mondial 2014: Une manifestation dégénère à Sao Paulo, 230 interpellations

FOOTBALL Le contexte est toujours très tendu au Brésil avant la Coupe du monde...

Avec AFP
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Des manifestants arrêtés par la police brésilienne le 25 janvier 2014 à Sao Paulo.
Des manifestants arrêtés par la police brésilienne le 25 janvier 2014 à Sao Paulo. — Miguel Schincariol / AFP

Une nouvelle manifestation contre le Mondial a dégénéré en violences,  saccages et 230 interpellations samedi soir à Sao Paulo, la mégapole  brésilienne où se jouera le match d'ouverture de la Coupe du Monde le 12  juin. La police a dispersé avec des gaz lacrymogènes et des  bombes assourdissantes un millier de manifestants qui protestaient  contre les milliards dépensés pour le Mondial et la misère des services  publics de base.

Des affrontements se sont poursuivis dans la soirée entre la police et des groupes de manifestants dans le centre de Sao Paulo. Le police militaire de Sao Paulo a annoncé en fin de soirée sur son compte Twitter que 230 personnes avaient été interpellées. Au moins cinq policiers ont été blessés, ainsi que deux des manifestants arrêtés, a-t-elle en outre indiqué.

Plusieurs journalistes ont également été interpellés,  bien qu'ils se soient identifiés comme tels, a dénoncé la presse  brésilienne. Des groupes de manifestants ont saccagé dans la soirée  des vitrines d'agences bancaires, mis le feu à des poubelles et érigé  des barricades dans le centre de Sao Paulo. «Police terroriste!» ont crié les manifestants quand les  forces de l'ordre dont intervenues sans ménagement pour les disperser  avec des tirs de bombes lacrymogènes et des bombes assourdissantes. «Il n'y avait même pas une vitre cassée, mais la police a  commencé à attaquer tout le monde», a affirmé sur place un  porte-parole de la manifestation.

Au moins 1.000 personnes avaient auparavant défilé sans  incident dans le centre de Sao Paulo aux cris de «La Coupe n'aura pas  lieu!, Mondial pour les riches, mortadelle pour les pauvres!». De nombreux militants anarchistes radicaux des Black  Blocs, vêtus de noir, le visage recouvert, se trouvaient à la tête du  cortège, surveillé par de très près par un impressionnant dispositif  policier. La convocation de cette manifestation avait été lancée sur le site internet «Contre la Coupe du monde 2014!».

«On ne se  préoccupe ni de la santé ni de l'éducation»

Les organisateurs dénoncent le «chaos" auquel sont selon  eux confrontés les Brésiliens par manque d'investissements dans la  santé, l'éducation ou les transports. Des revendications identiques à  celles de la fronde sociale historique qui avait secoué le pays en juin  2013, pendant la Coupe des confédérations de football. «Je suis venue pour protester contre le Mondial. Des  millions ont été dépensés pour des stades et en revanche, on ne se  préoccupe ni de la santé ni de l'éducation», dénonçait ainsi une  manifestante, Fernanda Moreira, 19 ans.

Le Brésil aura investi au total environ 11 milliards de  dollars dans l'organisation du Mondial-2014, notamment dans la  construction des stades. Le 25 janvier, une première journée anti-Mondial avait  été convoquée dans tout le pays. Mais elle n'avait mobilisé qu'à Sao  Paulo, où la manifestation s'était terminée par des actes de vandalisme  et des heurts violents entre police et manifestants.

Le 6 février, une manifestation à Rio de Janeiro contre  la hausse du prix des transports en communs a également dramatiquement  dégénéré en violences. Un caméraman de télévision y a été mortellement  atteint par une fusée d'artifice lancée par des manifestants radicaux. Le décès de ce journaliste a créé une commotion dans le  pays et relancé le débat sur un durcissement de la législation contre  les auteurs d'actes violents lors des manifestations, ainsi que sur  l'adoption d'une loi antiterroriste avant le Mondial.

Ces débats suscitent une controverse politique, certains  élus craignant que la future loi anti-terroriste ne puisse englober les  débordements commis lors des manifestations au risque de criminaliser de  légitimes mouvements sociaux. La présidente de gauche Dilma Rousseff a souligné la  semaine dernière que toute modification de la loi devrait respecter  strictement la lettre de la Constitution, «qui garantit la liberté de  manifestation, de penser, enfin toutes les libertés, mais qui interdit  l'anonymat». Cette dernière mention pourrait permettre de légiférer  sur l'interdiction de participer à une manifestation le visage masqué,  comme le font les militants des Blacks blocs.