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Coupe du monde: La France est-elle devenue un pays de football en une soirée?

Coupe du monde: La France est-elle devenue un pays de football en une soirée?

FOOTBALL – Chose rare, le public du stade de France a poussé derrière les Bleus lors du barrage contre l’Ukraine (3-0)…
R.S.

R.S.

Pour une fois au stade de France, la Marseillaise ne s’est pas résumée à quelques couplets entonnés par une chanteuse frigorifiée. Derrière les Bleus, 80.000 personnes ont donné de la voix dès le coup d’envoi, rompant avec la tradition des soirées gelées, où les sifflets couvrent les (rares) chants. Mardi soir, la liesse s’est prolongée bien après la rencontre, entre joueurs et supporters. Une scène de communion nationale que le public français n’avait pas vécue «depuis 1998», indique Yannick Vanhée, président de la fédération des associations nationales de supporters. Cet amoureux des Bleus n’avait pas arrosé une victoire au champagne sur le chemin du retour depuis 1996 et la qualification pour l’Euro. «Parce qu’en 1998 on était sur place, on n’avait pas les trajets en bus pour rentrer à Dunkerque

Du côté des joueurs, tous ont remercié le public pour cette vague de soutien populaire. Même le président Le Graët y est allé de son couplet laudatif, lui qui «n’avait jamais vu un public comme cela. Génial». A huit mois de la Coupe du monde, il s’est donc passé quelque chose à Saint-Denis. Mais il faudra attendre un peu pour savoir si ce match n’était qu’un coup d’un soir ou le début d’une réelle histoire d’amour.

Un simple bonheur de «Footix»?

Pour Vanhée, «les vrais supporters étaient là. Sinon, je ne vois pas comment on a pu passer d’un cimetière à un stade en folie». Mais il en faut plus au sociologue Patrick Mignon pour transformer la France en un vrai pays de football: «Il faut savoir que le rapport de la France au football est structuré entre ceux qui s’intéressent aux clubs, aux Bleus. Et ceux qui ne s’intéressent au football qu’à l’occasion d’événements comme celui-là. Et ceux-là, il leur en faut plus.» C’est dans cette deuxième catégorie que se logent les «Footix», ces opportunistes des tribunes, nés lors de la Coupe du monde 1998. Pas vraiment le genre d’acharnés qui posaient leur RTT il y a un an pour un déplacement en Finlande.

Régis Lestrelin, sociologue à l’université de Caen, nie également l’idée d’une réconciliation durable dans la mesure où «l’apprentissage du football passe aussi par la défaite.» Au prochain accrochage contre le Japon ou le Nigéria, les Bleus pourront vérifier la versatilité de l’opinion et tester ce semblant d’unité nationale. Mardi soir, une séance a même été suspendue pendant cinq minutes à l’Assemblée nationale pour fêter la victoire. «Cela prouve deux choses, poursuit Lestrelin. Que le football est un moment d’effervescence fort, d’expérimentation de l’appartenance collective. Et que depuis 1998, l’équipe de France est une cause nationale» récupérée à la moindre occasion par les politiques. De ce point de vue là, les Bleus ont bien fait de gagner leur place au Brésil.