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Equipe de France: Pour René Girard, «il va falloir aller sur le terrain et avoir de grosses "cojones"»

Equipe de France: Pour René Girard, «il va falloir aller sur le terrain et avoir de grosses "cojones"»

FOOTBALL – L’entraîneur du Losc estime que les critiques peuvent motiver les Bleus en Ukraine…
Propos recueillis à Lille par François Launay

Propos recueillis à Lille par François Launay

C’est un sujet qu’il connaît bien. Membre de la DTN pendant dix ans (1998-2008), adjoint de Roger Lemerre chez les Bleus (2000-2002), puis entraîneur des moins de 19 ans (2002-2003), moins de 16 ans (2003-2004) et des Espoirs (2004-2008), René Girard a vécu plusieurs matchs couperets avec les différentes équipes de France. A quelques heures du barrage aller vendredi soir en Ukraine, l’entraîneur du Losc donne son sentiment sur les Bleus et explique comment gérer un tel événement.

L’avenir du foot français se joue t-il sur ces deux matchs?

Vous savez, le foot français est un perpétuel recommencement dans les bons comme les mauvais moments. Qu’on se qualifie ou pas, ça repartira. Même si une élimination serait un coup d’arrêt car une Coupe du monde au Brésil sans nous, ça ferait un peu tâche. Le problème, c’est que ça ne va pas être simple. Il faudra surtout bien gérer le premier match, avant le retour où tout un peuple poussera derrière les Bleus. En tout cas, il faut que ça se passe comme ça. Ce n’est pas que quand ça va bien qu’il faut défiler sur des bus décapotables (sic). Il faut aussi savoir être là dans les moments difficiles. Et si on se qualifie, ça évitera pas mal de discussions.

Comment jugez-vous cette équipe depuis que Didier Deschamps est arrivé en juillet 2012?

Je les ai vu récemment en Belgique (0-0, le 15 août) où je les avais trouvé solides et bien en place. Plus généralement, je les ai trouvé plus relâchés sur les matchs amicaux, ce qui prouve que cette équipe a du potentiel. Il y a du mieux même s’il y a quelques lignes à sécuriser où il faut mettre des gens en confiance comme dans l’axe. Mais je trouve qu’on était moins sereins que ça il y a quelque temps. Et puis, on sent une mobilisation générale des joueurs à l’intérieur du groupe. C’est d’ailleurs un mal bien français de devoir être au pied du mur pour réagir. Après, au moment du tirage au sort du groupe, on savait qu’on avait une chance sur deux d’être barragiste. Voilà, on y est. Maintenant, il ne faut pas se poser de questions. On a largement les moyens de passer. Ça se jouera peut-être au mental, dans la rigueur et la détermination. Et c’est là que DD (Didier Deschamps) est intéressant car il a une grosse expérience et le sens de la gagne à ce niveau-là. On peut donc s’attendre à ce que les deux matchs soient bien gérés.

Comment gère t-on ces matchs couperets?

On voit que tout le monde reste bien concentré. DD a tout borduré pour qu’il n’y ait pas d’éparpillement. Clairefontaine a été fermé. C’est une façon d’éviter que chacun se disperse. Il faut garder des ondes positives pour ces deux matchs-là.

C’est une bonne chose de se bunkériser avant un tel événement?

Oui, c’est bien. Je sais que c’est un manque pour les journalistes mais c’est comme ça. Après, ce n’est pas pour ça qu’on ira au Brésil. Mais il y a des moments où il faut rester en famille.

Le peu d’enthousiasme et les nombreuses critiques autour des Bleus peuvent-ils les piquer au vif?

Vous savez, quand je lis les sondages en ce moment, je ne vois pas non plus beaucoup de passion dans les autres domaines (sourire). Entre les résultats, Knysna, le changement de deux sélectionneurs en deux ans, il y a eu un mélange de tout. On a beau dire que les choses ont été digérées, on revient toujours dessus, à l’image de l’affaire Evra. Il y a plein de petites choses qui s’enclenchent. On est peut-être aussi un peu maso. On a attendu l’Ukraine pour voir s’ils allaient mourir. Ils sont dans l’arène et on va voir qui du torero ou du taureau va morfler. La preuve, c’est que tous les billets pour le match retour ont été vendus. Le Stade de France va être archi comble et les records d’audience vont être battus. Mais c’est à travers tout ça qu’il faut aller chercher la force pour se qualifier. Les garçons doivent se dire «on va vous montrer ce qu’on est capable de faire». Il va falloir aller sur le terrain et avoir de grosses «cojones». Ça fait partie du métier. Mais je suis sûr qu’on ne parlera plus de tout ça si tout se passe bien contre l’Ukraine.