Manif pour tous: Action judiciaire contre la «répression policière»

JUSTICE Le mouvement Manif pour tous souhaite assigner l'Etat pour faute lourde du service public de la justice...

Alexandra Luthéreau

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Des manifestants venus défiler contre la loi sur le «mariage pour tous», à Paris, le 26 mai 2013.
Des manifestants venus défiler contre la loi sur le «mariage pour tous», à Paris, le 26 mai 2013. — V. WARTNER/ 20 Minutes

Ils ne lâchent rien. Les différentes manifestations des opposants au «mariage pour tous» ont donné lieu à 500 interpellations dont 276 rien que pour le dernier rassemblement du 26 mai. En tout, ce sont 208 personnes placées en garde à vue et 13 appelées à comparaître. Les organisateurs de la Manif pour tous dénoncent des arrestations et des gardes à vue injustifiées. Des actions judiciaires vont être menées par le mouvement parallèlement à d’autres portées à titre individuel.  

«Le travail consiste à répertorier, classer, trier les témoignages des manifestants», explique maître Henri de Beauregard, avocat du mouvement, contacté par 20 Minutes. Pour favoriser cette parole, un site dédié nommé libertepourtous.fr a été lancé début juin par la Manif pour tous. Au total, ce sont aujourd’hui une centaine de témoignages sur le site et environ le même nombre directement adressés au mouvement qui ont été collectés. D’autres sont encore attendus.

Contraindre l’Etat à se justifier

Un grand nombre de cas permettraient de mener une action civile pour «faute lourde du service public de la justice» plutôt qu’une action pénale pour atteinte à la liberté individuelle. «L’objectif serait de contraindre l’Etat à se justifier sur des arrestations et des gardes à vue en masse, procédées à l’aveugle», explique maître de Beauregard.

En effet, pour les avocats, les deux tiers des interpellations ne sont pas justifiées et les infractions fantaisistes. Par exemple des veilleurs, personnes qui manifestent pacifiquement en lisant des textes et en chantant, ont été interpellés et accusés de non dispersion après les deux sommations obligatoires, «infraction à la mode» selon l’avocat. La Manif pour tous entend dénoncer les arrestations, gardes à vue et contrôles d’identité jugés abusifs commis dans un «but politique de contrainte policière».

«Pas d’interpellation hasardeuse»

Argument que le syndicat Unsa réfute. «Les seules instructions reçues étaient qu’il n’y ait pas de débordements. C’est tout», rapporte Christophe Crépin, porte-parole de l’UNSA, syndicat policier à 20 Minutes. «Les seules interpellations ont visé des fauteurs de trouble. Les policiers sont des professionnels et ne procèdent pas à d’interpellation hasardeuse», continue Christophe Crépin. «Nous n’avons pas interpellé de pauvre père de famille avec sa poussette», ajoute-t-il.

Fabien Vanhemelrynck, le secrétaire national du syndical Alliance interrogé par 20 Minutes, confirme que toute intervention est cadrée. «Les fonctionnaires de police ont procédé à des arrestations qui ont été jugées nécessaires à un moment T. Si des personnes ont une vision différente et qu’ils portent plainte, une enquête sera menée et ce sera à la justice de trancher», précise-t-il.

Des violences policières sont également pointées du doigt par les organisateurs de la Manif pour tous. Maître Henri de Beauregard en dénombre une douzaine. «Les manifestants ont rapporté que ce sont surtout les policiers en civil qui se sont montrés malveillants», déclare Maître Beauregard. En attendant que tous les témoignages soient épluchés, ce qui peut prendre plusieurs semaines, et décider des suites à donner, la Manif pour tous invitent ses militants à porter le logo du mouvement le samedi 8 juin pour soutenir «tous ceux qui ont été arrêtés simplement parce qu'ils sont opposés au mariage gay».