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Homophobie dans le foot: «L’homosexualité est un prétexte comme un autre», selon les supporters

Homophobie dans le foot: «L’homosexualité est un prétexte comme un autre», selon les supporters

FOOTBALLD'après certains, ce n'est pas la pression des tribunes qui empêche un joueur de faire son coming out aujourd'hui...
Romain Scotto

Romain Scotto

Un jour peut-être, un gardien de Ligue1 aura le privilège de tirer un six mètres sans un trivial «Oh hisse enculé» en fond sonore. Un arbitre sera épargné de toute invitation sodomite et l’adversaire ne sera plus stigmatisé pour d’éventuels penchants homosexuels. Ce jour- là, les efforts des clubs et de la LFP pour lutter contre les propos homophobes dans les stades auront payé. Une prise de conscience aura aussi eu lieu en tribunes, où on assure aujourd’hui que l’homosexualité demeure un «non sujet».

Si aucun joueur de L1 n’est publiquement «outé», cela n’aurait rien à voir avec la pression du public analyse Lionel Tonini, responsable des Yankee à Marseille. «Tout le monde s’en fout. Il n’y a pas besoin de monter sur le toit de la voiture en criant: "Oh les gars, je suis pédé!" On s’en fout qu’ils niquent des blondes, des noires, des mecs.» Quand Olivier Rouyer (désormais consultant à Canal+) a fait son coming out, «on le croisait en tribunes et personne ne l’a invectivé. En fait, on s’en fout», poursuit Stéphane (le prénom a été changé), habitué du Parc des Princes depuis 1986.

«L’homosexualité est un prétexte comme un autre»

Gilles Zamolo, leader de la Brigade Sud de Nice confirme le sentiment d’indifférence qui touche le public: «C’est hors propos. On n’a jamais fait de différenciation sur l’orientation sexuelle des joueurs. Et j’en connais qui sont homosexuels. Je pourrais donner une dizaine de noms, passés par le club. Il n’y a jamais eu la moindre remarque. Tant que le joueur donne le maximum, c’est tout ce qui compte.»

Les performances sur le terrain primeraient donc sur tout. «Si un joueur assume totalement son homosexualité et qu’il plante 30 buts par an, personne ne dira rien», poursuit le supporter du PSG. Pour lui, la question ne concerne pas les homosexuels mais «tous ceux qui sortent un peu du rang». Un Gignac grassouillet est aussi stigmatisé. De la même façon, un joueur gay serait peut-être pointé du doigt, indique Gilles Zamolo. Mais sans pensée nauséeuse. «Il faut passer un degré, ne pas voir l’aspect primaire. L’homosexualité est un prétexte comme un autre.» Les seules insultes homophobes entendues jusque-là seraient l’expression d’un machisme mal maîtrisé. «On veut faire genre: je suis un bonhomme, c’est tout», indique le fan du PSG.

Mais cela ne fait pas du sujet un tabou. Dans les virages, où les propos homophobes font souvent office de ponctuation dans une conversation, le coming out ne serait pas si lourd à assumer. «Il y a beaucoup d’effusion chez nous, assure Tonini. Quand il y a but, on se prend par l’épaule, on s’embrasse. Et évidemment, il y a des homosexuels parmi nous.» Sur 2.000 membres, Gilles Zamolo compte environ 80 homosexuels dans son groupe. «Des gens intégrés en tant qu’acteurs associatifs, qui soutiennent l’OGC Nice comme tout le monde.» Même au moment d’entonner un petit «Oh hisse enculé»?