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Que change la décision de Trump de privilégier la Lune à Mars ?

Donald Trump redonne la priorité à la Lune plutôt qu’à Mars, on vous explique ce retour sur terre

space operaAprès des mois d’incertitude et d’obsession pour l’exploration martienne, Donald Trump a signé un décret réaffirmant sa volonté de poser des Américains sur la Lune d’ici à 2028 et d’y installer un « avant-poste »
Manon Minaca

Manon Minaca

L'essentiel

  • Donald Trump a signé jeudi un décret affirmant son intention de renvoyer des Américains sur la Lune d’ici à 2028 et d’y installer une base lunaire d’ici à 2030.
  • Si cette décision apparaît comme un revirement du président américain, qui avait clairement affiché son intention d’envoyer des hommes sur Mars le plus rapidement possible, elle s’explique par la volonté des Etats-Unis de devancer la Chine sur la Lune et d’affirmer sa domination dans le secteur spatial.
  • Côté Agence spatiale européenne, ce décret semble sécuriser les engagements pris avec la Nasa pour le programme lunaire, après des moins de craintes d’une réduction voire d’une suppression des missions vers la Lune après Artemis 3.

Viser la Lune, il y croit encore. Après des mois de flou sur les objectifs des Etats-Unis en termes de missions spatiales habitées, Donald Trump a signé jeudi un décret affirmant son intention de renvoyer des Américains sur la Lune d’ici à 2028 et d’y installer une base lunaire d’ici à 2030. De quoi reléguer l’exploration de Mars au second plan.

Depuis son retour à la Maison-Blanche, le président américain avait en effet annoncé vouloir « planter » le drapeau américain sur la planète rouge d’ici à la fin de son mandat, sans évoquer le programme Artemis. Une ambition qui avait fait craindre que la Nasa fasse l’impasse sur la Lune ou réduise Artemis aux missions déjà financées. Si le doute semble désormais levé avec ce nouveau décret de Donald Trump, de nombreuses questions se posent.

La priorité donnée à la Lune est-elle si étonnante ?

En la comparant au discours du président américain depuis presque un an et à sa volonté de réduire le budget de la Nasa, cette annonce du retour des Américains sur la Lune d’ici à 2028 a tout l’air d’un revirement. En réalité, elle s’inscrit dans la continuité de la politique spatiale américaine, Trump inclus. « Ce n’est pas nouveau que les Etats-Unis, plus exactement une certaine frange politique américaine, voient comme une priorité absolue que le pays retourne sur la Lune avant que la Chine n’y arrive », énonce Olivier Sanguy, responsable des actualités à la Cité de l’espace de Toulouse.

C’est le principe de la « space dominance » - « on ne peut pas être la première puissance mondiale si on n’est pas les premiers dans l’Espace » - qui guide la politique spatiale américaine depuis la première course à la Lune, sous Kennedy. Cette idée est à l’origine du lancement des missions Artemis par Donald Trump lors de son premier mandat, alors que la Chine « chatouillait les Etats-Unis » en annonçant son intention d’envoyer des hommes sur la Lune d’ici à 2030.

Donald Trump dit-il vraiment adieu à Mars ?

La priorité (re) donnée au programme lunaire apparaît donc comme un retour à la réalité des Etats-Unis, qui « se sont peut-être rendu compte qu’il n’y aurait pas d’Américains sur Mars avant la fin du mandat de Trump ». D’autant que « la pression de la Chine augmente » : « On a vu cet été, par exemple, une démonstration assez impressionnante de leur module lunaire, qui semble prêt », développe Olivier Sanguy. Pékin a en parallèle commencé à tester le premier étage du lanceur qui enverra des astronautes vers la Lune, renforçant un peu plus le sentiment d’urgence des Etats-Unis.

Mais cela ne veut pas dire que Donald Trump tourne le dos à son objectif martien : dans son décret, il rappelle que ce retour sur la Lune aura pour but, entre autres, de « préparer le voyage vers Mars », objectif renforcé par la confirmation de la volonté d’installer un « avant-poste » sur notre satellite. Ce discours, là encore, n’est pas nouveau. Les dernières annonces du président américain sont ainsi « une façon de retomber sur ses pieds et de revenir à un peu plus de réalisme sans se contredire », déduit le spécialiste de la Cité de l’espace.

L’objectif Lune en 2028 est-il réaliste ?

Si ce revirement de la politique spatiale américaine n’en est pas un, la date de 2028 peut, elle, surprendre. « Avant, la date était induite mais pas fixée : il fallait retourner sur la Lune avant que les Chinois n’y arrivent », explique Olivier Sanguy. Il est désormais question de 2028, et ce n’est pas un hasard : « Les experts pensent que Pékin va faire sa première mission habitée lunaire en 2029, année du 80e anniversaire de la République populaire de Chine, une date extrêmement symbolique », contextualise-t-il. Les Américains ont donc fixé l’objectif à 2028 pour être sûrs d’y être avant les Chinois.

Mais pourront-ils vraiment y être à cette échéance ? A l’heure actuelle, Artemis 3 est prévue au plus tôt mi-2027, mais les retards pris par SpaceX et son Starship, dont un dérivé doit servir d’atterrisseur lunaire, font planer le doute sur le calendrier.

Rien n’est cependant impossible : on dit souvent qu’il ne faut jamais parier contre SpaceX, sans oublier que Blue Origin, le deuxième acteur sélectionné par la Nasa pour développer un alunisseur indispensable au retour d’astronautes sur le sol lunaire, avance vite. « Lors de son audition au Congrès, Jared Isaacman, le nouveau patron de la Nasa, a clairement dit qu’il ne favorisait aucune compagnie et que ce serait l’entreprise capable de délivrer le produit permettant d’amener les Américains sur la Lune avant les Chinois qui aurait le contrat », rappelle Olivier Sanguy.

Que signifie cette décision pour l’ESA ?

En Europe, cette confirmation du programme lunaire est loin d’être une mauvaise nouvelle. Partenaire des missions Artemis, l’Agence spatiale européenne (ESA) fournit le module de service d’Orion, la capsule dans laquelle se trouveront les astronautes lors du lancement, du voyage vers la Lune puis vers la Terre au retour. La potentielle priorité donnée à Mars et les coupes budgétaires annoncées par Donald Trump au cours de l’année avaient fait craindre une suppression des missions lunaires après Artemis 3. Un problème pour l’ESA, qui se serait retrouvée avec des modules de service, dont la production est en cours, sur les bras, et dont la place dans les missions lunaires aurait été fortement réduite.

Le nouveau décret de Donald Trump semble donc « confirmer un programme lunaire a minima à moyen terme, alors qu’on avait l’impression qu’on était passés sur du court terme », explicite Olivier Sanguy. Avec un point particulièrement intéressant pour l’Europe : l’objectif d’installer un « avant-poste lunaire permanent », alors que le projet de Gateway, une station en orbite autour de la Lune, devait être annulé. Ces annonces du président américain semblent donc « un peu plus sécuriser les engagements de l’ESA avec la Nasa sur le volet lunaire ».

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Mais ne nous réjouissons pas trop vite : « L’administration Trump est capable de changer d’avis assez rapidement », temporise l’expert du spatial. D’autant que de nombreuses inconnues demeurent, notamment autour de ce fameux « avant-poste » lunaire qui n’a pas été clairement défini ; ou du budget, qui devait être amputé mais pourrait ne pas l’être tant que ça au vu des objectifs affichés. De quoi nous tenir en haleine pour les années à venir.