Présidentielle 2022 : « Pitcher » son programme numérique, un exercice devant lequel les candidats ne sont pas égaux

REPORTAGE Les principaux candidats à l’Elysée – à l’exception de Marine Le Pen – ont présenté leurs orientations en matière de numérique lors d’un événement organisé mercredi soir à Paris

Laure Gamaury
Huit candidats ou leurs représentants ont
Huit candidats ou leurs représentants ont — EMMANUEL DUNAND / AFP
  • Sorte de « grand oral » sur le numérique, les candidats à la présidentielle étaient invités à « pitcher » leur programme devant le monde de la tech, mercredi soir à Paris.
  • Sept des 12 candidats étaient présents ou représentés.
  • Au menu de la soirée, les questions de souveraineté numérique, le Health Data Hub, l’éducation, un peu d’écologie… et beaucoup de show !

Au Cirque d'Hiver Bouglione à Paris,

De la « France Cerfa » dénoncée par Yannick Jadot aux polémiques sur le Health Data Hub, de la souveraineté numérique à la diversité dans le secteur du numérique, le baroud des candidats à la présidentielle dans le grand bain de la tech n’a pas révolutionné les promesses électorales sur le numérique. Mais a eu le mérite de transformer les prétendants à l’Elysée en orateurs de conférence TED, micro vissé à l’oreille et en perpétuel mouvement. Au programme : cinq minutes de pitch et dix minutes de questions-réponses pour les principaux prétendants à l’Elysée ou leur porte-parole face aux représentants des associations réunies dans le collectif Convergences numériques.

Hormis « la défection de dernière minute du RN », précise Marianne Tordeux, directrice des affaires publiques chez France Digitale, qui s’est occupée d’organiser l’événement, Valérie Pécresse, Yannick Jadot, Nicolas Dupont-Aignan, Bertrand Lachaud, représentant de Jean-Luc Mélenchon, Eric Zemmour, Cédric O, représentant le candidat Macron, et Anne Hidalgo se sont succédé dans le très somptueux décor du Cirque d’Hiver, mercredi soir. Sur la scène ronde, un raout très codifié, un gong qui retentit si un candidat est trop long, des projecteurs braqués sur l’élu du moment. Bref, le talk-show à l’américaine si cher aux acteurs de la tech a bien eu lieu.

Beaucoup d’idées, peu de directions

Pour lancer le game apparaît une candidate LR tout sourire. Des data centers neutres en carbone en 2030, du Health Data Hub qui doit laisser place à un « Green Data Hub », du codage dès la classe de 5e et le retour des mathématiques jusqu’à la fin du lycée, Valérie Pécresse déroule sans accroc et remporte un beau succès à l’applaudimètre. Suit Yannick Jadot, aussi emprunté dans son attitude que dans ses propos. Tour à tour accusateur – « Vous êtes un secteur consommateur d’énergie » – et aguicheur – « nous n’avons pas aujourd’hui de souveraineté numérique, il faut qu’on travaille en ce sens » –, le candidat EELV frôle le faux pas. Mais ouf, quinze minutes se sont écoulées : il a subi, l’audience aussi.


A un Nicolas Dupont-Aignan passé maître dans l’art de la punchline – mais qui n’a vraisemblablement toujours pas digéré le pass vaccinal, « cette abomination », ni vraiment réalisé que « la révolution du charbon », ça ne parle pas à grand monde – succède Bertrand Lachaux, député LFI, pour Jean-Luc Mélenchon. Un tacle aux Gafam par-ci, un autre aux data centers extraterritoriaux par là, et l’élu de la Seine-Saint-Denis invite les responsables du monde de la tech à recruter tous les « talents » : « 50 % des gamers sont des gameuses aujourd’hui en France ».

L’exercice du pitch, révélateur

Tous les candidats à la présidentielle ne sont pas égaux dans l’exercice du pitch. Eric Zemmour l’a bien montré, confondant par exemple cryptomonnaies et blockchain. Presque craintif en arrivant sur la scène, le candidat d’extrême-droite a directement attaqué par un « Vous êtes aussi fascinants qu’inquiétants ». Pas du plus bel effet pour les responsables qui lui faisaient face et n’ont pas manqué de l’égratigner. Mais Eric Zemmour a alors repris du poil de la bête, revenant sur son terrain de prédilection : souveraineté nationale et immigration.


Qui est le meilleur pour créer la start up nation de demain ?

Puis est venu le temps du start-uppeur Cédric O, ovationné à son arrivée sur scène, qui a pitché en moins de cinq minutes les orientations voulues pour un potentiel second mandat d’Emmanuel Macron. Pour ne pas parler de continuité, il a martelé, sur le modèle d’une ancienne pub pour Mercurochrome, le mot « massifier », histoire d’asseoir plus encore la popularité du président dans la « start-up nation » qu’il porte depuis cinq ans. En revanche, la suite, ce sera sans lui : le secrétaire d’Etat aux transformations numériques a bien confirmé qu’il retournerait, après l’élection présidentielle, au monde de la tech. Re-applaudissements. Une ola ? Pas encore, mais des sifflets d’admiration par-ci par-là.


Pour conclure, Anne Hidalgo est montée sur scène pour parler fracture numérique, retombées économiques, éducation et « humain au centre ». Rien de révolutionnaire, ni de très concret. Un programme de candidat, en somme. Si le Health Data Hub a cristallisé quelques tensions – Cédric O, qui se savait pourtant attendu sur la question, a pataugé avant de s’en sortir par l’attaque : « Ceux qui promettent un cloud national ou européen souverain demain sont des menteurs » –, la soirée n’a pas accouché de vraie surprise. Sur le plan de la « propagation d’idées », cher aux conférences TED, le bilan est maigre, mais « le monde de la tech a pu sentir ce que les candidats avaient dans le ventre sur des sujets peu abordés », salue Marianne Tordeux. Ou n’avaient pas ?