Affaire Pegasus : Le FBI révèle avoir testé le logiciel espion avant de se raviser

ESPIONNAGE Le New York Times révèle que plusieurs agences fédérales américaines ont songé à utiliser Pegasus

Anaëlle Lucina pour 20 Minutes
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Le FBI avoue avoir testé le logiciel espion Pegasus
Le FBI avoue avoir testé le logiciel espion Pegasus — Geeko

La police fédérale des États-Unis (FBI) aurait établi un partenariat avec la firme israélienne NSO en 2019. Un accord qui aurait permis au FBI d’exploiter le spyware controversé Pegasus.

Pour rappel, la société israélienne NSO est à l’origine du logiciel espion Pegasus. Il a généré l’infection de dizaines de milliers de smartphones. La plupart appartiennent à des journalistes ou à des opposants politiques.

Un accord signé en 2019

L’acquisition de Pegasus par le FBI a été rapportée pour la première fois par le New York Times.

Selon des informations publiées par le journal, le bureau fédéral aurait signé un contrat avec le groupe NSO en 2019. Le FBI aurait ainsi installé et testé Pegasus en vue d’une éventuelle utilisation dans le cadre d’enquêtes criminelles.

Une fois déployé, le logiciel espion Pegasus est suffisamment puissant pour infecter secrètement les iPhone et les appareils mobiles. Il peut ainsi accéder à des tonnes d’informations privées de la victime, comme ses messages texte, ses contacts, ses caméras et son microphone.

Un contrat rempli de désaccords

Une source connaissant bien l’accord du FBI, s’est confiée au Guardian sous couvert d’anonymat. Elle a affirmé que le contrat entre le FBI et NSO a vu le jour après un « long processus » de négociations entre les deux parties.

L’un des principaux désaccords du contrat portait sur le degré de contrôle que NSO conserverait sur son logiciel. En général, NSO place des capteurs sur sa technologie. Ainsi, la société israélienne reçoit une alerte si sa technologie est déplacée par un client gouvernemental. Selon la source, le FBI a refusé que la technologie soit équipée de ces capteurs. L’agence gouvernementale a également émis un avis négatif sur le fait que l’accord prévoyait que les propres ingénieurs de NSO se chargent de l’installation. Enfin, le FBI ne voulait pas intégrer le logiciel espion dans ses propres systèmes.

Dans une déclaration communiquée au Guardian, le bureau a déclaré avoir obtenu une « licence limitée » d’accès à Pegasus pour « tester et évaluer le produit uniquement ».

Le FBI rassure

Le New York Times révèle que plusieurs agences américaines, comme la DEA (Drug Enforcement Administration) et les services secrets, ont également négocié avec la firme israélienne. Mais seul le FBI aurait pris la décision unilatérale d’investir dans la solution Pegasus.

Le service fédéral de police judiciaire tient cependant à rassurer. Selon ce dernier, il n’a utilisé Pegasus dans aucune de ses enquêtes.

« Le FBI travaille avec diligence pour se tenir au courant des technologies et des métiers émergents – non seulement pour explorer une utilisation légale potentielle, mais aussi pour lutter contre le crime et protéger à la fois le peuple américain et nos libertés civiles. Cela signifie que nous identifions, évaluons et testons régulièrement des solutions et des questions techniques pour diverses raisons, y compris d’éventuelles préoccupations opérationnelles et de sécurité quant au fait qu’elles pourraient atterrir dans de mauvaises mains. Il n’y a pas eu d’utilisation opérationnelle à l’appui d’une enquête, le FBI s’est vu accorder une licence limitée pour tester et évaluer le produit uniquement », indique le FBI dans un communiqué de presse envoyé au Washington Post.

Cette révélation a entraîné de nombreuses réactions. Pour rappel, la société NSO a fait l’objet d’un examen approfondi de la part de diverses agences gouvernementales aux États-Unis. L’entreprise figure d’ailleurs sur une liste noire aux États-Unis, ce qui l’empêche d’opérer librement avec d’autres géants de la technologie dans le pays. Autre exemple, Apple, a déjà poursuivi NSO en justice pour avoir piraté ses appareils.