Affaire Pegasus : La Pologne admet avoir acheté le logiciel espion, mais uniquement pour combattre le crime

ESPIONNAGE Les autorités polonaises contestent en revanche toute utilisation de Pegasus pour espionner les opposants politiques

X.R. avec AFP
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Une fois installé dans un téléphone mobile, Pegasus permet d'accéder aux messageries et données de l'utilisateur. (illustration)
Une fois installé dans un téléphone mobile, Pegasus permet d'accéder aux messageries et données de l'utilisateur. (illustration) — Pixabay

Il n’y a pas que la crise des migrants à la frontière et le bras de fer avec Bruxelles sur l’indépendance de la justice qui agite la  Pologne ces dernières semaines. Des accusations concernant l’utilisation du  logiciel Pegasus ont aussi secoué le pays, dans un scandale qui a suscité des comparaisons avec l’enquête sur le scandale Watergate, qui avait conduit à la démission du président américain Richard Nixon en 1974.

Une fois installé dans un téléphone mobile, Pegasus permet d’accéder aux messageries et données de l’utilisateur, mais également d’activer l’appareil à distance pour capter le son ou l’image. Depuis plusieurs mois, ce logiciel défraie la chronique, régulièrement accusé d’être utilisé par certains gouvernements pour espionner leurs opposants politiques, voire des dirigeants d’autres pays.

« Beaucoup de bruit pour rien »

Le puissant chef du parti nationaliste au pouvoir en Pologne a admis que son pays avait acheté le logiciel d’espionnage israélien Pegasus, mais a rejeté les accusations selon lesquelles il était utilisé contre l’opposition politique, dans des extraits d’un entretien publiés vendredi. « Il serait mauvais que les services polonais ne disposent pas de ce type d’outil », a déclaré Jaroslaw Kaczynski, président de Droit et Justice (PiS) et qui est également vice-premier ministre, à l’hebdomadaire Sieci.

Interrogé sur les accusations selon lesquelles le gouvernement aurait utilisé le logiciel pour espionner l’opposition, il a répondu que ce programme était « utilisé par les services de lutte contre la criminalité et la corruption dans de nombreux pays ». Dans l’interview, qui doit être publiée dans son intégralité lundi, il a souligné que toute utilisation de ces méthodes était « toujours sous le contrôle d’un tribunal et du bureau du procureur ». Il a aussi rejeté les accusations de l’opposition les qualifiant de « beaucoup de bruit pour rien ».

Mais Citizen Lab, un laboratoire de surveillance de la cybersécurité dont le siège est au Canada, a confirmé l’utilisation de Pegasus contre trois personnes en Pologne, dont Krzysztof Brejza, sénateur de la principale formation d’opposition, Plate-forme civique (PO), alors qu’il coordonnait sa campagne lors des élections législatives en 2019. Selon Krzysztof Brejza, le piratage de son téléphone a influencé le résultat du scrutin, remporté par PiS. Le vice-premier ministre a rejeté ses accusations, déclarant que l’opposition « a perdu parce qu’elle a perdu ».