Facebook : La lanceuse d’alerte Frances Haugen veut se consacrer à « l’éducation des jeunes » aux réseaux sociaux

INTERNET « Je veux continuer à me battre » pour que Facebook modifie ses pratiques d’hyper-amplification de contenus nocifs, a-t-elle notamment déclaré

H. B. avec AFP
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Frances Haugen est à l'origine d'une série de révélations sur Facebook.
Frances Haugen est à l'origine d'une série de révélations sur Facebook. — OLIVIER DOULIERY / AFP

Il faut donner aux jeunes des « outils »… La lanceuse d’alerte Frances Haugen veut se consacrer à l’éducation des jeunes aux réseaux sociaux, a-t-elle déclaré à l’issue d’un tour des capitales d’Europe où elle s’est escrimée à dénoncer son ancien employeur Facebook.

« Je veux continuer à me battre » pour que Facebook modifie ses pratiques d’hyper-amplification de contenus nocifs. « Je veux faire un tour des universités au premier trimestre », et permettre aux plus jeunes de repérer les effets dangereux des réseaux sociaux, a ajouté la jeune femme déterminée, au discours bien rodé, dans un entretien à l’AFP.

Un « consortium » de chercheurs et de spécialistes indépendants

Après avoir claqué la porte de Facebook en mai, Frances Haugen a transmis des milliers de documents internes récoltés chez le géant qu’elle accuse de ne pas protéger ses utilisateurs. Elle est brusquement passée de l’ombre en pleine lumière cet automne avec un témoignage accablant et très médiatisé au Congrès américain contre son ancien employeur.

La matheuse et spécialiste des données veut désormais construire un « consortium » de chercheurs et de spécialistes indépendants pour bâtir des simulateurs de réseaux sociaux en laboratoire. « C’est sur ma liste de Thanksgiving » – le traditionnel congé des Américains la semaine prochaine – de travailler à ce projet, sourit-elle.

Ces simulateurs, en logiciel libre, permettraient aux chercheurs et étudiants de mener des expériences sur la viralité des contenus. Ils pourront « expérimenter et se dire « ah, c’est intéressant, voici comment on peut stopper la dissémination de mauvais contenus dans le réseau » », explique-t-elle.

Des réseaux sociaux « à échelle humaine »

Le combat de Frances Haugen n’est pas d’affiner les techniques de modération de Facebook, ni de chercher à mieux discerner les bons et les mauvais contenus. Il est plutôt de mettre fin à l’hyper-amplification des contenus, en contraignant le géant californien à révéler toutes ses données sur le sujet. « Si Facebook était obligé de montrer ce qui ne va pas, alors il serait obligé de faire des changements », répète-t-elle.

Pour elle, le réseau social doit reprendre une échelle humaine, par exemple en compliquant la rediffusion à l’infini des contenus. Obliger un utilisateur de Facebook à un geste volontaire – faire un copier-coller, par exemple – pour rediffuser un contenu déjà partagé deux fois avant d’arriver chez lui « pourrait avoir autant d’effet sur la désinformation que l’ensemble du programme de vérification d’information » (fact-checking) de Facebook, assure-t-elle.

Facebook pourrait aussi chercher à moins favoriser la formation de groupes aux millions d’abonnés, qu’elle a qualifiés « d’usine à variants » lors de son audition à l’Assemblée nationale. « Prenez un groupe d’un million de personnes ou de cinq millions de personnes, qui produit chaque jour 1.000 contenus. Si l’algorithme doit choisir trois de ces contenus pour les diffuser dans les fils d’actualité, ce sera habituellement les plus extrêmes », parce que ce sont ceux qui provoquent le plus de réactions, regrette-t-elle.

Mise en garde contre le « metavers »

Et la lanceuse d’alerte de mettre en garde sur le « metavers », l’univers numérique parallèle où Facebook voudrait embarquer la population. Si les gens passent leur temps dans un univers virtuel où ils ont « de meilleurs vêtements, une coupe de cheveux plus élégante et un appartement plus beau » que dans la réalité, quel effet cela aura-t-il sur leur santé mentale, demande-t-elle.

Et quid des « incitations à rester toujours plus longtemps dans son casque de réalité virtuelle ? ». « Ce n’est pas dans cinq ans qu’il faut se poser la question, c’est dans trois mois », avertit l’ennemie publique numéro un de Facebook.