Cyberharcèlement, violences en ligne, contenus porno… Comment lutter contre la surexposition des ados

RESEAUX SOCIAUX Alors que 60 % des enfants ont déjà été confrontés à des contenus violents en ligne, 25 % des parents ne sauraient pas comment les aider en cas de cyberharcèlement, révèle une étude réalisée par Kaspersky France-IFop à l’occasion de la Journée internationale contre la violence en ligne et le harcèlement scolaire, ce jeudi

H. B.
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59% des parents d’élèves scolarisés du CP à la 3e admettent que leur enfant a déjà été exposé à des images violentes, choquantes ou pornographiques (photo d'illustration).
59% des parents d’élèves scolarisés du CP à la 3e admettent que leur enfant a déjà été exposé à des images violentes, choquantes ou pornographiques (photo d'illustration). — UMDORF/IMAGO/SIPA
  • Le harcèlement scolaire, qui s’exerce aujourd’hui majoritairement en ligne, touche de plus en plus d’adolescents.
  • Les parents, peu au fait des usages et des dangers potentiels des réseaux sociaux, sont souvent dépassés et peinent à accompagner leurs enfants en situation de détresse.
  • « Un parent sur quatre (25 %) se sent mal informé sur la manière de protéger son enfant des dangers d’Internet et n’a pas le sentiment de savoir comment protéger son enfant au cas où il serait concerné par le cyberharcèlement », indique une étude réalisée par Kaspersky France-IFop à l’occasion, ce jeudi, de la Journée internationale de lutte contre la violence en ligne et le harcèlement en milieu scolaire.

Mise en ligne de photos ou vidéos gênantes, création de faux profils, messages d’insultes, diffusion de rumeurs, incitation au suicide… Le cyberharcèlement chez les jeunes ne cesse de croître depuis quelques années, amplifié par les périodes de confinement imposées par la crise sanitaire. Les histoires dramatiques impliquant des enfants et ados se multiplient également, comme récemment le suicide de la jeune Dinah, âgée de 14 ans, qui s’est pendue début octobre après avoir été cyberharcelée par des camarades d’école pendant plusieurs années.

Pour les associations de protection de l’enfance, les cyberviolences sont aujourd’hui un véritable fléau pour les jeunes. Les parents, peu au fait des usages et des dangers potentiels des réseaux sociaux, sont malheureusement souvent dépassés et peinent à accompagner leurs enfants en situation de détresse. D’après une étude Kaspersky France-Ifop* réalisée auprès de parents d’élèves scolarisés à l’école élémentaire et au collège, à l’occasion ce jeudi de la Journée internationale de lutte contre la violence en ligne et le harcèlement en milieu scolaire, un parent sur quatre ne saurait pas comment aider son enfant en cas de cyberharcèlement.

L’entrée au collège comme « point de bascule »

Près de 60 % des parents d’élèves scolarisés du CP à la 3e admettent que leur enfant a déjà été exposé à des images violentes, choquantes ou pornographiques. « Sous cet angle, l’entrée au collège est un point de bascule. L’exposition aux contenus violents passe de 39 % à 61 % entre l’école élémentaire et le collège, et de 18 % à 43 % pour les contenus pornographiques », révèle l’étude. « L’âge demandé à l’inscription sur les plateformes sociales ou de partage vidéos n’étant pas vérifié, les enfants s’inscrivent souvent très tôt et sans rien dire à leurs parents. Ou pire, utilisent le compte de ces derniers », commentent Steph Draperi et Clara Foucher, membres du groupe de travail « sensibilisation » du Cercle des femmes de la cybersécurité (Cefcys).

Plus de trois quarts des parents (76 %) affirment par ailleurs que leur enfant scolarisé au collège est inscrit sur au moins un réseau social. Les plus populaires étant sans surprise Snapchat (34 % y ont un enfant inscrit, dont 7 % de parents qui le désapprouvent) et TikTok (33 %, dont 12 % qui le désapprouvent). « Les réseaux orientés "vidéos festives" comme Snapchat ou TikTok sont plébiscités par les jeunes enfants comme les adolescents, sans oublier WhatsApp, qui permet de conserver très facilement les échanges vidéos et audios des participants. Ce qui pose un risque de harcèlement comme celui du respect des données personnelles sur le long terme en cas de disputes entre adolescents », ajoutent Steph Draperi et Clara Foucher.

« Des parents qui se sentent vite démunis »

Cette surexposition va de pair avec l’augmentation du risque de cyberharcèlement : 21 % des parents de collégiens savent que leur enfant ou l’un de ses camarades a déjà été harcelé en ligne. Parmi ces jeunes, ce sont les filles qui sont davantage confrontées à ce phénomène (25 % contre 19 % des garçons). « Avec la démultiplication des usages numériques, les enfants sont surexposés aux cybermenaces : harcèlement, chantage, pornographie, escroqueries, défis sordides, désinformation, embrigadement… Cette triste réalité peut avoir des conséquences importantes et parfois même traumatisantes sur cette population souvent fragile. D’où une nécessaire sensibilisation aux risques engendrés par la sphère numérique et une éducation aux bonnes pratiques », analyse de son côté Amandine Del Amo, chargée de mission à Action contre la cybermalveillance ( cybermalveillance.gouv.fr).

Dans un contexte où les violences en ligne sont de plus en plus nombreuses, les parents se sentent vite démunis. Ils sont ainsi 48 % à préciser que l’utilisation du numérique est source de conflit avec leur enfant, instaurant ainsi un mauvais climat familial. Près d’un parent sur deux (47 %) affirme également que son enfant est beaucoup moins sociable depuis qu’il a un smartphone, et 55 % qu’il maîtrise mieux cet outil que lui. « Résultat, un parent sur quatre (25 %) se sent mal informé sur la manière de protéger son enfant des dangers d’ Internet et n’a pas le sentiment de savoir comment le protéger au cas où il serait concerné par le cyberharcèlement », indique l’étude.

Plusieurs dispositifs ont été mis en place ces derniers mois pour former les parents aux bonnes pratiques du numérique. En partenariat avec les associations e-Enfance, Génération Numérique et l’Unaf (Union nationale des associations familiales), Facebook et Instagram ont notamment lancé le « Club des parents connectés » pour aider et sensibiliser les parents sur tous les enjeux numériques. Un rapport publié l'an dernier par le député Modem du Finistère Erwan Balanant préconisait également de former les parents aux bonnes pratiques du numérique avec la distribution d’un « livret » spécifique.

*Etude commanditée par Kaspersky France et réalisée par Ifop via un questionnaire auto-administré en ligne entre le 17 et 22 septembre 2022, en France, auprès de 960 parents d’enfants scolarisés à l’école élémentaire ou au collège.