Masquer, bloquer, signaler les contenus malveillants... Que faire en cas de cyber-harcèlement?

PRIS POUR CIBLE Dans le cadre de la série «Pris pour cible», «20 Minutes» a recueilli plusieurs témoignages d'internautes qui, souvent, n’ont pas su quoi faire face au cyber-harcèlement. Voici quelques conseils à suivre…

Hakima Bounemoura

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Illustration cyber-harcèlement
Illustration cyber-harcèlement — PIXABAY
  • A l’occasion de notre série « Pris pour cible », 20 Minutes a réalisé une enquête #MoiJeune sur le cyber-harcèlement en partenariat avec OpinionWay.
  • 53 % des 18-30 ans ont déjà subi au moins une situation de cyber-violence sur les réseaux sociaux, un chiffre qui grimpe à 63 % chez les 20-24 ans.
  • 20 Minutes vous propose un guide pratique pour faire face au cyber-harcèlement.

Création d’un faux profil à votre nom, messages d’insultes, diffusion de rumeurs, incitations au suicide, mise en ligne de photos ou de vidéos gênantes… Les formes de cyber-harcèlement sont nombreuses, et touchent aujourd’hui de plus en plus d’internautes. Selon un sondage exclusif OpinionWay réalisé auprès du panel #MoiJeune de 20 Minutes, près de deux tiers des jeunes de 20-24 ans (soit 63 %) ont déjà subi au moins une situation de cyber-violence sur les réseaux sociaux.

Dans le cadre de la série « Pris pour cible », 20 Minutes a recueilli plusieurs témoignages d’internautes qui, souvent, n’ont pas su quoi faire face à cette nouvelle forme de violence en ligne. Comment éviter d’être harcelé sur le Web et surtout que faire en cas de cyber-harcèlement? Les conseils de spécialistes pour éviter que vos échanges virtuels ne virent au cauchemar.

Ne pas se taire, s’isoler. « Il est très important de ne pas rester seul face à ce genre de situations et d’en parler à des membres de sa famille, à des amis de confiance. Des personnes avec qui vous allez pouvoir discuter de la situation et de l’impact que cela a pour vous », explique Nathalie Dupin, sociologue spécialisée dans les pratiques d’Internet. En cas de cyber-harcèlement, vous pouvez contacter la plateforme téléphonique Net Ecoute (0800 200 000), gérée par l’association E-Enfance. Au-delà de l’écoute et du conseil, ce portail peut vous aider au retrait d’images ou de propos offensants.

Ne pas répondre ou interpeller les harceleurs. La tentation, lorsque l’on est confronté à des gens qui nous insultent ou nous menacent, est de leur répondre. Pourtant, c’est la dernière chose à faire. « Au tout début, face au flot d’insultes, parfois, je craquais, et je répondais violemment. Parce que je ne savais pas comment répondre autrement. C’est clairement ce que recherchent les harceleurs, te provoquer jusqu’au moment où tu craques, et hop, ils ont ce qu’ils veulent et peuvent l’utiliser contre toi », nous expliquait en novembre, Maxime, victime d’un raid de la fachosphère sur Twitter.

Masquer les commentaires « inappropriés ».  Twitter a mis en place deux fonctionnalités à activer dans ses paramètres. La première est un « filtre qualité » pour éviter les « tweets de piètre qualité ». La seconde est la possibilité de limiter les notifications aux personnes que l’on suit.

Facebook a également mis en place des outils plus performants contre le harcèlement. « En octobre 2018, nous avons lancé de nouveaux outils, qui incluent le masquage ou la suppression de plusieurs commentaires à la fois, ou encore de nouvelles solutions pour détecter des mots offensants », explique à 20 Minutes Michelle Gilbert, directrice de la communication de Facebook France.

Sur Instagram, il est aussi possible d’activer la fonction « masquer les commentaires inappropriés » : les commentaires contenant des mots considérés comme offensants n’apparaîtront plus. Si des mots-clés par défaut sont déjà mis en avant, l'utilisateur peut évidemment personnaliser cette liste. 

Bloquer et signaler les contenus malveillants et leurs auteurs. « Les utilisateurs ont la possibilité de signaler tout contenu qu’ils considèrent choquant, qu’il s’agisse d’un commentaire, d’un post, d’une page, d’un profil… Ce signalement est toujours anonyme. Dès le premier signalement, le contenu est consulté et analysé par une équipe dédiée, mobilisée 24h sur 24, 7 jours sur 7 », détaille Michelle Gilbert, la directrice de la communication de Facebook France. « J’ai reçu des menaces de viol, des menaces de violences physiques, et des menaces de mort de gens qui me disaient "Va mourir", "Faudrait te tuer". Après chaque message, je bloquais immédiatement l’auteur pour me protéger », nous a raconté Marie Laguerre, harcelée sur Facebook pendant trois mois. « Il ne faut pas hésiter à signaler plusieurs fois un contenu ou à demander à des proches de le signaler également », précise également la sociologue Nathalie Dupin.

Dans le cadre de sa campagne #stopcybersexisme, le Centre Hubertine-Auclert a publié des tutoriels vidéo qui expliquent clairement comment signaler ou demander le retrait des contenus selon les différentes plateformes ( Facebook, Twitter, Instagram, YouTube, Snapchat, WhatsApp).

 

 

Faire des captures d’écran. En cas de harcèlement sur les réseaux sociaux, faites des captures d’écran des messages injurieux, photos, mails ou SMS. « Il est important de garder des preuves de ce qu’il s’est passé », explique Justine Atlan, directrice de l’association e-Enfance, en charge de la plateforme nationale d’accueil téléphonique Net Ecoute destinée aux victimes de cyber-harcèlement.

Télécharger une appli contre le cyber-harcèlement. L’intelligence artificielle vole aujourd’hui au secours des personnes harcelées. Pour l’instant seulement disponible sur Twitter et YouTube, l’application Bodyguard est plébiscitée par de nombreux influenceurs, dont le chanteur Bilal Hassani, harcelé et menacé de mort sur les réseaux sociaux. « L’IA du modérateur analyse les mots-clefs, les insultes et les caractères violents. Puis elle se préoccupe du contexte, de la grammaire, des fautes… et les supprime. Il y a très peu de façon de contourner l’intelligence artificielle, on ne compte que 2 % d’erreurs », assure à 20 Minutes Charles Cohen, le créateur de cette application.

Faire un signalement sur la plateforme Pharos. Il est important de signaler les contenus problématiques et leurs auteurs sur la plateforme de la police. Les signalements, qui peuvent être anonymes, vont alors être traités par des policiers et gendarmes spécialisés. Si le contenu est considéré comme illicite, une enquête pourra être ouverte.

Il existe également la plateforme de signalement pointdecontact.net, mise en place par l’Association française des prestataires de l’internet (AFPI). Elle permet de signaler, entre autres, des incitations à la violence, des « provocations aux crimes et délits contre les personnes » et des « provocations au suicide ».

Porter plainte. Il existe deux manières de porter plainte au pénal. Vous pouvez vous rendre dans un commissariat ou bien écrire directement au procureur de la République, avec un courrier avec accusé de réception. Pour engager des poursuites, dans le cas où vous connaissez l’identité de l’auteur, vous pouvez également choisir la voie civile plutôt que la voie pénale. Dans ce cas, il faut prendre un avocat, qui engagera une procédure en référé devant le juge civil, pour demander la suppression des contenus problématiques.

 

Retrouvez tous les épisodes de la série « Pris pour cible », ici.