VIDEO. EXCLUSIF. Sondage #MoiJeune: Insultes, menaces... Deux tiers des 20-24 ans ont déjà été victimes de cyber-violence

PRIS POUR CIBLE Dans le cadre de notre série « Pris pour cible », OpinionWay a sondé le panel #MoiJeune de « 20 Minutes ». Une étude exclusive qui montre que la violence en ligne se banalise...

Hakima Bounemoura

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Illustration: Internet, les réseaux sociaux.
Illustration: Internet, les réseaux sociaux. — SIERAKOWSKI/ISOPIX/SIPA
  • 20 Minutes a réalisé une enquête sur le cyber-harcèlement avec Opinion Way.
  • 53 % des 18-30 ans ont déjà subi au moins une situation de cyber-violence sur les réseaux sociaux, un chiffre qui grimpe à 63 % chez les 20-24 ans.
  • Selon l’enquête, les faits les plus courants sont les insultes (29 %), les moqueries (27 %), les photos compromettantes (21 %), la diffamation (13 %), le harcèlement (11 %), l’usurpation d’identité (9 %) et le revenge porn (2 %).
  • Facebook est de très loin la plateforme la plus citée comme lieu de harcèlement (81 %), suivi de Messenger (16 %), Twitter (15 %) et Snapchat (8 %).

Insultes sur Twitter, photos intimes publiées sur Facebook, menaces reçues en DM ou par SMS, usurpation d’identité ou même revenge porn, le cyber-harcèlement touche aujourd’hui de plus en plus d’internautes, et pas seulement des ados. Selon un sondage exclusif OpinionWay réalisé auprès du panel  #MoiJeune de 20 Minutes*, plus de la moitié des 18-30 ans (soit 53 %) ont déjà subi au moins une situation de cyber-violence sur les réseaux sociaux. Un chiffre qui grimpe à 63 % chez les jeunes âgés de 20 à 24 ans, soit près de deux tiers d’entre eux.

« C’est un résultat qui doit nous interpeller, et qui montre surtout que la violence en ligne s’est complètement banalisée », explique Nathalie Dupin, sociologue spécialisée dans les pratiques d’Internet et le cyber-harcèlement. « La cyber-violence est devenue aujourd’hui quelque chose d’ordinaire, elle est finalement rentrée dans les usages, dans les mœurs », confirme Justine Atlan, directrice de l’association e-Enfance, en charge de la plateforme nationale d'accueil téléphonique Net Ecoute destinée aux victimes de cyber-harcèlement.

« J’échangeais des photos à caractère sexuel avec un garçon sur Snap, il en faisait des captures d’écran »

La cyber-violence peut prendre différentes formes. Selon l’enquête #MoiJeune, les faits les plus courants sont les insultes (29 %), les moqueries (27 %), les photos compromettantes (21 %), la diffamation (13 %), le harcèlement (11 %), l’usurpation d’identité (9 %) et le revenge porn (2 %). « Insultes et moqueries sont les violences en ligne les plus courantes. Les femmes sont souvent victimes d’insultes à caractère sexiste et sexuel, alors que les hommes sont moqués sur leur virilité, leur physique », note la sociologue.

Le harcèlement lié à l’image (photos compromettantes, revenge porn) est l’une des formes de cyber-violence qui se développe aujourd’hui le plus. « C’est un phénomène croissant que nous observons sur le terrain », confirme la directrice de l’association e-Enfance. « Une lycéenne m’a avoué qu’un de ses camarades faisait tourner une photo d’elle dénudée. J’ai tout de suite prévenu l’infirmière scolaire afin que des mesures soient prises », raconte l’un des sondés, un professionnel qui intervient régulièrement en milieu scolaire. « J’échangeais des photos à caractère sexuel avec un garçon depuis quelques semaines sur Snapchat et sans que je le sache, il en faisait des captures d’écrans », explique également une jeune femme interrogée dans le cadre de l’enquête.

Malgré les apparences, les situations de cyber-violence subies le sont quasi à égalité entre les jeunes femmes (51 %) et les jeunes hommes (54 %). « Cela touche davantage les filles dans la période adolescente, à plus de 60 %. Mais au fil des années, l’écart a tendance à se réduire », confirme Nathalie Dupin, qui étudie principalement les pratiques d’Internet chez les ados.

Plus d’un tiers des personnes « victimes » ont avoué avoir déjà été « agresseurs »

Facebook est de très loin la plateforme la plus citée comme lieu de harcèlement (81 %), suivi de Messenger (16 %), Twitter (15 %) et Snapchat (8 %). « Facebook est plébiscité par les jeunes, c’est le réseau social qui agrège le plus d’utilisateurs, c’est donc tout à fait normal qu’il soit ainsi sur-représenté. Mais si on analyse ces chiffres proportionnellement au nombre d’utilisateurs, Twitter apparaît aussi comme un haut lieu de la cyber-violence », indique la sociologue. « Les réseaux sociaux ne sont pas étanches. Souvent les insultes et les menaces passent d’un endroit à l’autre. Et ça finit toujours sur Facebook et Twitter », confirme la directrice de l’association e-Enfance.

Autre tendance notable, plus d’un tiers des personnes qui se disent «victimes» ont avoué avoir déjà fait subir au moins une situation de cyber-violence à d'autres personnes (35 %). « Sur le Net, on peut très rapidement basculer d’un statut à l’autre, simplement en likant un commentaire insultant ou en partageant une photo compromettante », explique Justine Atlan. « C’est malheureusement souvent quand on est victime qu’on prend conscience du mal qu’on a pu faire », fait également remarquer Nathalie Dupin.

Des faits sous-estimés parce que « virtuels »

Le manque d’information et de soutien est souvent cité par les sondés. Deux tiers des victimes de cyber-violence déclarent avoir effectué un signalement, et 57 % d’entre elles indiquent que « rien n’a été fait ». « Les insultes et moqueries [les principales violences en ligne avec 29 % et 27 %], ne sont souvent pas considérées comme illégales ou illicites par les grandes plateformes. La diffamation est aussi très compliquée à faire reconnaître », explique ainsi la sociologue.

Les personnes interrogées déclarent également que les faits dont elles ont été victimes ont souvent été « sous-estimés » car considérés comme « virtuels ». « A l’époque, on n’a pas considéré ça comme "réel", les gens me disaient "fais pas attention", "concentre-toi sur la vraie vie !" », raconte l’une des personnes sondées. « S’entendre dire que la violence que l’on subit est virtuelle, c’est révoltant pour les victimes, c’est une double peine ! Ça revient à faire une hiérarchie entre violence physique et violence psychologique », s’insurge Justine Atlan.

Par la suite, seulement 14 % des personnes « victimes » indiquent avoir changé leur manière d’utiliser les réseaux sociaux. « Ça fait mal sur le coup et après, on passe à autre chose », explique l’un des sondés. Parmi eux, 25 % ne savent pas que le cyber-harcèlement est puni par la loi, ce qui explique peut-être pourquoi seulement 4 % ont porté plainte. Pour la directrice de l’association e-Enfance, c’est un constat très inquiétant. « Il faudrait davantage communiquer, pas seulement auprès des ados, et surtout expliquer que les réseaux sociaux ne sont pas une zone de non-droit ».

* Etude #MOIJEUNE OpinionWay pour 20 Minutes réalisée en ligne du 11 au 16 janvier 2019 auprès d’un échantillon représentatif de 808 jeunes âgés de 18 à 30 ans (méthode des quotas).

Retrouvez tous les épisodes de notre série « Pris pour cible », ici.

Si vous avez entre 18 et 30 ans, vous pouvez participer au projet « #MOIJEUNE », une série d’enquêtes lancée par 20 Minutes et construite avec et pour les jeunes. Toutes les infos pour vous inscrire en ligne ici.