La guerre entre Facebook et Apple pourrait prendre un tournant judiciaire

BRAS DE FER Le géant des réseaux sociaux a fait appel à un cabinet d’avocats pour préparer une plainte qui accuserait Apple de « pratiques anti-concurrentielles »

H. B. avec AFP

— 

Les logos Apple, Facebook, Google et Amazon
Les logos Apple, Facebook, Google et Amazon — Geeko

Entre les deux géants de la Silicon Valley, c’est la guerre. Facebook prépare depuis des mois un dossier pour engager des poursuites contre Apple et ses pratiques perçues comme anti-concurrentielles. Le géant des réseaux sociaux a fait appel à un cabinet d’avocats pour préparer une plainte qui accuserait Apple « d’abuser de son pouvoir sur le marché des smartphones pour forcer les développeurs d’applications à suivre des règles de l’App Store que les propres applications d’Apple n’ont pas à suivre », selon un article publié par The Information.

Le modèle économique de grandes plateformes numériques comme Facebook et Google repose sur des services gratuits et un ciblage publicitaire très fin à très grande échelle. Le géant Apple tire quant à lui ses revenus des ventes d’appareils électroniques et aussi de services en ligne sur abonnement (stockage, musique, etc).

Plus de transparence chez Apple

La dernière mise à jour du système d’exploitation mobile iOS d’Apple, prévue pour cette année, va obliger les éditeurs d’applications à faire preuve de transparence sur la collecte et l’utilisation des informations personnelles des utilisateurs. Ils devront aussi demander aux usagers leur permission pour les suivre à la trace, une fonctionnalité essentielle pour le ciblage publicitaire.

Or les développeurs d’applications, des réseaux sociaux aux jeux vidéo en passant par le e-commerce, le divertissement ou la bureautique, n’ont pas d’autre choix que de passer par l’App Store, la plateforme de téléchargement d’iOS, pour atteindre les centaines de millions de consommateurs équipés d’iPhone ou d’iPad.

Moins de publicités ciblées

« Comme nous l’avons dit à plusieurs reprises, nous pensons qu’Apple se comporte de façon anti-compétitive en utilisant son contrôle de l’App Store pour dégager plus de profits et aux dépens des petits éditeurs et petites entreprises », a réagi un porte-parole de Facebook, sans confirmer une éventuelle plainte en préparation.

« Apple a tout intérêt à utiliser sa position de plateforme dominante pour interférer avec la manière dont nos applications et d’autres applications fonctionnent. Et ils le font régulièrement, en privilégiant les leurs au détriment de la croissance de millions de sociétés dans le monde », s’est emporté Mark Zuckerberg, le patron du groupe californien, lors de la présentation aux analystes des résultats trimestriels la veille. Le milliardaire voit désormais son voisin comme l’un de ses « plus grands rivaux ».

« Les changements d’iOS 14 signifient que de nombreuses PME ne pourront plus cibler leurs clients avec des pubs personnalisées. Apple peut dire qu’ils font ça pour aider les gens mais cela sert clairement leurs intérêts », a ajouté le milliardaire, qui voit désormais son voisin comme l’un de ses « plus grands rivaux ».

Une commission qui peut aller jusqu’à 30 % et qui a du mal à passer…

Lors d’une conférence jeudi à Bruxelles sur la confidentialité des données, Tim Cook, le patron d’Apple s’en est également pris à Facebook sans le nommer, condamnant « les théories du complot alimentées par les algorithmes », selon des propos rapportés par la presse américaine. « Nous ne pouvons plus fermer les yeux sur la théorie selon laquelle toutes les interactions en ligne sont bonnes, et plus elles durent mieux c’est », a-t-il déclaré. « Si une société est fondée sur la capacité à tromper les utilisateurs, sur l’exploitation des données, sur des choix qui n’en sont pas, elle ne mérite pas nos éloges. Elle mérite notre mépris ».

Facebook n’est pas le seul à vouloir en découdre avec la marque à la pomme. Plusieurs sociétés lui reprochent depuis des années la commission qu’elle prélève sur les transactions des consommateurs réalisées via l’App Store, qui peut s’élever jusqu’à 30 %. Epic Games, l’éditeur du populaire jeu vidéo Fortnite, a tenté de contourner le système de paiement d’iOS. Apple a banni l’application de ses appareils jusqu’à l’été 2021, et un procès est d’ailleurs en cours.