Twitter déploie Fleets, un outils de stories sur sa plateforme, qui inquiète certains usagés quand aux risques de cyberharcèlement.
Twitter déploie Fleets, un outils de stories sur sa plateforme, qui inquiète certains usagés quand aux risques de cyberharcèlement. — Matt Rourke/AP/SIPA

RESEAUX SOCIAUX

Les « stories » de Twitter risquent-elles de devenir un nouvel outil de cyberharcèlement ?

Marie De Fournas

Les « fleets » ne sont visibles que durant 24 heures sur la plateforme. Une nouvelle fonctionnalité qui soulève des inquiétudes

  • Une nouvelle fonctionnalité sur Twitter permet aux utilisateurs de publier pour une durée de 24 heures, des photos, des vidéos, des textes ou encore les tweets d’un autre compte.
  • Un outil qui, pour certains, pourrait faciliter le cyberharcèlement.
  • La disparition des preuves, les problèmes de blocage de compte ou encore les délais trop courts pour signaler les posts sont notamment pointés par les utilisateurs.

C’est non sans enthousiasme que Twitter a annoncé ce mardi le déploiement progressif d’une toute nouvelle option sur sa plateforme :  les « fleets ». Rien de particulièrement innovant puisque cette option ressemble de loin comme de près aux stories Instagram. En cliquant sur le « + » sur la vignette de son compte, un utilisateur peut désormais publier des photos, des vidéos, des textes ou encore les tweets d’un autre compte. Ces posts ne resteront visibles que 24 heures (oui, tout pareil que sur Instagram, on vous dit !).

Les Fleets de Twitter
Les Fleets de Twitter - capture @Twitter

Twitter présente cet outil comme un moyen de partager des pensées et des opinions sans engendrer de longs débats et des réactions agressives sur le réseau social. Une réponse positive, au premier abord, « pour permettre à tout le monde, notamment les militantes féministes ou LGBT+, de s’exprimer sans pour autant avoir le risque d’un déferlement des commentaires haineux en chaîne », commente le Centre Hubertine Auclert, qui lutte notamment contre les cyberviolence faites aux femmes. En effet, il n’est pas possible de partager le fleet, ce qui limite sa diffusion virale. Et si l’on peut y répondre par message privé, Twitter propose de masquer les commentaires des fleets.

Perte des preuves en cas de cyberharcèlement

La nouvelle fonctionnalité est pourtant loin de faire l’unanimité auprès des internautes. Jugés « inutiles » ou encore « anxiogènes », les fleets ont rapidement essuyé de vives critiques sur la plateforme. Des voix se sont élevées pour alerter sur le fait qu’ils pourraient devenir un outil très pratique pour les cyberharceleurs, les trolls et les comptes malveillants. « Vous avez créé une méthode que les gens peuvent utiliser pour des campagnes de harcèlement ciblé et dans lesquelles les preuves du harcèlement disparaissent », s’indigne une internaute.

Car une photo ou un message malveillant avec une durée de vie de seulement 24 heures complique la défense des victimes pour diverses raisons. « Une capture d’écran suffit pour porter plainte, mais s’il y a un procès ensuite, il faut un constat d’huissier. Dans un délai aussi court, c’est quasiment impossible », souligne Stéphanie de Vanssay, professeure des écoles et conseillère nationale au syndicat enseignant de l’Unsa sur les questions numériques et éducation. « Cela accroît l’impunité de ceux qui voudraient diffuser un contenu haineux ou comportant des violences sexistes ou sexuelles », ajoute le Centre Hubertine Auclert.

Signalement encore plus compliqué

Stéphanie de Vanssay, autrice du livre Manuel d’autodéfense contre le harcèlement en ligne – #DompterLesTrolls, note également que les utilisateurs cités ou retweetés dans les fleets n’en sont pas notifiés. « On peut donc exposer quelqu’un sans qu’il le sache. » Un aspect qui complique sérieusement le processus de signalement. « C’est un point sur lequel nous travaillons », nous assure un porte-parole de Twitter, qui affirme que le réseau est « en permanence à l’écoute des retours » pour améliorer la sécurité de la plateforme.

Parmi les nombreuses réactions à l’annonce de Twitter, un internaute interpelle le réseau en expliquant qu’avec les fleets, il est actuellement possible de mentionner une personne qui nous a bloqué. Là encore, le réseau social assure travailler en ce moment pour que la fonction « bloquer » s’applique également aux stories.

La durée de vie des posts est également pointée du doigt, jugée assez longue pour faire du mal, mais trop courte pour réagir. « Par exemple, un fleet avec une vidéo volée et le nom de la jeune fille qui apparaît dessus. 24 heures, c’est suffisant pour que tout le monde voie bien ce contenu, mais pas assez pour le signaler par celle qui est directement concernée et qui l’apprend après coup », analyse le Centre Hubertine Auclert.

Efficacité suffisante des signalements ?

Concernant les signalements, le compte « Twitter Support », géré par le réseau social, indique que « n’importe quel fleet peut être signalé, tout comme les tweets ». « Si vous souhaitez nous signaler un fleet, appuyez sur la flèche en haut à droite et sélectionnez l’option "Signaler le fleet" », explique-t-il.

Reste à voir si la modération de la plateforme sera assez rapide pour agir sur des messages visibles seulement 24 heures. Un engagement pris par Twitter : « Notre équipe Trust & Safety utilise son expertise et connaissance en matière de comportement observé sur la plateforme, ainsi que des études en continu pour adresser une réponse à toute infraction. » Le réseau n’a toutefois pas précisé s’il allait augmenter le nombre de modérateurs en prévision du plus grand nombre de posts à traiter avec les fleets.

Régulièrement prise à partie sur Twitter, la militante pédagogique Stéphanie de Vanssay souligne que sur les nombreux signalements qu’elle a pu faire sur des tweets classiques ou des comptes, seuls 1 % ont été pris en compte et « jamais pour des cas de harcèlement ».

« La violence reste la même pour les victimes »

Malgré tout, l’éphémérité des fleets peut être un atout pour le droit à l’oubli. « Cela évite que des trolls aillent déterrer des vieux tweets, que vous aviez postés à une période de votre vie et que vous n’auriez pas publiés aujourd’hui », souligne Stéphanie de Vanssay, faisant notamment référence à l’affaire Mennel Ibtissem, dont d’anciens tweets avec lesquels elle n’était plus en phase avait été ressortis après sa participation à « The Voice ».

Enfin, le Centre Hubertine Auclert appelle à ne pas minimiser l’impact d’un harcèlement, d’un message violent ou d’une photo malveillante qui serait visible « seulement » une journée. « Les conséquences d’un tweet au contenu insultant ou haineux sont toutes aussi importantes, même s’il disparaît. La violence reste la même pour les victimes. » Difficile de faire, pour l’heure, des prévisions sur la manière dont sera utilisé l’outil, qui sera accessible à tous d’ici les prochains jours.