Présidentielle américaine : Donald Trump pourrait être banni de Twitter en cas de défaite

RESEAUX SOCIAUX Quand il quittera la Maison Blanche, le milliardaire républicain redeviendra un justiciable lambda aux yeux des Etats-Unis, et un utilisateur comme les autres de Twitter

H. B. avec AFP

— 

Twitter a signalé plusieurs messages de Donald Trump comme trompeurs.
Twitter a signalé plusieurs messages de Donald Trump comme trompeurs. — Olivier DOULIERY / AFP

Gérer le comportement irascible de Donald Trump n’a pas été de tout repos ces dernières années pour les réseaux sociaux, qui ont sans cesse dû jongler entre lutte contre la désinformation et respect de la liberté d’expression. Le problème ne disparaîtra bien évidemment pas le jour où Donald Trump ne sera plus président des Etats-Unis.

Mais quand il quittera la Maison Blanche, le milliardaire républicain redeviendra un justiciable lambda aux yeux des Etats-Unis, et un utilisateur comme les autres de Twitter, son canal de communication favori.

Ses tweets pourront désormais être totalement « masqués »

Il bénéficie actuellement de l’exception accordée aux dirigeants politiques par le réseau social. « Notre approche concernant les dirigeants mondiaux, les candidats et les responsables publics est fondée sur le principe que les personnes doivent pouvoir choisir de voir ce que disent leurs leaders, avec du contexte clair », a expliqué un porte-parole de Twitter.

Cette exception ne s’applique qu’aux « leaders en exercice et aux candidats, pas aux citoyens une fois qu’ils n’occupent plus ces positions », a ajouté Twitter, rappelant aussi que les personnalités politiques n’étaient pas au-dessus des lois du réseau en cas d’apologie du terrorisme ou de pédophilie, entre autres. En clair, là où les tweets mensongers ou menaçants d’un utilisateur pourraient être supprimés, ceux du président – nombreux – sont simplement masqués.

« Ne pas hésiter à le bannir en cas de besoin »

Mais quand il sera redevenu le « citoyen Trump », « s’il continue à appeler à la violence et à enfreindre le règlement, Twitter, Facebook, YouTube et tous les autres devront prendre le problème au sérieux et ne pas hésiter à le bannir en cas de besoin », commente Hany Farid, spécialiste des réseaux sociaux à l’université de Berkeley. Twitter peut en effet, s’il le juge nécessaire, suspendre un compte de façon permanente et interdire la création de nouveaux profils en cas d’infractions graves et répétées.

Donald Trump se plaint déjà régulièrement que les réseaux, surtout Twitter, « censurent » son camp politique et ne respectent pas la liberté d’expression. Mais un tel biais n’a jamais été prouvé dans les faits, au contraire, comme le montre la capacité de groupes de droite à mobiliser les foules sur les plateformes.

Surtout, « les gens confondent le droit de dire des choses et le droit de les amplifier en s’adressant à davantage de personnes. Les réseaux sociaux, c’est l’amplification, et ce n’est pas un droit fondamental », analyse le professeur. « Quand vous créez un compte, vous acceptez les règles de ces entreprises privées », continue-t-il. « Je ne vois aucun républicain se plaindre de l’interdiction de la pornographie sur Facebook ».

Les plateformes se comportent de plus en plus comme des médias

Le président a fait de Twitter sa tribune de prédilection. Elle lui a longtemps permis de s’adresser directement à ses partisans et à ses détracteurs, sans filtre… Jusqu’à ce que les plateformes ne doivent sévir, sous la pression de la société civile. Mais les mensonges et emportements sur des sujets aussi graves que la santé, au début de la pandémie de Covid-19, ou sur les manifestations antiracisme cet été, ont fait déborder le vase.

Donald Trump ne peut donc plus vraiment partir en roue libre sur les réseaux sociaux, qui se comportent de plus en plus comme des médias, en prenant des décisions éditoriales. Plusieurs chaînes américaines ont d’ailleurs interrompu jeudi soir la diffusion d’une allocution du président, estimant qu’il faisait de la désinformation. Twitter a également masqué cette semaine une douzaine des messages du président américain, y compris des vidéos, avec la même mention : « Une partie ou la totalité du contenu partagé dans ce tweet est contestée et susceptible d’être trompeuse quant au mode de participation à une élection ».

Les avertissements de Twitter, et ceux, similaires, de Facebook, n’ont toutefois pas empêché les vitupérations du candidat de se traduire en manifestations de militants républicains, jusque devant des bureaux de vote, de l’Arizona à la Pennsylvanie, pour appeler à « arrêter de compter » ou à ne compter que « les votes légaux », selon la formule de Donald Trump.