Présidentielle américaine : #StopTheSteal, l’offensive virale du camp Trump pour décrédibiliser l’élection

RESEAUX SOCIAUX Facebook a fermé un groupe de partisans de Donald Trump baptisé « StopTheSteal » qui appelait à « interrompre le dépouillement ». Mais le hashtag continue de se répandre sur les réseaux sociaux

H. B. avec AFP

— 

Des soutiens du président américain Donald Trump rassemblés devant le restaurant cubain  Versailles à Miami, en Floride, le 4 novembre 2020.
..
Des soutiens du président américain Donald Trump rassemblés devant le restaurant cubain Versailles à Miami, en Floride, le 4 novembre 2020. .. — Eva Marie UZCATEGUI / AFP

L’élection américaine se joue aussi sur les réseaux sociaux. Avec le hashtag #StopTheSteal («Stop au vol »), le camp pro-Trump a rapidement propagé la théorie sans fondement selon laquelle les démocrates voudraient « voler l’élection » présidentielle via des fraudes électorales massives. Une fausse rumeur qui s’est répandue comme une traînée de poudre depuis le 3 novembre, quand le président a relancé l’idée d’une tentative démocrate de « voler l’élection » sur son compte Twitter aux 88 millions d’abonnés.

La thèse a immédiatement été reprise par de puissants « influenceurs » de son camp, tel son fils Donald Trump Jr., très actif sur les réseaux (6 millions d’abonnés sur Twitter), Elizabeth Harrington, porte-parole du parti républicain, ou des porte-voix moins connus comme Chris Barron.

Un groupe Facebook de 350.000 membres fermé

Une page Facebook baptisée « Stop The Steal », créée au lendemain du vote, et qui rassemblait jeudi jusqu’à 350.000 membres – des partisans de Donald Trump qui appelaient à « interrompre le dépouillement » et à empêcher les démocrates de « voler le vote »- a été fermée par Facebook. Les membres de ce groupe appelaient à des manifestations dans les Etats-clés où le suspense sur le vainqueur persiste, de la Géorgie au Nevada en passant par la Pennsylvanie. Ces appels à passer à l’acte – accompagnés parfois d’allusions violentes, notamment via le hashtag #civilwar (guerre civile) – ont poussé les partisans de Joe Biden et la société civile à tirer la sonnette d’alarme et à appeler Facebook à fermer cette page.

« Etant donné les mesures exceptionnelles que nous prenons pendant cette période de tensions, nous avons retiré le groupe "Stop the steal", qui organisait des événements dans le monde réel », a indiqué un porte-parole du groupe californien. « Ce groupe était constitué autour de la délégitimation du processus électoral et nous avons vu de préoccupants appels à la violence de la part de certains membres du groupe », a ajouté le porte-parole.

Les partisans du président ont, sans surprise, immédiatement crié à la « censure », dénonçant la disparition de cette page lancée par le groupe pro-Trump « Women for America First » (Les femmes pour l’Amérique d’abord). « Facebook a fermé la page Stop the Steal qui comptait 365.000 membres : les réseaux sociaux traitaient-ils de la même façon Black Lives Matter ? », lançait notamment Chris Barron, dans un message retweeté par Donald Trump Jr.

Un slogan né sur les réseaux sociaux… repris dans les manifestations

Pour Emily Dreyfuss, du Shorenstein Center spécialisé dans l’observation des médias, « Stop the Steal » s’est avéré d’autant plus efficace que l’expression réduit « la question super complexe » du collège électoral et du dépouillement à un « message simple et orienté ». Comme un précédent mot d’ordre trumpiste #BidenCrimeFamily, qui accusait Joe Biden et sa famille d’activités criminelles aussi diverses qu’infondées, « StopTheSteal » est « une campagne de manipulation des médias » bien organisée, dont l’impulsion est venue d’influents responsables du camp Trump plutôt que de la base, analyse-t-elle.

Personne ne s’attend à ce que la fermeture de la page Facebook sonne la fin de cette campagne. L’expression « Stop the steal » était toujours abondamment utilisée vendredi et samedi sur Twitter, et servait aussi de slogan dans des manifestations filmées ou diffusées en direct, images qui tournent ensuite sur les réseaux sociaux, explique Renee DiResta, chercheuse au Stanford Internet Observatory, qui suit la désinformation en ligne. « Cela pose de vrais défis aux plateformes », même si elles luttent beaucoup plus agressivement contre la désinformation qu’en 2016, dit-elle.

De nombreuses théories du complot farfelues comme le #Sharpiegate

La campagne « Stop the Steal » est alimentée par de nombreuses théories farfelues, qui enflamment les réseaux depuis mardi, comme celle du #Sharpiegate, en référence aux stylos américains de la marque Sharpie. A en croire ceux qui la propagent, l’utilisation de ces stylos-feutre – très courants aux Etats-Unis – pour remplir les bulletins de vote suffirait à les rendre illisibles par les machines de comptage et donc à les invalider. Lancée dans un comté de l’Arizona, la thèse – très vite démentie par les responsables locaux – s’est rapidement propagée au point que des manifestants se sont retrouvés mercredi soir devant le bureau des élections de ce comté pour exiger un recomptage.

Contre la désinformation, les faits ont souvent peu de poids : une fois à l’air libre, les idées, même infondées, s’impriment souvent dans les esprits et entachent de soupçons les personnes ou les processus démocratiques concernés. Ces théories risquent donc de continuer à prospérer après l’élection, selon Alex Stamos, directeur du Stanford Internet Observatory, et de se répandre « comme les théories conspirationnistes de QAnon », mouvance d’extrême droite qui présente Donald Trump comme menant une guerre secrète contre les élites mondiales, truffées de pédophiles satanistes.