VIDEO. Marseille : Annoncé pour 2020, le projet de voiture volante de Franky Zapata est-il crédible ?

INVENTION Franky Zapata travaille sur un projet de voiture volante et assure qu’elle sera présentée dès 2020. Des spécialistes du secteur sont plus sceptiques sur l’avenir de cette invention

Jean Saint-Marc

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Après avoir traversé la Manche sur son Flyboard, Franky Zapata planche sur un projet de voiture volante.
Après avoir traversé la Manche sur son Flyboard, Franky Zapata planche sur un projet de voiture volante. — Michel Spingler/AP/SIPA
  • Franky Zapata, qui travaille actuellement en priorité sur d’autres projets, espère pouvoir dévoiler les premières images de la voiture volante dès 2020.
  • Les aspects réglementaires et environnementaux pourraient toutefois freiner son projet.

C’est l’histoire de sa vie : Franky Zapata crame du kérosène et les médias s’enflamment. Depuis sa traversée de la Manche en août, les inventions de l’ancien champion de jet-ski font couler beaucoup d’encre. Parfois pour rien ? C’est ce qu’a pensé Franky Zapata en voyant la Une de La Provence, vendredi dernier, avec ce titre en gras : « Zapata, bientôt sa voiture volante ! » Dans les ateliers de l’inventeur marseillais, au Rove, on ronchonne : « Ils sont forts, les mecs, parce qu’il n’y a rien de plus que ce qui a été déjà dit. Et on ne sortira rien avant 2020, de toute façon. »

Black-out médiatique : Franky Zapata ne parle plus aux médias. Et dans son entourage, on assure que la voiture volante n’est plus la priorité : « On a pris trop de retard avec la traversée de la Manche, on doit d’abord se remettre à jour sur d’autres projets. » Eux aussi confidentiels, d’ailleurs.

Toujours des plaintes de riverains

Pendant ce temps, ce sont surtout des sous-traitants qui bossent sur la voiture volante, nous dit-on. « On fait déjà des tests, il y a déjà quelque chose qui vole, mais ce n’est pas encore la voiture complète », glisse seulement notre source anonyme. Selon nos informations, ces essais se déroulent à l’aérodrome de Salon-Eyguières. Assez loin de toute habitation, donc, même si le travail quotidien de l’entreprise, au Rove, agace des riverains : « On a eu beaucoup de plaintes pour le bruit et l’odeur de kérosène, confie Georges Roso, maire de cette commune littorale. Je viens de lui donner un autre endroit pour faire les essais de moteur et les réparations, car c’est un petit du Rove ! »

Ces questions environnementales peuvent-elles faire crasher le projet de voiture volante ? « Le marché n’attend pas quelque chose qui consomme autant, lance Bertrand Vilmer, partenaire associé du cabinet Icare Aéronautique. Ils vont peut-être faire des progrès, mais pour l’instant, je ne suis pas sûr qu’il soit au point, que son équation énergétique soit la bonne… Quand on voit ce qu’il a consommé pour traverser la Manche. » Le Flyboard brûle environ 40 litres de kérosène pour 10 minutes de vol. Et la voiture volante sera beaucoup plus lourde.

Autre difficulté qui apparaît sur les radars : l’aspect réglementaire, qui avait ralenti (et beaucoup énervé) Zapata pour son projet de Flyboard. Les choses semblent plus fluides pour la voiture volante. La Direction générale de l’aviation civile (DGAC) a « délivré récemment une autorisation de vol » pour une « plate-forme intermédiaire, non pilotée. »

Entre un et trois ans pour la certification

La voiture entière fera l’objet d’une autre demande d’autorisation, pas encore déposée. Elle se placera dans un cadre réglementaire encore flou : « La réglementation de certification qui s’appliquera aux voitures volantes est en cours de rédaction par l’agence européenne », indique la DGAC, que l’on sent sceptique face au calendrier annoncé par Franky Zapata : « Une certification d’aéronef classique, qui répond donc à une réglementation existante et très connue, dure en général entre un et trois ans… »

Les concurrents étrangers auront-ils pris leur envol d’ici là ? Un autre inventeur de voiture volante, le Lyonnais Jérôme Persiani, patron de Fleasy, pense que les Frenchies peuvent lutter : « Comme Zapata, nous avons un prototype échelle 1/5 qui vole. Notre objectif, c’est d’avoir un prototype à la taille réelle qui volera au deuxième semestre 2020. Demain n’est pas si loin ! »