«Femmes indignes»: «Le mépris des femmes exprimé dans ce groupe est assez incroyable» réagit Marlène Schiappa

INTERVIEW Marlène Schiappa réagit aux révélations de « 20Minutes » sur l’existence d’un groupe Facebook sexiste réunissant 56.000 hommes

Propos recueillis par Hélène Sergent

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Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations.
Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations. — UGO AMEZ/SIPA
  • 20 Minutes révèle l’existence d’un groupe secret Facebook réunissant 56.000 hommes dans lequel les membres publiaient des photos de femmes nues dégradantes.
  • La justice a ouvert une enquête préliminaire en mai 2018 pour « injure à caractère sexiste » et « incitation publique à la violence en raison du sexe ».
  • La secrétaire d'Etat chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, dénonce un «mépris des femmes» et un «mépris de la loi».

En 2017 les révélations sur un groupe Facebook sexiste intitulé « Babylone 2.0 » avait suscité l’indignation de milliers de femmes et internautes. A l’époque, Marlène Schiappa, militante féministe, avait appelé sur Twitter la secrétaire d’Etat aux droits des femmes  Laurence Rossignol à agir pour « stopper » le groupe. En vain.

Près de deux ans plus tard, 20 Minutes révèle l’existence d’un groupe secret similaire : « Femmes indignes 6.0 ». Réunissant 56.000 internautes, ce cercle privé fermé en 2017 par Facebook avait pour objectif de partager des photos intimes, de femmes ou de jeunes filles pour les humilier. Désormais à la tête du secrétariat d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa dénonce un « esprit de clan déplorable » et un « mépris des femmes incroyable ».

Quelle est votre réaction face à l’existence d’un tel groupe ?

Hélas, ce n’est pas une surprise. On sait que des groupes tel que celui-là existent sur les réseaux sociaux, qu’ils sont signalés, supprimés parfois recréés. Moi-même sur les réseaux sociaux, je reçois des injures à caractère sexiste tous les jours, des montages pornographiques. Je ne découvre pas le phénomène. Mais le mépris des femmes exprimé dans ce groupe est assez incroyable. Et ce n’est pas une question de morale, c’est une question de droit. Prendre une photo intime d’une femme sans son consentement, la publier, l’assortir d’injures, tout cela tombe sous le coup de la loi. Je suis sidérée de voir que des hommes peuvent trouver amusant de partager des photos dans le seul but d’humilier les femmes. Cet esprit de clan, c’est déplorable.

En quoi la proposition de loi du gouvernement sur la cyberhaine pourrait changer quoi que ce soit dans l’existence de ce type de groupe ?

Honnêtement, dans le cas de ce groupe tout l’arsenal législatif existe. Et c’était déjà le cas lors du précédent scandale autour du groupe Facebook « Babylone 2.0 ». Tous les faits, l’injure à caractère sexiste ou l’incitation à la violence, sont déjà punis par la loi. Maintenant, il faut pouvoir faciliter les signalements et développer une modération efficace. En mai dernier, dans le cadre du G7-Egalité, nous avons pris un engagement qui vise directement les plateformes en leur demandant de retirer ces contenus les plus rapidement possible et partout dans le monde, c’est une nécessité. Je pense aux femmes victimes de ce groupe, elles peuvent faire valoir leurs droits devant la justice mais elles ont aussi besoin que leurs photos soit supprimées.

Comme dans d’innombrables dossiers de cyberviolences, les enquêteurs se sont heurtés à l’inertie de Facebook. Comment comptez-vous faire pour que ça ne soit plus le cas ?

Il y a deux choses différentes. D’une part la question de la modération qui relève de la responsabilité de la plateforme et d’autre part, la question de l’efficacité de la justice qui est de la responsabilité de l’Etat. Sur ce sujet, la formation des policiers et des magistrats a été renforcée. Et c’est aussi pour améliorer ce point que nous avons lancé avec le ministre de l’Intérieur une plateforme de signalement en ligne. Disponible 24h sur 24 et 7 jours sur 7, elle permet aux victimes et aux témoins de violences sexistes et sexuelles d’échanger avec des policiers et des gendarmes formés pour faciliter le dépôt de plainte. Trop souvent encore, les victimes ont tendance à se dire : « Je ne peux rien faire ».

La violence des propos tenus dans ce groupe Facebook et le nombre très important de ses membres – 56.000 hommes – n’est-elle pas le signe de l’impunité qui règne sur les réseaux sociaux en matière de sexisme ?

Les injures sexistes sont davantage tolérées partout. Pas seulement sur les réseaux sociaux. Dans la presse, dans le débat politique, en entreprise, le sexisme et la misogynie font trop souvent office d’argument et confèrent un sentiment de supériorité. Pourquoi de jeunes hommes se sentent-ils reliés les uns aux autres en postant des photos dégradantes de jeunes femmes ? En réalité, c’est la question du rapport à la femme qui est ici posée.