Cyberharcèlement, entrepreneuriat, éducation: Que doit-on attendre du G7 de l’égalité femmes-hommes?

EGALITE Une réunion des ministres du G7 dédiée à l’égalité entre les femmes et les hommes se tient jeudi et vendredi

Anissa Boumediene

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La secrétaire d'Etat à l'Egalité femmes-hommes Marlène Schiappa, entourée de la française Assia Benziane, de l'activiste mauritanienne Aïssata Lam et de l'actrice britannique Emma Watson, toutes trois membres du Comité consultatif pour l'égalité femmes-hommes.
La secrétaire d'Etat à l'Egalité femmes-hommes Marlène Schiappa, entourée de la française Assia Benziane, de l'activiste mauritanienne Aïssata Lam et de l'actrice britannique Emma Watson, toutes trois membres du Comité consultatif pour l'égalité femmes-hommes. — LUDOVIC MARIN / AFP
  • Paris et Bondy (Seine-Saint-Denis) accueillent jeudi et vendredi une réunion des ministres du G7 dédiée à l’égalité femmes-hommes.
  • A cette occasion, la secrétaire d’Etat à l’Egalité femmes-hommes, Marlène Schiappa, accueillera ses homologues du G7 ainsi que les représentants d’une demi-douzaine d’Etats invités à participer à l’événement.
  • L’objectif : lutter contre les violences faites aux femmes, favoriser leur éducation et leur entreprenariat.

« Faire de l’égalité une grande cause mondiale ». Voici l’ambition affichée par la France, qui préside le G7 en 2019. A cette occasion, et avant un sommet qui réunira les sept Etats membres en août prochain à Biarritz, une réunion des ministres dédiée à l’égalité entre les femmes et les hommes a lieu ces 9 et 10 mai à Bondy (Seine-Saint-Denis) et Paris. Pourquoi Bondy ? « Pour montrer que la Seine-Saint-Denis est aussi une terre d’excellence », souligne Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat à l’Egalité femmes-hommes. Elle accueillera ses homologues du G7 ainsi que les représentants de six pays invités à participer à l’événement : l’Argentine, le Burkina Faso, la Nouvelle-Zélande, la Norvège, le Rwanda et la Tunisie. L’idée : faire de ce « rendez-vous de la diplomatie féministe » un moyen d’œuvrer pour «  l'empowerment des femmes », et faire progresser les lois en faveur des droits des femmes.

Trois grandes priorités en matière d’égalité femmes-hommes

Pour parvenir à placer la lutte pour l’égalité femmes-hommes au rang des priorités mondiales, le G7 s’appuiera sur les recommandations du Comité consultatif pour l’égalité entre les femmes et les hommes (CCEFH), créé l'an passé par le Canada durant sa présidence du G7. Ce comité, composé de 35 membres de la société civile internationale et présidé par le prix Nobel de la Paix 2018 Denis Mukwege, « a été renouvelé par le président Macron », a indiqué la secrétaire d’Etat à l’Egalité femmes-hommes. Et trois grandes priorités en matière d’égalité femmes-hommes ont été identifiées.

En premier lieu, « la volonté de ce G7 de l’égalité est de s’engager dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles », et qui recoupe notamment « la lutte contre l’excision et le mariage forcé », explique Marlène Schiappa. « C’est dans cette optique que je me suis rendue au Burkina Faso il y a quelques semaines pour travailler avec le président burkinabé et mon homologue pour mettre au point des mécanismes permettant l’éradication » de ces phénomènes, a confié la secrétaire d’Etat.

D’actualité dans nombre d’Etats membres du G7 et ailleurs, la lutte contre les violences sexistes et sexuelles passe aussi par la lutte contre le cyberharcèlement. « C’est pour cela que ce G7 est aussi l’occasion d’interpeller et même d’engager un bras de fer avec les GAFA [Google, Amazon, Facebook et Apple] et les réseaux sociaux sur ce phénomène, insiste Caroline Fourest, écrivaine, éditorialiste et membre du CCEFH. Cela permet d’avoir cette discussion que les Etats seuls ne peuvent plus avoir, et de tenter de remettre des règles dans ce monde totalement dérégulé. Or, il est primordial de faire progresser les rapports humains sur Internet, où l’incitation à la haine fait rage. Emma Watson, membre du CCEFH, a d’ailleurs interpellé le président Macron sur ce point, rappelant que les premières victimes de cyberharcèlement sont les jeunes filles et les jeunes gays, et que de telles campagnes de haine peuvent avoir de graves conséquences, d’où l’urgence à agir ».

Autre axe majeur de lutte de ce G7 : « favoriser l’éducation des femmes », a indiqué Marlène Schiappa. Aujourd’hui, les deux tiers des 774 millions d’adultes analphabètes à travers le monde sont des femmes. « C’est pourquoi l’accès à l’éducation des petites filles et l’alphabétisation des femmes sont une priorité », a ajouté Assia Benziane, adjointe au maire de Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne) et membre du CCEFH. La troisième grande priorité de ce G7 de l’égalité est « d’apporter un soutien économique et financier aux femmes en Afrique pour accompagner l’émancipation de ces femmes qui entreprennent », a déclaré Marlène Schiappa. Une volonté qui pourrait par exemple se matérialiser par des mesures de « gender budgeting, évoque Marlène Schiappa, qui consiste à intégrer les notions de genre et d’égalité entre les femmes et les hommes dans l’élaboration par un Etat de son budget ». Une mesure déjà expérimentée par la secrétaire d’Etat et qui pourrait être élargie en cas de succès.

Un « bouquet législatif » pour pousser les Etats membres du G7 à « donner l’exemple »

Mais comment encourager des pays à travers le monde – dont la culture, la législation et la société sont différentes – à prendre des actes concrets en faveur des droits des femmes ? « Ce G7 s’appuie sur le soutien du CCEFH, composé de membre de la société civile, poursuit Marlène Schiappa. Ce conseil s’est vu confié par le chef de l’Etat la mission de composer un bouquet législatif, qui regroupe les meilleures lois en faveur des droits des femmes dans le monde ». Et la couleur est annoncée : pas question de s’en tenir aux belles paroles : « Les pays du G7 devront aller au-delà du discours d’intention et s’engager à adopter au moins une loi figurant dans ce recueil, insiste Marlène Schiappa. Toutefois, il ne s’agit pas d’être dans la surenchère et de promettre que l’on adoptera cinq ou dix mesures de ce bouquet, explique-t-elle. L’idée est de prendre un engagement que l’on peut tenir. Ensuite, ce bouquet législatif a vocation à être une inspiration sur le long terme, pour les Etats membres du G7, mais aussi pour tous les autres ».

Ensuite, le CCEFH demandera des comptes à chaque Etat membre sur l’implémentation de ces textes. En pratique ? « On ne sait pas comment, mais on va faire en sorte que les Etats membres respectent cet engagement, assure Mercedes Erra, présidente exécutive de Havas Worldwild, fondatrice de l’agence BETC et membre du CCEFH. J’aime l’idée que le G7, qui regroupe des pays riches, montre l’exemple ». Mais le CCEFH « ne sera pas une police de vérification de chaque pays, précise Caroline Fourest. L’idée de ces "best practices" [meilleures pratiques] est de fournir des modèles de lois déjà votées par différents pays à travers le monde. Ce qui implique de faire une sélection suffisamment ambitieuse : il ne s’agit pas de proposer des mesures "trop faciles", mais de faire en sorte qu’une seule loi choisie au sein de ce catalogue emporte des changements concrets au sein de chaque pays qui respectera cet engagement ».

Alors, pour s’assurer que les mots sont suivis d’actions concrètes, « le président Macron souhaite mettre en place une coalition internationale pour l’égalité femmes-hommes », complète Assia Benziane. Et « un mécanisme de redevabilité » élaboré avec le concours de l’OCDE sera présenté lors de cette réunion. Mais ce n’est lors du prochain sommet du G7, qui aura lieu du 24 au 26 août à Biarritz, que le bouquet législatif élaboré par le CCEFH sera présenté aux Etats membres.