5G, espionnage, commerce... Pourquoi Donald Trump a déclaré la guerre à Huawei

GUERRE FROIDE Alors que les Etats-Unis l'ont placé sur une liste rouge, le géant chinois des télécommunications est lâché par ses partenaires et ses sous-traitants américains

P.B. avec AFP

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Une employée du géant chinois Huawei à Shenzhen, le 6 mars 2019.
Une employée du géant chinois Huawei à Shenzhen, le 6 mars 2019. — WANG ZHAO / AFP

Le bras de fer commercial s’est transformé en guerre technologique. Placé sur une liste rouge la semaine dernière par l’administration Trump, le géant chinois des télécommunications Huawei a été lâché par Google sur Android (il peut toujours utiliser l’OS open sources mais pas les services Google comme Maps, Gmail ou l’app store). Dans la foulée, plusieurs fabricants de composants (Qualcomm, Intel, Xilinx et Broadcom) ont également pris leurs distances, ce qui pourrait retarder le déploiement de la 5G.

Huawei placé sur une liste d’entreprises suspectes

C’est la décision à l’origine du feuilleton. La semaine dernière, l’administration américaine a placé Huawei sur son entity list, une liste d’entreprises et d’organisations suspectes avec lesquelles les groupes américains ne peuvent commercer qu’après avoir obtenu un feu vert des autorités. Selon Washington, il s’agit d’une question de « sécurité nationale ». Les Etats-Unis redoutent un espionnage depuis des années, et cela a empiré depuis qu’une loi chinoise de 2007 oblige les entreprises à collaborer avec les services de renseignement.

Huawei, le cheval de Troie de Pékin ?

« Ces craintes sont très sérieuses », juge Nick Weaver, chercheur en cybersécurité à l’université de Berkeley. « Les équipements télécom sont particulièrement sensibles, car ils sont conçus pour la surveillance, il faut donc avoir une confiance absolue. » Selon des fuites dans la presse, l’opérateur britannique Vodaphone avait notamment découvert des fonctions cachées dans des équipements de Huawei il y a dix ans.

Les autorités britanniques ont récemment estimé que l’entreprise chinoise posait un « risque » justifiant une surveillance accrue mais pas une interdiction. La semaine dernière, Emmanuel Macron a refusé d’emboîter le pas des Etats-Unis, estimant qu’une guerre technologique n’était « pas le meilleur moyen » de défendre la sécurité nationale. « L’attitude européenne ''faire confiance mais vérifier'' n’est pas très réaliste avec Huawei. Le rapport britannique a montré que toute vérification était impossible. Il faut être naïf pour penser que le gouvernement chinois sera moins agressif que la NSA l’a été », insiste Weaver.

Le déploiement de la 5G retardé ?

Huawei n’est pas seulement le numéro 2 mondial du marché des smartphones derrière Samsung. C’est également l’un des leaders de l’équipement des réseaux mobiles, avec Nokia et Ericsson, loin devant Samsung et le chinois ZTE. Aucune entreprise américaine n’est pour l’instant dans la course pour fabriquer la colonne vertébrale du réseau 5G : des centaines de milliers de mini-antennes relais («small cells ») qui vont fleurir un peu partout, sur les lampadaires, les abribus et les panneaux publicitaires. Selon Bloomberg, Huawei s’est préparé au scénario actuel en amassant des stocks de composants pour les trois prochains mois. Mais si la crise continue au-delà, le déploiement de la 5G dans le monde pourrait être affecté.

Le « plan B » de Huawei sur smartphone

La perte de la licence Android s’applique aux futurs smartphones. Ceux qui ont craqué pour le P30 Pro pourront continuer d’utiliser les apps de Google (et devraient bénéficier des mises à jour de sécurité, sans doute avec un peu de retard car Huawei ne les recevra plus en avance). Mais la perte de la certification Android, si elle est maintenue, constitue un coup dur pour Huawei. L’entreprise assure qu’elle a un « plan B » : un OS maison. Reste à connaître son état d’avancement et sa capacité à attirer les développeurs d’applis.

Une bataille sur fond de guerre commerciale

La décision américaine intervient alors que Donald Trump tente de forcer Pékin à signer un nouvel accord commercial. Le président américain avait déjà utilisé avec un certain succès la même stratégie en s’attaquant à l’entreprise chinoise ZTE. Mais après l’optimisme initial, les négociations semblent être dans l’impasse. Washington a taxé une partie des importations chinoises, et Pékin a riposté. Huawei a estimé lundi qu’il se trouvait au milieu d’une « guerre commerciale » entre les deux pays, et qu’il en faisait les frais. Donald Trump et Xi Jinping devraient se rencontrer au G20 d’Osaka, fin juin. Les discussions s’annoncent tendues.