La candidate démocrate Elizabeth Warren veut «démanteler» les géants de la tech

ANTITRUST Selon elle, Google, Facebook, Amazon et les autres ont «trop de pouvoir sur notre économie, notre société et notre démocratie»

P.B. avec AFP

— 

La candidate démocrate Elizabeth Warren, le 1er mars 2019 dans l'Iowa.
La candidate démocrate Elizabeth Warren, le 1er mars 2019 dans l'Iowa. — Charlie Neibergall/AP/SIPA

C’est l’option nucléaire. Alors que les critiques contres les géants du Web s’intensifient depuis 2015, la sénatrice démocrate Elizabeth Warren, candidate déclarée à la présidentielle de 2020, a fait une proposition radicale, vendredi : « démanteler » les GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple), devenus, selon elle, « trop gros et trop dominants ».

« Les grosses entreprises technologiques ont trop de pouvoir sur notre économie, notre société et notre démocratie », écrit-elle dans un billet publié sur Medium. Elle propose de « démanteler ces monopoles et de promouvoir des marchés compétitifs ». L’an dernier, Google a écopé d’une amende de 4,3 milliards d’euros de Bruxelles pour abus de position dominante avec ses services inclus dans Android, et Facebook pourrait se faire taper sur les doigts par les autorités américaines pour sa gestion calamiteuse des données personnelles, notamment dans le scandale Cambridge Analytica.

Créer des plateformes de services publics

Elizabeth Warren propose une loi centrée autour de trois mesures phares :

  • Obliger ces entreprises à être désignées en tant que « plateformes de service public » lorsque leur chiffre d’affaires mondial dépasse 25 milliards de dollars.
  • Interdire d’être à la fois propriétaire d’une plateforme et d’y proposer ses propres services.
  • Annuler des acquisitions majeures (Waze pour Google, Whole Foods pour Amazon, Instagram et WhatsApp pour Facebook).

Ses propositions auraient des conséquences radicales. Google serait contraint de séparer en deux entreprises distinctes ses plateformes de recherche et de publicité, dont le business model est pourtant intégralement lié. Sur mobile, Apple et Google ne pourraient plus à la fois administrer leur app store et y proposer leurs propres applis maison. Et Facebook, qui a senti le vent tourner et a commencé d’intégrer toutes ses messageries ensemble devrait tout détricoter.

Le débat est lancé avant la présidentielle

Selon Waren, les géants américains de la « tech » ont utilisé leur toute-puissance pour étouffer la concurrence, à travers notamment des acquisitions massives et exploiter les données personnelles des utilisateurs. « Elle exprime des craintes légitimes, mais démanteler ces entreprises revient à utiliser un bazooka là où un pistolet serait suffisant », a réagi Robert Atkinson, président de l’Information Technology & Innovation Fondation, un think tank généralement aligné sur les intérêts de l’industrie technologique. « Si vous commencez à détricoter ces entreprises, les usagers devront payer pour des choses gratuites aujourd’hui », a-t-il ajouté, estimant que ces propositions ne seraient pas à terme favorable aux consommateurs. Une telle loi serait à coup sûr contestée en justice, notamment car les acquisitions passées ont toutes reçu le feu vert des autorités de la concurrence.

Ce qui est certain, c’est qu’avec cette proposition, cette pourfendeuse de Wall Street a donné le ton de la primaire démocrate. Elle va forcer les autres prétendants, comme Bernie Sanders, à se positionner. Les républicains, eux, rêvent également de superviser les géants du Web, qu’ils accusent de censure contre les opinions conservatrices. La bataille s’annonce totale.