Pour Google, une amende de 4,3 milliards d'euros «est un PV de stationnement»

ANTITRUST L'UE a une nouvelle fois sanctionné Google pour abus de position dominante, et le business model de l'entreprise californienne pourrait être menacé...

Philippe Berry

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Test photo du Pixel 2 XL.
Test photo du Pixel 2 XL. — P.BERRY/20 MINUTES

4,3 milliards d’euros. L'amende infligée à Google par la Commission européenne, mercredi, pour abus de position dominante, constitue un nouveau record. Mais pour l’entreprise californienne, qui génère un chiffre d’affaires annuel supérieur à 100 milliards de dollars, il s’agit « d’un PV de stationnement », estime Matt Stoller, chercheur à l’Open Market Institute. En revanche, la décision qui vise à empêcher Google de forcer ses partenaires Android à préinstaller ses apps maison sur nos smartphones pourrait « menacer son business model ».

Une amende record

« Google a utilisé des pratiques illégales pour cimenter sa position dominante » sur son système mobile Android, a expliqué la Commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager, lors d’une conférence de presse à Bruxelles. La Commission reproche au géant du Web de forcer ses partenaires Android à préinstaller des apps Google comme Search, Chrome, YouTube ou Gmail s’ils veulent proposer à leurs clients un accès à la boutique Google Play. En clair, l’UE estime que Google profite de sa position dominante sur Android, installé sur près de 8 smartphones sur 10 dans le monde, pour favoriser ses propres apps, tuant ainsi dans l’œuf toute concurrence.

« Un PV de stationnement »

Si Matt Stoller compare l’amende à « un PV de stationnement », c’est parce qu’elle représente moins de 4 % du chiffre d’affaires prévisionnel 2018 de Google (136 milliards de dollars, selon les prévisions de S & P Global Market Intelligence). Mark Patterson, professeur de droit spécialisé dans les lois antitrust à Fordham University, estime qu’il s’agit d’une « tape sur les doigts, certes, mais d’une tape vigoureuse » qui représente environ 1,5 mois des bénéfices pour Google.

« Business model menacé »

« Aujourd’hui, la décision de la Commission a rejeté le modèle économique qui fait vivre Android (…) C’est pourquoi nous ferons appel » a réagi le PDG de Google, Sundar Pichai, dans un billet de blog. Plus que l’amende, l’UE a en effet donné 90 jours à Google pour arrêter de forcer ses partenaires à préinstaller ses apps. « Cela menace son business model », basé sur l’exploitation des données personnelles pour proposer de la publicité ciblée, affirme Matt Stoller. Mark Patterson, estime cependant que comme dans le cas de Microsoft/Windows avec Internet Explorer, la décision arrive « trop tard ». Gmail, Maps et Search sont devenus des apps tellement importantes et centrales que les utilisateurs les téléchargeront même si elles ne sont pas préinstallées.

Google peut-il être démantelé ?

Matt Stoller est catégorique, « une amende est un premier pas mais il faut aller plus loin et démanteler Google, Facebook et Amazon. » Selon lui, à la lumière des abus sur les données personnelles, notamment dans l’affaire Cambridge Analytica, « si on ne le fait pas, on n’aura plus de démocratie ». La Némésis des Gafa (Google, Apple, Facebook et Amazon), Margrethe Vestager n’est cependant n’est « pas sûre » que découper les géants du Web « soit un remède miracle pour la concurrence ». Depuis l’élection de Donald Trump, plusieurs élus des deux camps semblent caresser cette idée. Mais selon Mark Patterson, un tel scénario reste pour l’instant assez improbable, « à moins que l’on découvre des abus majeurs sur la liberté d’expression ».