Cartographie de tous les posts Instagram de l'agence russe IRA pendant la présidentielle américaine.
Cartographie de tous les posts Instagram de l'agence russe IRA pendant la présidentielle américaine. — US SENATE

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Election américaine: Instagram, l'autre arme de propagande massive de Moscou

Les posts de l'agence IRA ont généré davantage d'interactions sur Instagram que sur Facebook...

Dans l’enquête sur l’opération de cyber-propagande menée par la Russie pour influencer l’élection américaine, Instagram a réussi à relativement passer entre les gouttes. Mais selon un nouveau rapport commandé par le Sénat américain (PDF ici), la vaste campagne virale menée par Moscou via l’agence Internet Research Agency (IRA) a généré davantage d’interactions sur Instagram que sur Facebook. Un point que Mark Zuckerberg avait passé sous silence lors de son témoignage à Washington, en avril dernier.

Des exemples de propagande russe pendant l'élection américaine.
Des exemples de propagande russe pendant l'élection américaine. - US SENATE

Lors de sa déclaration d’ouverture, Mark Zuckerberg avait expliqué que l’agence IRA avait publié 80.000 posts sur Facebook, qui avaient été vus par 126 millions d’internautes, surtout aux Etats-Unis. Il avait très rapidement mentionné 120.000 publications Instagram, vues par seulement 20 millions d’internautes. Mais selon le rapport, compilé par l’Université d’Oxford et des spécialistes des nouveaux médias Graphika, les publications ont généré trois fois plus d’interactions (likes, commentaires, partages) sur Instagram (187 millions) que sur Facebook (76 millions). Si davantage d’internautes ont vu les contenus sur Facebook, c’est surtout grâce à la puissance du bouton « Share », qui n’existe pas sur Instagram.

Electorat noir et anciens soldats ciblés

Une douzaine de comptes Instagram gérés par IRA ont dépassé les 100.000 followers. Ils ont surtout publié des mèmes pro-Trump et anti-Clinton (avec les hashtags #shillary et #hitlery), cherchant particulièrement à convaincre l’électorat noir de rester chez lui. D’autres ont joué sur le patriotisme (anciens soldats, notamment) pour mobilier les supporteurs potentiels de Donald Trump.

L’IRA avait ainsi créé de nombreux comptes sous de faux profils américains destinés à la communauté afro-américaine. L’un d’eux, intitulé « Blacktivist », envoyait des messages négatifs sur la candidate démocrate Hillary Clinton, accusée d’être une opportuniste, seulement soucieuse de gagner des voix. Selon une étude du Pew Research Center, le taux de participation des électeurs blancs avait augmenté en 2016, alors que celui des Noirs, à 59,6 %, était en recul de cinq points par rapport à 2012 mais aucune corrélation n’a été prouvée. Outre Facebook et Instagram, IRA a surtout concentré ses efforts sur Twitter et YouTube, mais également sur des plateformes moins importantes comme Pinterest, tumblr et Medium.