La Corse débloque des milliers d’euros pour se doter d'un emoji… pas plus, pas moins que la Bretagne

INTERNET A l’image de la Bretagne, l’île se lance dans une démarche pour obtenir un emoji à l’effigie du drapeau corse…

Caroline Delabroy

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Un drapeau corse flotte sur la ville de Corte (image d'illustration).
Un drapeau corse flotte sur la ville de Corte (image d'illustration). — STEPHAN AGOSTINI / AFP
  • Le projet Emoji Corsica a été approuvé par l’Assemblée de Corse, qui a voté une ligne de crédit de 52.800 euros.
  • Le budget englobe les actions de lobbying auprès du Consortium Unicode, le régulateur international qui chaque année autorise la création de nouveaux emojis.
  • L’intérêt pour la Corse est de disposer d’un nouvel outil numérique pour promouvoir son territoire.
  • A titre de comparaison, la région Bretagne a investi 60.000 euros dans une démarche similaire.

L’opération « Emoji Corsica » est lancée. L’Assemblée de Corse vient en effet de débloquer une ligne de crédit de 52.800 euros pour mener à bien la démarche. L’objectif ? Décrocher auprès du Consortium Unicode, sorte d’académie mondiale des emojis, le précieux sésame pour que l’emoji corse se retrouve sur tous les téléphones, tablettes et autres applications. Car dans le monde merveilleux des emojis, il ne suffit pas d’accoucher du graphisme – en l’occurrence, le drapeau corse –, il faut être adoubé par ce régulateur international où les Gaffa pèsent tout leur poids.

Pourquoi un emoji corse ?

Pour Gilles Simeoni, président du conseil exécutif de l’île, l’identité numérique de la Corse, forte déjà des noms de domaine en .corsica, est incomplète. « Il lui manque notamment un emoji distinctif unique » permettant « aux Corses et à tous les amoureux de la Corse d’y faire référence dans leur communication sur Internet », affirme-t-il dans le rapport soumis à la délibération du conseil. Et le drapeau corse s’impose à ses yeux pour être « universellement reconnu comme étant un des symboles du territoire ». Dont acte.

Pourquoi il n’y a pas (encore) d’emoji corse ?

La Guadeloupe, la Martinique ont leur emoji. L’île Clipperton aussi, pourtant un îlot inhabité. Mais pas la Corse ou la Bretagne, ni aucune autre région métropolitaine. Tout est question de code. « Ces territoires ont pu bénéficier d’un emoji car ils appartiennent à une même classification géographique, correspondant à la norme ISO 31-66 », explique David Lesvenan, président de l’ association .bzh, lancée dans une démarche d' emoji breton, depuis plus longtemps que la Corse. En 2017, Consortium Unicode, qui se base sur cette norme pour créer des emojis, a fait une exception et autorisé des emojis avec les drapeaux d’Ecosse, du Pays-de-Galles et d’Angleterre.

Comment obtenir le feu vert des Gaffa ?

Il faut d’abord déposer un dossier, puis le porter auprès du consortium. Commence ensuite un long travail d’argumentation, pour ne pas dire de lobbying. « Pour une région, le caractère universel d’un emoji reste à démontrer », souligne Bertrand Louveau, spécialiste des communications digitales et président de Khanopee. Il accompagne le développement de l’extension de domaine Internet .corsica, lancé en 2015, et pour lui cette démarche se situe dans la continuité. « Il va falloir montrer de quelle façon la Corse va pouvoir, avec un emoji, développer son économie et sa visibilité, notamment vis-à-vis du tourisme », poursuit-il. La Bretagne, qui s’est déjà fait retoquer une fois, affûte aussi ses arguments et sa stratégie. Elle souligne notamment que sur Instagram, le hashtag #Bretagne est le plus utilisé parmi les régions françaises.

Est-ce que 52.800 euros, c’est (trop) cher ?

Le groupe Andà per Dumane-La République en marche s’est abstenu sur ce vote, estimant le coût de la démarche trop cher, « et ce malgré l’amour que nous avons pour notre bandera ». Si l’on regarde de près le détail de l’enveloppe votée, le plus gros poste de dépense va à la rédaction du dossier de candidature et à son dépôt au Consortium Unicode (12.000 euros), suivi par la campagne de sensibilisation auprès de cette instance (9.000 euros). Un cofinancement du projet au titre du Feder (Fonds européen pour le développement régional) sera par ailleurs sollicité à hauteur de 50 %.

Le budget reste similaire à la Bretagne, où le conseil régional a voté une subvention de 60.000 euros pour le projet d’emoji breton. Pour David Lesvenan, rien de comparable « à un spot publicitaire de trente secondes sur une grande chaîne avant 20 heures, qui coûte le double », fait-il valoir. Un investissement selon lui incontournable, tant « les emojis sont impactant sur les réseaux sociaux ». Et éternels : une fois un emoji créé, il ne disparaîtra jamais.

La Corse dispose de son nom de domaine sur l'internet