Who run the (tech) world? Pas les filles, mais Marlène Schiappa veut changer ça

START-UP En visite dans la Silicon Valley, la secrétaire d'État chargée de l'Égalité femmes-hommes revient sur la fondation «Femmes@Numérique», qui sera lancée fin juin...

Philippe Berry

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Marlène Schiappa aux côtés de Sheryl Sandberg, au quartier général de Facebook, à Menlo Park, en Californie, le 22 juin 2018.
Marlène Schiappa aux côtés de Sheryl Sandberg, au quartier général de Facebook, à Menlo Park, en Californie, le 22 juin 2018. — Consulat de France à San Francisco

De notre correspondant en Californie,

Aux racines du mal. Alors que le sexisme et le harcèlement de la « bro culture » qui règne dans la Silicon Valley font les gros titres depuis un an, Marlène Schiappa a effectué un déplacement de trois jours en Californie ce week-end. Si elle a participé à la Pride de San Francisco, dimanche, la secrétaire d’État chargée de l’Égalité femmes-hommes a surtout rencontré une dizaine d’entrepreneuses françaises et américaines, ainsi que la numéro 2 de Facebook, Sheryl Sandberg. Elle voulait voir sur place « les bonnes pratiques et les progrès dont on peut s’inspirer » dans l’Hexagone. Avec des femmes qui peinent à dépasser 20 % des effectifs dans les écoles d’ingénieurs et dans les entreprises technologiques, il y a du boulot des deux côtés de l’Atlantique.

Il y a six mois, Marlène Schiappa avait évoqué une future plateforme « French Tech Women », mise en place en partenariat avec le secrétaire d’Etat au Numérique Mounir Mahjoubi. Elle sera lancée « à la fin du mois » sous la forme de la fondation Femmes@numérique, pour « soutenir et valoriser les femmes dans l’économie numérique ». Six associations et 42 entreprises ont rejoint l'initiative.

« Question de justice sociale et d’économie »

Selon la secrétaire d’Etat, « il s’agit d’une question de justice sociale et d’égalité femmes-hommes, mais aussi d’une question d’économie ». Elle note que « des pans entiers de l’économie très féminisés, comme la santé ou les services à la personne, passent à côté de la transformation digitale ». Elle donne en exemple la pléthore d’applis sur smartphone pour localiser un drone. « Mais pour localiser une place libre en crèche publique, il y en a beaucoup moins », souligne Schiappa. Il a également fallu des années aux développeurs pour s’intéresser à la « menstruatech », le tracking technologique des règles. Sur ce point, Marlène Schiappa rejoint Sheryl Sandberg, qui martèle régulièrement que la diversité des effectifs et des idées « est bonne pour le business ».

Concrètement, la fondation s’appuiera sur un réseau chargé « d’identifier des entrepreneuses et de soutenir la naissance et la croissance de start-up fondées par des femmes ». Outre une ambassadrice déployée dans chaque région de métropole et d’Outre-mer, un partenariat a été mis en place avec plusieurs banques, dont BNPParibas, la Caisse d’épargne et la Caisse des dépôts, pour « faciliter l’accès au financement ». La Silicon Valley a le même problème : 90 % des VCs (investisseurs en capital-risque) sont des hommes et les créatrices de start-up reçoivent moins de 3 % des capitaux, selon un rapport du Diana Project.

Doubler le nombre d’entrepreneuses

Le gouvernement s’est fixé pour objectif de doubler, à 45 %, la part des femmes qui créent des entreprises technologiques d’ici la fin du quinquennat. Pour cela, il va falloir s’attaquer à l’une des origines du problème : la formation. La secrétaire d’Etat veut arriver à 40 % de jeunes filles dans les écoles d’ingénieurs et les formations scientifiques en trois ans, contre moins de 30 % actuellement. En informatique, c’est souvent bien plus bas, autour de 10 %.

Même si elle les appelle des « quotas », Marlène Schiappa reconnaît qu’ils ne sont pas contraignants. Mais selon elle, les chiffres seront analysés pour mesurer l’efficacité de la politique mise en place. Il ne s’agit pas de faire de la discrimination positive mais de « susciter des vocations », notamment en mettant en avant les « rôles modèles » féminins – le monde de la musique a Beyoncé, celui de l’informatique a Steve Jobs, Bill Gates et Mark Zuckerberg. Il faut également combattre les stéréotypes de genre sur les sciences, qui prennent racine dès la petite enfance. L’enseignement du code à l’école primaire démarre à peine, mais l’ancienne adjointe au maire du Mans souligne que Magic Maker, qui propose des cours de code en activité extrascolaire, a été fondée par une femme, Claude Terosier.

Chez Facebook, Marlène Schiappa a encore rencontré Maxine Williams, directrice de la diversité – un poste qui existe rarement en France. Certaines entreprises, comme Medium, s’assurent que des employées soient présentes lors des entretiens de recrutement. Pinterest, de son côté, distribue à chaque recruteur une liste de « biais de genre inconscients » à surveiller. Intel, enfin, utilise la carotte avec des primes versées quand les objectifs fixés sont atteints. La directrice de la diversité de l’entreprise, Barbara Whye, le résumait ainsi à Fortune : « Si vous n’incluez pas volontairement, vous excluez involontairement ».

« Collaborer avec les GAFA sur le cyberharcèlement »

Marlène Schiappa a enfin présenté à Sheryl Sandberg la loi française contre les violences sexistes et sexuelles, qui comprend un volet Web. La nouveauté, c’est la verbalisation du « cyberharcèlement en meute ». Elle donne en exemple le « raid numérique » qui a visé la journaliste Nadia Daam. Désormais, 100 internautes ayant envoyé un message chacun peuvent être condamnées car le caractère répétitif est pris en compte au niveau du groupe et plus d’un seul individu.

Sur ce front, le gouvernement prévoit de réunir prochainement les GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon). « S’ils ne jouent pas le jeu, on passera par des lois contraignantes », prévient la secrétaire d’Etat. Qui termine par une pique : « Si Facebook est capable de retirer dans les deux heures une œuvre d’art avec un sein qui dépasse, ils devraient être aussi capables de faire retirer en deux heures des propos sexistes et homophobes. » Le message est passé.