Pourquoi la guerre contre les «fake news» devient une urgence

RÉSEAUX SOCIAUX La prise de consicence est généralisée et la bataille s’organise…

Lucie Bras

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En 2017, une extension du domaine de la lutte contre les «fake news».
En 2017, une extension du domaine de la lutte contre les «fake news». — ROSLAN RAHMAN / AFP
  • Mozilla a rejoint le front de lutte contre les fake news au mois d’août.
  • La lutte contre les fake news s’organise, car ces informations faussées représentent un danger pour la démocratie.
  • L’école et les parents ont un rôle primordial dans la sensibilisation des enfants.

De Facebook à Mozilla en passant par les médias traditionnels, la lutte contre les fake news s’organise. Un enjeu devenu crucial pour la démocratie, selon certains experts.

A force de l’entendre, c’est presque devenu une expression du langage courant. Les fake news (les « fausses informations » en français) se sont glissées dans notre paysage. Nous y avons tous été confrontés au moins une fois dans l’année, notamment pendant la campagne présidentielle, où les manipulations ont fleuri.

D’ailleurs, quand l’université d’Oxford s’est penchée sur le cas de la France, ils ont découvert que ces fausses informations étaient en augmentation : au moment des élections, un article politique sur quatre était « idéologiquement extrême, hyperpartisan ou conspirationniste ». Une désinformation de masse qui a suscité beaucoup d’inquiétudes quant à l’issue du scrutin.

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« Un problème extrêmement complexe »

C’est l’un des déclics qui a conduit Mozilla à se joindre à la bataille. Au milieu du mois d’août, le navigateur Internet américain a annoncé la création d’un mouvement pour lutter contre les fake news. C’est un acteur que l’on n’attendait pas, et pourtant. « Nous avons une mission. Nous croyons qu’Internet est l’une des plus importantes ressources de notre époque », explique Katharina Borchert, directrice de l’innovation chez Mozilla. « C’est un problème extrêmement complexe. Il n’y a pas de manière simple de lutter contre les fake news, on travaille sur plusieurs fronts. Nous sommes toujours en train d’expérimenter. »

Pour lutter sur tous ces fronts, de nombreuses organisations ont rejoint le combat. Facebook fait partie des pionniers en créant un partenariat avec plusieurs médias français (dont 20 Minutes) pour lutter contre la désinformation qui est partagée dans ses réseaux d’amis. Il faut dire que le réseau social a une grande responsabilité.

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Un danger pour la démocratie

« Aux Etats-Unis, 50 % des Américains reçoivent des informations via Facebook chaque jour. Le changement, c’est que Facebook a été obligé de reconnaître qu’il est devenu un média », observe Arnaud Mercier, professeur à l’Institut Français de la Presse et auteur du livre La communication politique. « Les réseaux sociaux ont profondément transformé l’écosystème de l’information. On remarque de plus en plus leur utilisation comme première source d’information. La perversion absolue, c’est que Facebook gagne de l’argent avec le partage des fake news, alors qu’un journal traditionnel perdrait des lecteurs si c’était le cas », ajoute le chercheur.

D’autres initiatives ont rejoint celle de Facebook, des médias français aux projets individuels. La youtubeuse Aude, journaliste, dézingue au fil de ses vidéos toutes les fausses informations qui circulent, partagées parfois par nos proches sur les réseaux sociaux. Exemple type : « La prison, c’est les vacances, les détenus ont même la télé gratuite ». Elle montre qu’en quelques minutes, chacun peut vérifier une information douteuse.

Enquête ou publicité

Comme Mozilla, Facebook ou Aude, de nombreux acteurs se battent, chacun à son échelle, contre ces fake news qui pourraient représenter un risque dans les années à venir. « Pendant l’élection de Trump, quelque chose devenait dangereux pour la démocratie. Les médias doivent rétablir l’équilibre et retrouver de la crédibilité. Il faut redonner aux gens l’envie de croire que ce qui est dit par les journalistes est vrai », analyse Arnaud Mercier.

Parmi l’arsenal en train de se déployer, l’éducation est la clé de voûte de la lutte, estime le professeur. Les écoles s’y mettent peu à peu. Mais la défiance envers les médias traditionnels a atteint un tel point que, selon une étude de 2016 de l’université de Stanford relayée par Le Temps, 82 % des ados américains n’arrivent pas à faire la distinction entre un texte publicitaire référencé « contenu sponsorisé », et un article d’enquête publié sur le même site. De même, une étude de l’organisme Common Sense Media, réalisée sur 900 enfants âgés de 10 à 18 ans, établit que 31 % ont relayé une fake news au cours de six derniers mois.

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Le rôle de l’école et des parents est donc primordial. D’autant que les articles de fake news sont de plus en plus difficiles à repérer. Récemment, le site anglais The Guardian a remarqué l’apparition de sites-sosies, qui se font passer pour de vrais sites d’actualité. La lutte ne fait que commencer. Au début de l’année, Tim Berners-Lee, l’inventeur du Web, a expliqué que la propagation de la désinformation est l’une des trois plus grandes menaces pour le Web, avec la perte du contrôle des données personnelles et la publicité politique ciblée.