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L’autoédition sur Internet, l'avenir du livre?
LITTERATURE•L’autoédition séduit de plus en plus d’auteurs et de personnes souhaitant réaliser leur rêve: publier un livre...Marie de Fournas
En 2014, Amélie Antoine envoie son manuscrit à différentes maisons d’éditions. Quelques mois plus tard, elle n’a reçu que des réponses de deux lignes indiquant que son manuscrit « ne correspond pas » à leurs critères. Elle tombe alors sur un article parlant de l’autoédition. « Je me suis dit que je n’avais rien à perdre », confie à 20 Minutes, celle qui finalement gagnera tout. Amélie Antoine autoédite sonr roman Fidèle au poste en mars 2015 sur la plateforme d’Amazon. « Un mois plus tard, j’étais numéro un des ventes en ligne sur Amazon », raconte l’auteure qui en a vendu près de 30.000 exemplaires en ligne. La maison d’édition Michel Lafon l’a ensuite contactée quelques mois plus tard pour lui proposer de publier son livre.
Comme Amélie Antoine, d’autres auteurs ont connu une success story en publiant eux-mêmes leurs écrits sur Internet. De fil en aiguille et de bouche-à-oreille, le système d’autoédition en ligne a conquis de plus en plus d’auteurs et de lecteurs. « Dans le top 100 des livres numériques vendus sur Amazon, 30 à 40 % sont autoédités et les quatre premiers du moment le sont également », assure à 20 Minutes Ainara Bastard, directrice de KPD France, la plateforme permettant aux auteurs de s’autopublier. Selon elle, les lecteurs regarderaient davantage « un thème ou une couverture, plutôt que la maison d’édition ou l’auteur ». Mais que cache le terme « d’autoédition » ? Un livre autopublié aurait-il la même valeur qu’un livre publié par une maison d’édition ?
Il faut savoir que la plateforme d’Amazon accepte sans distinction absolument tous les manuscrits. Un contrôle élimine les récits plagiés où incitant à la haine par exemple, mais rien ne vous retient d’autopublier un récit sans queue ni tête et bourré de fautes d’orthographe. Seul moyen de voir qu’il s’agit d’une autoédition : ouvrir la fiche technique du livre et constater par soi-même que le nom de l’auteur est le même que celui de l’éditeur. De plus, l’ouvrage se retrouvera mélangé aux 4 millions de références littéraires du site, au même titre que les livres de Victor Hugo ou d’Émile Zola. C’est là que les lecteurs jouent un rôle primordial. « Ce sont leurs votes et leurs commentaires qui vont faire ou non émerger un livre, ils sont comme un filtre », précise Ainara Bastard. Ce sont ces fameux juges d’Internet qui donnent parfois une seconde chance à des écrits.
« Les maisons d’édition peuvent parfois passer à côté de talents »
« Les maisons d’édition peuvent parfois passer à côté de talents, explique à 20Minutes, Marie-Pierre Sangouard, directrice de la stratégie digitale et numérique à Editis. C’est aussi le moyen pour nous de repérer des talents, avec un style nouveau qui séduisent un autre public ». Si la plupart des maisons d’édition ont aujourd’hui un œil sur ces plates-formes d’autoédition, toutes ne sont pas vraiment séduites par le système. Si Anna Pavlowwitch, éditrice chez Flammarion, admet que parfois des talents sont effectivement repérés, pour elle « ce n’est pas parce qu’un texte marche qu’il doit forcément être édité ». « Moi je publie des livres qui ne marchent pas toujours, mais qui devaient sortir. Un livre ce n’est pas qu’une valeur marchande », nuance-t-elle auprès de 20minutes.
« Amazon absorbe tout »
Elle pose ainsi la question de la valeur que l’on accorde au terme « d’éditer » et de tout ce qui se cache derrière. Anna Pavlowwitch n’a rien contre le fait que les gens mettent en ligne leur récit, au contraire, mais pour elle, « être éditeur c’est faire des choix et savoir dire non ». « Amazon absorbe tout et créé une confusion des termes, qui laisse croire à des gens qu’ils sont publiés alors que non. Il n’y a pas de valeur symbolique à être publié sur Amazon », affirme-t-elle.
Le phénomène n’est cependant pas près de s’arrêter. Selon Ainara Bastard, « deux tiers des Français ont envie d’écrire et de publier leurs écrits. Notre projet c’est de proposer encore plus de manuscrits d’autoéditeurs sur la plate-forme ». « Il faut vivre avec, optimise Marie Pierre Sangouard. C’est une concurrence supplémentaire qui apporte une dynamique nouvelle. » Pour certains, c’est également une voie hybride. Amélie Antoine sortira son nouveau livre mi-avril en autoédition et publiera le même début mai chez Michel Lafon. « J’ai envie d’écrire avant tout et même si la librairie me fait rêver, mes choix futurs se porteront toujours sur ce qui m’en fera vivre », conclut l’auteure.



















