Présidentielle: Pourquoi les bots du Front national et des autres partis envahissent Twitter ?

TWITTER À quelques semaines du premier tour de l’élection présidentielle, les bots des partis politiques, et plus particulièrement du FN, sont plus que jamais présents sur Twitter…

Marie de Fournas

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Le hashtage MarineLePen2017 s'est imposé en très peu de temps sur Twitter
Le hashtage MarineLePen2017 s'est imposé en très peu de temps sur Twitter — Capture Twitter

Une organisation quasi militaire. L’invasion des bots militants pour des partis politiques a commencé depuis quelques mois déjà sur les réseaux sociaux. Une récente analyse affirme que la campagne de Marine Le Pen, une des plus performantes sur les réseaux, est en partie orchestrée par une multitude de comptes automatisés. Une armée de robots chargés de donner plus d’ampleur au mouvement. Contactés par 20 Minutes Gérôme Billois, expert en cybersécurité chez Wavestone, et Virginie Martin, politologue vous aident à y voir plus clair sur le rôle des faux comptes sur Twitter en politique.

Qui sont ces bots soldats ?

« Ce sont des robots spécifiques, puisqu’ils sont programmés pour retweeter des infos, surveiller des hashtags ou encore mentionner des personnes, indique Gérôme Billois, expert en cybersécurité. La plupart sont des bots hybrides : ils sont automatiques, mais de temps en temps, le créateur peut reprendre la main sur le compte. Cela évite de se faire repérer par Twitter et d’être fermés ». Leur but : occuper le terrain, relayer les informations et donner du poids à un message dans le but d’imposer celui-ci.

Quelle influence peuvent-ils avoir sur une élection présidentielle ?

« En politique, les démonstrations de force, la quantité et les chiffres sont importants. Sur un live tweet, si une centaine de bots retweettent un même hashtag ou une même information cela crée un effet de masse. Même si celui-ci est éphémère cela peut convaincre des personnes, qui se disent que cette personne a vraiment beaucoup de soutiens », donne pour exemple la politologue Virginie Martin. Même conséquence lorsqu’un post est énormément retweeté : « Aux yeux des gens, l’information a plus de valeur », complète Gérôme Billois. En résumé la guerre des bots sur Twitter est un rapport de force où le gagnant est celui qui criera le plus fort.

Pour le spécialiste en cybercriminalité chez Wavestone, l’action en masse des bots, donne également de la visibilité à une information : « Cela peut faire remonter un hashtag ou inonder une timeline lorsque l’on fait une recherche par mot-clef ».

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Quelles sont leurs faiblesses ?

« Un compte fake a très peu de personnes qui le suivent. L’information sera donc peu relayée via un bot », souligne Virginie Martin. « Il ne crée aucune information, ils ne font qu’alimenter un flux et tombent vite dans le vide, ajoute-t-elle. Pour être crédible, il faudrait que les créateurs du compte achètent des abonnés, mais cela coûte très cher et la plupart d’entre eux ne sont que de simples militants, sans appuis financiers du parti ».

N’oublions pas non plus qu’un bot est presque toujours repérable. Gérôme Billois conseille de regarder leurs photos qui sont rarement des images de personnes, leur description et surtout leurs tweets : « Si vous vous observez que le compte a publié des posts toutes les 10 minutes non-stop pendant trois jours, c’est que ce n’est pas un humain ».

Les origines de la guerre des bots

« Lors des élections précédentes, les partis qui se sentaient mis de côté par les médias d’information traditionnelle ont mis une énergie sans précédent pour être présents sur les réseaux sociaux », indique Virginie Martin citant comme exemple Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Une manière de compenser leur manque de visibilité qui paye aujourd’hui. « Marine Le Pen possède plus d’un million de followers quand les autres peinent à dépasser les 500.000, ajoute-t-elle. Les réseaux sociaux sont une force de frappe supplémentaire dans la campagne, du coup tous les partis s’y mettent. Les bots partisans sont devenus indispensables dans le rapport de force entre eux ».