#IchBinEinBerliner: Les réseaux sociaux en ordre de bataille après chaque attentat

WEB Sur les réseaux sociaux, les réactions des internautes après chaque attentat suivent un schéma organisé en plusieurs phases…

A.B.

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A Berlin comme sur les réseaux sociaux, nombreux sont ceux qui ont rendu hommage aux victimes de l'attentat du marché de Noël berlinois.
A Berlin comme sur les réseaux sociaux, nombreux sont ceux qui ont rendu hommage aux victimes de l'attentat du marché de Noël berlinois. — Odd ANDERSEN / AFP

La réaction est instantanée, organisée, schématisée. Comme une mécanique tristement huilée par l’habitude, la réaction des internautes sur les réseaux sociaux après chaque nouvel attentat, comme celui qui a frappé le marché de Noël de Berlin ce lundi soir et qui a coûté la vie à douze personnes, suit une sorte de schéma désormais établi : d’abord la phase informationnelle, puis la phase transitionnelle et la phase organisationnelle.

S’informer

Lors d’un attentat, il se passe parfois seulement une petite poignée de secondes avant que les réseaux sociaux ne relaient quasi simultanément l’attaque. Les premiers messages publiés s’inscrivent alors dans « la phase informationnelle », décrypte pour 20 Minutes Nicolas Vanderbiest, assistant chercheur à l’université catholique de Louvain, en Belgique, et qui étudie depuis l’attentat de Charlie Hebdo les réactions sur les réseaux sociaux après de tels événements. « La réaction première est d’aller chercher l’information brute, que l’on retrouve presque toujours sous le hashtag de la ville concernée, ici #Berlin, au milieu des rumeurs et fausses informations qui circulent très rapidement aussi ».

Puis vient la phase transitionnelle, où l’information s’affine, « tous comme les hashtags : de #Berlin, on est passé à #Breitscheidsplatz, la localisation précise de l’attaque », poursuit le chercheur.

Après, place à « la phase d’organisation ». « On est dans l’action concrète », poursuit Nicolas Vanderbiest, avec des tweets à l’image de ceux postés par la police de Berlin, qui appelle la population à la prudence et à se mettre en sécurité. Des messages dans la même veine que le hashtag #PorteOuverte qui avait rapidement émergé lors de l’attentat du 13 novembre à Paris, pour proposer des lieux où s’abriter.

#JeSuis…

A chaque fois, les réseaux sociaux servent aussi à partager ses émotions, sa tristesse, sa colère et sa solidarité envers les victimes d’un attentat et leurs proches. Autant de messages que l’on retrouve le plus souvent sous un hashtag de ralliement.

Ce lundi, après l’attentat à Berlin, c’est la célèbre pharse prononcée par John F. Kennedy en 1963, #IchBinEinBerliner (#JeSuisUnBerlinois) qui s’est imposé comme le hashtag de ralliement, « derrière #PrayForBerlin », note le chercheur.

Un rituel évolutif

Autant de phases qui semblent répondre à un rituel numérique rodé par la multiplication des attentats, qui a engendré « une forme d’habitude, qui a donné lieu à un protocole que l’on reproduit à chaque fois, note Nicolas Vanderbiest. Après l’attentat de Charlie Hebdo, le hashtag #JeSuisCharlie est apparu. En novembre 2015, c’est le Hashtag #PrayForParis qui a émergé. Cela a créé une sorte de précédent qui depuis a été repris et adapté après chaque attentat d’envergure, illustré par le hashtag #PrayFor suivi de la ville frappée ». #PrayForBruxelles, #PrayForNice, #PrayForIstanbul ont ainsi été repris massivement dans le monde entier, souvent assortis de dessins et de bandeau noir, signe de deuil. Entre lundi soir et ce mercredi matin, « #PrayForBerlin a été tweeté plus de 250.000 fois dans le monde », a observé le chercheur.

Mais une autre phase s’inscrit dans ce rituel, qui ne cesse d’évoluer. « A chaque nouvel attentat, il y a un resserrement temporel entre les différentes phases, et les réactions évoluent différemment, explique-t-il. Après Charlie, il a fallu un peu de temps avant que ne se matérialise la phase de désorganisation, où s’expriment des voix à contre-courant, à l’instar du hashtag #JeNeSuisPasCharlie. Désormais, et face à une certaine habitude des attentats, cette phase de désorganisation apparaît bien plus tôt. Une accélération que l’on a d’ailleurs pu voir après l’attentat de Nice ».

Ainsi, « si l’émotion a toujours sa place sur les réseaux sociaux, c’est surtout l’information qui est recherchée », conclut Nicolas Vanderbiest.

Ce mercredi, après la libération d’un demandeur d’asile pakistanais, suspecté dans un premier temps d’être le conducteur du camion-bélier qui a fait 12 morts lundi soir à Berlin, les enquêteurs sont sur la piste d’un Tunisien, âgé d’une vingtaine d’années.