Une femmes déposes des fleurs en hommages aux victimes contre l'attentat de Berlin le 20 décembre 2016.
Une femmes déposes des fleurs en hommages aux victimes contre l'attentat de Berlin le 20 décembre 2016. - Jacques PEZET / 20 Minutes

Mardi matin, dans les métros qu’ils empruntent pour se rendre au travail, les Berlinois avaient tous l’air sonnés. Tous se cherchaient du regard, mais personne n’osait parler. A peine entendait-on quelques chuchotements.

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Routes bloquées, mais marché de noël accessible

Les routes qui mènent à la Breitscheidplatz, lieu de l'attentat, étaient bloquées aux automobilistes mais les passants pouvaient se rendre jusqu’au marché de Noël. Ce mardi on pouvait y voir les nombreuses équipes de journalistes, qui enchaînaient les directs, dos au camion et aux barrières de la police. Mais il n’y avait pas que les médias. Des passants s’approchaient eux aussi pour voir ce que filmaient les journalistes. Vers 10 heures, le camion noir et sa remorque sont finalement déplacés par les services de dépannage.

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« On savait que ça allait arriver »

Parmi ces badauds, Bernd, un Allemand grisonnant qui vit dans le quartier. Pour lui, cette attaque « était prévisible ». « Ce marché de Noël est l’endroit idéal pour ce genre d’attaque : il est longé par toutes ces grandes avenues », explique-t-il.

Croisés devant un barrage de policiers, trois jeunes Allemands qui ont suivi l’attaque sur les réseaux sociaux, confirment ce sentiment : « On savait que ça allait arriver, mais ce n’est pas pareil quand ça arrive vraiment en Allemagne. Quand c’est arrivé en France, on était triste mais on se disait que ce n’était pas chez nous. Là c’est tout de suite plus réel ». Après les tueries de masse à Paris, Bruxelles, Nice et les attentats qui se sont déroulés en Bavière cet été, l’idée que Berlin était la prochaine sur la liste était bien installée dans la tête des habitants de la capitale allemande.

Pessimiste, Bernd considère que la société allemande risque d’être encore plus divisée qu’elle ne l’était déjà : « ce matin, un type de l’AfD [le parti d’extrême-droite allemand Alternative für Deutschland] a dit à la télé que les victimes sont les morts de Merkel ».

Pourquoi l’Allemagne ?

Un couple de touristes français croisés de l’autre côté du marché, près de la station Zoologischer Garten, s’étonne de cette fatalité berlinoise. Lundi soir, avant d’aller dîner au restaurant, ils étaient allés faire un tour sur le marché au pied de la Gedächtniskirche, où ils avaient noté l’ambiance détendue et l’absence de militaires.

Ils ont appris la nouvelle quand ils se trouvaient au restaurant : « Vers 20h, le bruit à l’intérieur s’est soudainement calmé. Les gens étaient sur leur portable et partageaient la nouvelle autour d’eux ». Ils ne comprennent pas pourquoi l’Allemagne a été visée alors qu’« elle a été plus accueillante avec les réfugiés, elle est moins engagée militairement que la France et elle n’a pas de problème avec son immigration coloniale ».

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Certains accusent la politique migratoire de Merkel

Après l’arrestation d’un suspect lundi soir (libéré mardi), plusieurs journaux ont révélé qu’il s’agissait d’un demandeur d’asile d’origine « pakistanaise ou afghane » de 23 ans, alors même que la police ne communiquait pas à ce sujet. Mardi matin, de nombreux Berlinois avaient donc l’image d’un chauffard islamiste pakistanais à bord du véhicule. Ceci explique sans doute, qu’Hans, un retraité allemand venu voir les dégâts, accuse la politique migratoire d’Angela Merkel d’être à l’origine de cette catastrophe.

Venue déposer des bougies pour rendre hommage aux victimes, Beate, une Allemande de 45 ans, considère, elle, que c’est l’Islam qui est en cause : « Ça devait arriver à Berlin, c’est une ville où il y a beaucoup de nationalités différentes, et surtout il y a beaucoup de personnes et de réfugiés surtout de nationalité musulmane ». Pourtant, peu après 13 heures, le journal die Welt a révélé que la police doutait que le suspect arrêté soit le chauffeur meurtrier. Avant que le président de la police berlinoise confirme : « Il est possible que le suspect interpellé ne soit pas le malfaiteur ».

Vers un état d’urgence allemand ?

En fin de matinée, les abords du marché ont commencé à se remplir à nouveau. De nombreux Berlinois ont orné de bouquets de fleurs et de bougies les avenues qui entourent l’Eglise du Souvenir. C’est le cas de Camilla, une jeune Colombienne de 26 ans qui habite le quartier avec sa famille. Habituée du marché de Noël, elle s’y rendait régulièrement avec ses amis ou ses parents pour déguster des crêpes ou boire du vin chaud. Après cette catastrophe, elle espère que le gouvernement ou la ville vont augmenter les moyens de sécurité « car on ne voyait presque jamais de policiers patrouiller autour de l’église », estime-t-elle.

L’Allemagne doit-elle pour autant basculer dans un Etat d’urgence ? Il en est « hors de question » pour le retraité Hans. Pourtant au même moment, au sein du parti d’Angela Merkel, le président de la conférence des ministères de l’intérieur Klaus Bouillon, a déclaré que l’Allemagne se trouvait « dans un état de guerre ». Après cet attentat, de nombreux Berlinois réfléchissaient aux moyens pour renforcer la sécurité dans la ville. Faut-il stopper les marchés de Noël à Berlin et en Allemagne pour cette saison ? Comme à Paris ou à Bruxelles, les Allemands ne sont pas de cet avis et souhaitent pouvoir continuer à vivre librement « sinon ça veut dire qu’ils ont gagné », lâche Hans. En accord avec le ministre de l’Intérieur, les Länder ont décidé de garder les marchés de Noël ouverts, tout en promettant de renforcer leur protection.

En signe de solidarité et de deuil, de nombreux marchés de Noël berlinois ont décidé de fermer mardi soir, tandis que d’autres observeront des minutes de silence ou ne joueront pas de musique pendant la soirée.

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