Comment une vidéo de désinformation sur la guerre en Syrie est devenue virale

MEDIAS Une vidéo, relayée sur You Tube, met à mal le travail et la neutralité des médias occidentaux sur la guerre en Syrie... mais provient en réalité d'un site conspirationniste russe...

O. G.

— 

Capture d'écran de la vidéo sur You Tube venant de Russia Today, un site pro-russe.
Capture d'écran de la vidéo sur You Tube venant de Russia Today, un site pro-russe. — You Tube

De l’importance de vérifier la source d’une information avant de la partager. Elle est présentée comme une « journaliste indépendante canadienne ». Dans une vidéo, publiée le 13 décembre, devenue virale au point d’arriver dans les premières partagées sur You Tube, Eva Bartlett démonte en deux minutes la version des médias occidentaux sur la guerre en Syrie. La vidéo, vue plus de 440.000 fois en 24 heures, connaît un succès certain. Pour cette observatrice, Non, il n’y a pas de sources fiables en Syrie. Non, le régime syrien ne tue pas des civils. Et les sources des journalistes occidentaux, qui sont opposés au régime de Bachar Al-Assad, sont corrompues.

Syrie : L’évacuation des rebelles d’Alep Est et de leur famille a débuté

Un site conspirationniste russe

Mais Le Monde a rapidement dénoncé la vraie source de cette vidéo. En réalité, elle vient du site financé par le pouvoir russe Russia Today. C’est quoi ce média ? Une chaîne d’information en continu anglophone, lancée par le Kremlin en 2005 et colportant des théories conspirationnistes sur la Toile, expliquent les Inrocks. Cette journaliste, qui dénonce la partialité des médias, n’est en réalité qu’une ambassadrice de la parole du Kremlin, qui participe activement au bombardement d’Alep.

Attaques à Paris: «Le conspirationnisme est devenu un phénomène de masse»

Guerre de propagande

Et l’hebdomadaire de souligner que la neutralité de cette journaliste est mise à mal : elle répond dans le cadre d’« une conférence de presse de la Mission permanente de la République syrienne auprès de l’ONU : c’est donc une initiative du gouvernement syrien ». Dans la guerre de propagande qui se joue aussi sur Internet, difficile de faire le tri entre les informations fiables et les intox.

D’autant que Russia Today est devenu une source populaire sur la Toile. L’historienne des médias Marie Peltier, interviewée parles Inrocks, souligne que Russia Today « est dans une logique d’inversion des réalités : elle se met dans une posture de dénonciation de la propagande du camp d’en face. »

Des arguments fallacieux

Mais les Décodeurs démontent un par un les arguments de celle qui pourfend la position partisane de tous les médias occidentaux. S’il n’est pas évident de faire le tri entre vrais témoignages et fausses informations sur les réseaux sociaux, des journalistes, notamment de l’AFP et du Monde ont recueilli les récits de personnes ayant fui Alep. Et qui parlent d’exactions contre les civils. Et des sources fiables, notamment des ONG comme Médecins du Monde et l’Union des Organisations de Secours et Soins Médicaux, sont encore présentes en Syrie.

Défiance vis-à-vis des médias traditionnels

Comme le souligne les Inrocks, rien que le titre de cette vidéo attire l’attention d’une partie des internautes anti médias : « ONU : une journaliste démonte en deux minutes la rhétorique des médias traditionnels sur la Syrie ». La vidéo a d’ailleurs été reprise par des sites extrémistes ou conspirationnistes français. Et son succès prouve que la défiance vis-à-vis des médias traditionnels ne fait que s’accroître. Une tendance déjà soulignée au moment de l’élection de Donald Trump à la Maison Blanche…

Présidentielle américaine: Trump président, Brexit, FN... Et si la vraie minorité, c'était les élites?