Présidentielle américaine: Trump président, Brexit, FN... Et si la vraie minorité, c'était les élites?

URNES L’élection de Donald Trump, qui se présentait comme le candidat « anti-système », remet une nouvelle fois en question les « élites »…

Florence Floux

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Donald Trump est devenu le 9 novembre le 45e président des Etats-Unis
Donald Trump est devenu le 9 novembre le 45e président des Etats-Unis — FLETCHER, ETATS-UNIS

La défaite des élites. C’est comme cela que les observateurs présentent l’élection de Donald Trump à la tête des Etats-Unis. Le milliardaire républicain qui se présentait comme le candidat anti-système a réussi son pari, en battant la championne de l’establishment Hillary Clinton, déjouant ainsi tous les pronostics des sondeurs.

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La victoire de Donald Trump a été immédiatement commentée en France, notamment par le Front national. Marine Le Pen parle « d’élites politiques et médiatiques lourdement sanctionnées ». Marion Maréchal Le Pen a salué le scrutin américain comme « la victoire de la démocratie et du peuple face aux élites, à Wall Street et au politiquement correct médiatique ».

« Un discours populiste typique »

Logique, répond Luc Rouban, directeur de recherches au Cevipof : « C’est un phénomène transnational. Les pays occidentaux, à travers l’élection de Trump, le Brexit, la montée du vote FN, évoluent vers une critique des élites et un rejet de la mondialisation. Ils veulent ressusciter un souverainisme, ralentir voire arrêter l’immigration, que certains voient comme un danger incontrôlable. On est certainement à un tournant historique. »

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La scission entre les peuples et leurs élites serait un phénomène global, dont certains politiques, comme Trump, se servent à des fins électorales. « Il a fait toute sa campagne contre les élites. D’après lui, elles imposent le politiquement correct et dès que l’on sort de ces sentiers battus, on est vilipendé. C’est un discours populiste typique », indique Alix Meyer, professeur de civilisation américaine à l’université de Bourgogne.

Les élites, qui sont-elles ? Quels sont leurs réseaux ?

Pour Romain Huret, directeur de recherches à l’EHESS, spécialiste des Etats-Unis, l’élection de Trump « est un désaveu des élites politiques et médiatiques, auxquelles les électeurs reprochent de ne pas avoir écouté et entendu le peuple. » Donald Trump n’est pas le seul à jouer sur la cour des « anti-système », loin s’en faut. Nigel Farage, l’ex-leader du parti indépendantiste britannique, avait fait de l’immigration l’un des enjeux principaux de la campagne du Brexit. Quant à Marine Le Pen, présidente du Front national, sa position sur le contrôle de l’immigration est connue de tous, tout comme sa formule désormais célèbre d'« UMPS » pour renvoyer le Parti socialiste et les républicains, tenants d’un même système, dos-à-dos.

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Ce système, ces élites, qui sont-ils exactement ? « Dans l’imaginaire de l’électorat français, il s’agit des professionnels de la politique et des dirigeants du CAC 40 », détaille Luc Rouban. A cela s’ajoute les représentants de la bien-pensance, « la pensée de gauche, un libéralisme culturel qui prône la tolérance envers les immigrés, un comportement plus libertaire. Cette élite est rejetée par certains électeurs qui y voient des personnes vivant dans une bulle, protégées de tous les problèmes sociaux », commente Luc Rouban.

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L’écart se creuse logiquement entre ce que l’éditorialiste du Wall Street Journal Peggy Noonan nomme « les protégés » et les « non-protégés » : « Les protégés sont ceux qui font le monde, et les non-protégés sont ceux qui vivent dedans. (…) Ce qui marque l’actualité politique en Europe et aux Etats-Unis, c’est le soulèvement des non-protégés. Le soulèvement des gens de peu. »

L’inconnue de l’abstention

Aux Etats-Unis, dans certains Etats qui ont basculé dans la nuit de mardi, on retrouve la même sociologie que celle de l’électorat du vote FN en France : « Des blancs non éduqués, comme dans le Michigan ou en Pennsylvanie », indique Alix Meyer. Alors que dans l’Hexagone, le vote ouvrier s’est largement rabattu sur le Front national.

Pour Luc Rouban, l’élection américaine et les erreurs des sondeurs sont le symbole d’une grande inconnue : « Il existe toute une partie de la population qu’on connaît assez mal, ce sont les abstentionnistes. C’est la partie invisible de l’électorat, celle qu’on n’entend jamais. Ils ne répondent pas aux enquêtes d’opinion, ne viennent pas aux meetings mais ils peuvent se mobiliser lorsqu’ils l’ont décidé. Numériquement, ils peuvent être importants. »